Pour être socialiste de Léon Blum

Pour être socialiste de Léon Blum

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Heyrike, le 22 septembre 2014 (Eure, Inscrit le 19 septembre 2002, 56 ans)
La note : 10 étoiles
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L'idéal socialiste raconté aux socialistes qui ont cessé d'être socialiste

Dans ce court ouvrage (publié en 1919), qu'il dédie à son fils, Léon Blum nous entraîne dans le sillage de ses réflexions qui l'ont conduit à être socialiste. "Sans avoir appris et par instinct […] nous apparaissons en ce monde égaux avec le même droit à la vie […] au bonheur […] au même droit de jouir des richesses indivises de la nature et de la société." Notre bonheur est dépendant de celui des autres. Les souffrances, les misères et les injustices que subissent les hommes accablés doivent blesser notre conscience. Chacun doit être en capacité de se défaire de son égoïsme primaire pour œuvrer à l'intérêt commun. Et c'est de cela qu'est né le socialisme, cette volonté de pourfendre toutes les inégalités issues des temps obscurs où le plus fort pouvait faire régner l'ordre à coup d'épée. Profondément ancré dans l'idéal humaniste, le socialisme s'érigea contre la misère, la faim, le chômage et les privilèges des nantis.

La révolution industrielle a profondément modifié l'économie et les échanges marchands, entraînant une rupture brutale au sein d'une société autrefois rythmée par les saisons et qui bascula soudainement dans les cadences infernales du productivisme capitaliste. Dès lors se mit en place un rapport de force entre dominants et dominés, entre ceux qui détenaient le capital et ceux qui détenaient leurs bras. Enchaînées l'une à l'autre, les deux forces vont se faire face et engager une lutte sans merci, les dominants pour accroître leur capital en exploitant les dominés dans une forme d'esclavage moderne et les dominés pour conquérir et faire reconnaître leurs droits à plus de justice, de dignité et à un salaire à la hauteur des biens produits.

Lorsque l'on n'accepte pas l'ordre établi par la force, lorsque l'on refuse de croire en l'inéluctabilité d'un cet ordre autoritaire parce qu'il est en parfaite contradiction avec la volonté d'égalité et de solidarité, lorsque l'on rejette l'idée qu'un fils d'ouvrier doive demeurer toute sa vie ligoté à sa condition sociale, lorsque l'on n'accepte pas que la direction de la société soit confiée à des individus qui n'ont que pour légitimité leur droit de naissance ou d'héritage et non pas leur capacités propres, alors on ne peut que s'éprendre de l'idéal socialiste. Un idéal qui pris dans toute son acceptation humaniste entrevoit un monde où chacun est en droit de revendiquer sa part de bonheur (équitablement répartie entre tous), affranchie de l'intérêt égoïste des nantis assoiffés de pouvoir et de richesse.

Cette terre et ses ressources sont en partage, et nul ne peut prétendre en être le détenteur exclusif. Car quoi qu'on puisse penser du productivisme absurde dans lequel nous a entraîné le capitalisme, les richesses produites par ce biais sont le fruit du labeur collectif de plusieurs générations d'hommes asservis qui se sont éreintés à la tâche et qui par conséquent auraient dû en être les premiers bénéficiaires et non pas, comme c'est le cas avec ce système inique, possédées par une minorité se nourrissant de la sueur et du sang de la masse exploitée.

Comme le dit l'auteur, l'appât du gain est une fermentation putride qui s'étale sur la vie économique. Toute entreprise menée par un individu pourvu d'une idée innovante ne peut aboutir sans l'effort commun. Tout ce qui est entrepris doit l'être dans l'unique objectif de répondre au bien de la communauté, ou alors il faut se résoudre à vivre seul sur une île déserte sur laquelle aucune revendication ne verra le jour et encore moins la réalisation de toute entreprise.

Un ouvrage bruyant en cette époque où le silence règne parmi les dirigeants socialistes impuissants à indiquer la direction à prendre pour mettre à terre la puissance de l'argent (à laquelle, soit dit en passant, ils sont entièrement assujettis). Ce bréviaire du militant socio-humaniste de base devrait être lu par tous les hommes de bonne volonté, à commencer par notre Saint François qui selon toute vraisemblance a perdu de vue l'idéal socialiste ou, même pire, ne l'a jamais eu. De renoncement en reculade, "la gauche" actuelle a abandonné les fondamentaux qui ont structuré la pensée socialiste au cours du XIX et XX siècles, à travers les nombreuses luttes qui ont permis de conquérir des droits sociaux, aujourd'hui remis en cause. "La gauche", désocialisée par la propagande capitaliste à laquelle elle s'est soumise sans engager le moindre combat de résistance, a livré le peuple, d'où elle tirait sa légitimité et sa force de contestation, pieds et poings liés à l'oligarchie financière. Un acte de trahison dont elle devra rendre compte tôt ou tard.

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