Seules contre tous de Miriam Katin

Seules contre tous de Miriam Katin

Catégorie(s) : Bande dessinée => Adultes , Bande dessinée => Aventures, policiers et thrillers , Bande dessinée => Légende, contes et histoire

Critiqué par JulesRomans, le 19 janvier 2014 (Nantes, Inscrit le 29 juillet 2012, 64 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 444ème position).
Visites : 2 331 

Celle qui voulait marcher avec Dieu apprit à marcher avec sa fille seule

"Seules contre tous" est le récit essentiellement de l’errance d'une bonne année à travers la campagne hongroise d’une mère juive et de sa fille âgée de trois ans. En 1944 elles sont en danger dans Budapest où nazis allemands et fascistes des Croix fléchés font la loi ; le régent Horty avait évité jusqu’au printemps 1944, l’arrestation des juifs que le nouveau premier ministre Sztojay souhaite. Cet album est l’adaptation en langue française d’une BD "We are on our own" parue en langue anglaise au Canada en 2005 et publiée chez Seuil l’année suivante.

L’auteure a mis en scène ses propres souvenirs et ceux de sa mère au sujet de ce périple effectuée en compagnie de sa mère. Sous une fausse identité sa mère subit les assauts tant de soldats allemands que de libérateurs soviétiques (la Hongrie est en guerre avec la Russie depuis 1941). Toutefois on n’est jamais dans une présentation glauque des évènements et les deux héroïnes rencontrent des citadins ou paysans hongrois ainsi que des soldats soviétiques qui font attention à améliorer leur sort. Son père, également d’origine juive, a été enrôlé dans l’armée hongroise et durant l’été 1945 il est à leur recherche.

Les pages sont la plupart du temps en crayonné noir et blanc, les planches couleurs font faire un bond en avant, elles transportent le récit à la fin des années 1960 lorsque la narratrice dialogue à New-York avec son jeune fils autour des actions de Dieu. Cette question de l’existence et la place de Dieu dans et après les épreuves vécues vient en filigrane du récit. Plus des deux-tiers de la population juive de nationalité hongroise a péri (on estimait celle-ci à 825 000 en 1941). Une part non négligeable de cette population émigra en Israël ou aux USA après la répression du soulèvement hongrois en 1956. Miriam Katin passa quelques années en Palestine, où elle fit son service militaire, avant de rejoindre le nouveau continent.

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Une bien belle lecture !

10 étoiles

Critique de Shelton (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 66 ans) - 3 août 2014

C’est un peu par hasard, une fois de plus que je suis tombé sur cet album de bande dessinée, Seules contre tous de Miriam Katin. Je n’en avais jamais entendu parler, je ne savais pas que ce récit avait été publié au départ au Canada en 2006, qu’il avait eu un grand succès, que la version bédé venait d’être republiée en France… bref, je ne savais rien de tout cela quand j’ai trouvé cette version originale (éditions du Seuil 2006) lors d’une de mes visites au village du livre de Cuisery en Saône-et-Loire…

L’ouverture de ce que nous pouvons appeler un roman graphique a suffi pour que je tombe sous le charme du graphisme. Ce n’est pas du noir et blanc classique, plutôt du sépia et blanc. On peut trouver un aspect vieillot au premier abord, mais très vite cette vision nous accompagne dans le temps et nous nous retrouvons pendant la seconde guerre mondiale, en Europe Centrale…

Une femme va nous raconter son histoire, du moins va faire le récit des années les plus difficiles de sa vie, quand elle était une petite fille entrainée par sa mère dans une fuite éperdue à travers la campagne hongroise. Elles sont toutes les deux juives et il faut éviter de se faire prendre pour survivre ! Une femme avec un enfant, quand on traverse une telle période, que l’on n’est pas riche, que l’on est juive, que l’on est seulement portée par l’envie de donner une chance à sa fille… ce n’est pas simple, c’est même horriblement complexe et on est la proie de toutes sortes de profiteurs…

Heureusement, parmi les êtres humains, on en trouve parfois qui font preuve, sinon d’humanité, au moins d’un peu de sympathie temporaire. Cela donne le temps de se refaire un peu de forces. Malheureusement, la triste réalité c’est que dans ces cas-là, il faut trouver des forces au fond de soi et ne pas trop compter sur les autres, pire, il faut se méfier de ceux qui ont l’air trop gentils…

Pour une petite fille c’est une grande période d’incompréhension. Pourquoi faut-il encore partir, pourquoi Papa n’est pas là, pourquoi on ne peut pas manger à sa faim, pourquoi il faut marcher dehors quand il fait si froid, pourquoi ces gens sont méchants avec Maman… C’est là que l’on mesure la chance de n’avoir pas connu une telle jeunesse !

Miriam Katin, graphiste professionnelle, initiée à la bande dessinée par ses deux garçons, a travaillé seule. C’est un gros travail de mémoire qu’elle a fait, pour tenter de répondre à une question qu’on lui posait toujours : vous êtes juives, comment avez-vous fait pour survivre pendant la guerre ? Alors elle répond et vous allez trouver là une narration graphique époustouflante basée sur les sensations, le ressenti. On est très loin du réalisme classique. Il est parfois difficile de reconnaitre un paysage, un uniforme, une machine. Ici, on a plutôt froid avec cette femme et cette petite fille, on a peur avec elles, on est fatigué quand on a trop marché avec elles. C’est dans cette transmission des épreuves et des souffrances que cette narration graphique excelle. En plus, c’est tout en finesse, sans description trop lourdes, glauques ou crues alors que les occasions de cette épopée auraient pu le permettre !

Durant tout le récit, on a aussi une réflexion métaphysique, celle qui a interpelé de nombreux Juifs durant cette épreuve et dont les survivants ont parfois pris le temps de parler. Et Dieu dans tout cela, qu’a-t-il fait ? Pourquoi nous a-t-il abandonnés ? Ne nous aime-il plus ? Et, partant de cela, que doit-on léguer à nos enfants ? Un dieu mort ? certes, nous n’avons pas en main un livre essentiellement théologique, mais c’est en filigrane, du début à la fin, et on sent bien que ce livre est arrivé quand Miriam a eu un fils et qu’il a fallu lui dire d’où elle venait, ce qu’elle avait vécu, qui étaient ses grands-parents… et aussi qui était ce Dieu des Juifs…

Donc un excellent roman graphique que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire et que je vous recommande d’autant plus qu’il a été réédité !

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