Psychologie des foules de Gustave Le Bon

Psychologie des foules de Gustave Le Bon

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Psychologie

Critiqué par Hexagone, le 23 novembre 2011 (Inscrit le 22 juillet 2006, 53 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (905ème position).
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Ces milliards d'hommes.

Cet essai aborde dans dans un style iconoclaste la Psychologie des foules, il passe en revue tous les aspects de ces masses humaines, de leur débilité, de leur hétérogénéité, de leurs forces, de leur faiblesse.
Toujours prêtes à suivre les meneurs les plus prestigieux, les plus talentueux qui ne sont pas forcément les plus intelligents.
L'auteur évoque les sentiments et les consciences de ces foules, explique clairement que toutes les foules se valent, que ce soit des intellectuels ou des manants.
Gustave le Bon explique clairement que pour guider ces foules il faut ne pas avoir peur de dire des contre vérités, de les asséner avec sérieux, de ne pas toujours caresser les masses dans le sens du poil, bien au contraire et de laisser la contagion des idées se diffuser.
A la lecture de cet essai on comprend très bien l’avènement de tous les dictateurs, la montée du nazisme, on comprend les révoltes des printemps arabes, les hystéries collectives sportives ou culturelles, les hallucinations collectives.
L'auteur évoque l’ascension de Napoléon, son entregent et sa réussite.
Il évoque les journaux qui ne sont plus des leaders d'opinions mais qui flattent le peuple pour vendre du papier.
Tout cela est réuni dans ce livre que tout communicant, tout homme politique se doit d'avoir lu.
Jamais la parole n'est confisquée par le politiquement correct, Gustave le Bon évoque la différence des races, leur psychologie si chère à Charles de Gaulle.
Tout cela résonne dans notre société contemporaine et semble traduire notre époque, sauf que le livre fut écrit en 1895 !!!



Un extrait :

Evidemment la progression continue de telles dépenses a forcément pour issue la faillite. Beaucoup de pays en Europe : le Portugal, la Grèce, l'Espagne, la Turquie, y sont arrivés; d'autres, comme l'Italie vont y être acculés bientôt, mais il ne faut pas trop s'en préoccuper, puisque le public a successivement accepté sans grandes protestations des réductions des quatre cinquièmes dans le paiement des coupons par ces divers pays. Ces ingénieuses faillites permettent alors de remettre instantanément les budgets avariés en équilibre. Les guerres, le socialisme, les luttes économiques nous préparent d'ailleurs de bien autres catastrophes, et à l'époque de désagrégation universelle où nous sommes entrés, il faut se résigner à vivre au jour le jour sans trop se soucier de lendemains qui nous échappent.

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Après avoir lu ce passionnant ouvrage, vous ne verrez jamais plus une Foule de la même manière !

10 étoiles

Critique de Anonyme11 (, Inscrit(e) le 18 août 2020, - ans) - 19 août 2020

Dans cet Essai fort célèbre et visionnaire de Gustave Le Bon écrit en 1895, l’auteur analyse et préfigure les phénomènes de masse qui se produiront tout au long du 20ème siècle. Il propose sa démonstration à travers une foultitude d’exemples historiques concrets, et présente le thème général de la manière suivante, page 3 :

« Les foules organisées ont toujours joué un rôle considérable dans la vie des peuples ; mais ce rôle n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui. L’action inconsciente des foules se substituant à l’activité consciente des individus est une des principales caractéristiques de l’âge actuel. »

En effet, dans une foule, l’intelligence individuelle disparaît pour laisser place à des sentiments exacerbés, parfois positifs, mais plus souvent…, négatifs : une foule peut devenir salvatrice, ou extrêmement criminogène. La foule est une sorte de « melting-pot » de gens, quels que soient : leur condition sociale, leur sexe, leur profession, etc..
Puis, la « personnalité consciente » de chaque individu s’évanouit au profit de sentiments globaux, convergents dans une seule et même direction. Il s’instaure alors une sorte d' »âme » collective, nommée par Gustave Le Bon : la « Foule Psychologique », érigée en une seule et unique entité, qui plus est, soumise à la « loi de l’unité mentale des foules ».

La disparition de la « personnalité consciente » intervient la plupart du temps, lorsque les individus sont réunis en un seul lieu. Mais parfois, des milliers d’individus peuvent, dans le cas d’une émotion collective violente comme un grand drame national, être soumis aux mêmes critères que ceux de la « foule psychologique ».
En revanche, ce n’est pas parce que des centaines de personnes sont assemblées en un même point, que cela devient forcément une « foule psychologique ».
Il faut que des critères spécifiques et communs à tous les individus, prédominent dans cette foule, pour la muter en une « foule psychologique ».

Le plus surprenant pour Gustave Le Bon, se situe dans le fait qu’une foule composée de personnes totalement hétérogènes du point de vue du caractère, de l’intelligence, du mode de vie, etc., peut dans le cadre d’une « foule psychologique » posséder une « âme » unique et commune à tous, mais de manière uniquement temporaire puisque l’état du passage au stade de la « foule psychologique » n’est par définition, que provisoire.
Cette foule est alors transformée en un être unique, comme composée de « cellules » soudées entre elles, formant un être nouveau, alors que chaque « cellule » hétérogène séparément, possède ses propres caractéristiques.
On peut alors parler d’alchimie de la foule, page 12 :

« Dans l’âme collective, les aptitudes intellectuelles des individus, et par conséquent leur individualité, s’effacent. L’hétérogène se noie dans l’homogène, et les qualités inconscientes dominent.
C’est justement cette mise en commun de qualités ordinaires qui nous explique pourquoi les foules ne sauraient jamais accomplir d’actes exigeant une intelligence élevée. Les décisions d’intérêt général prises par une assemblée d’hommes distingués, mais de spécialités différentes, ne sont pas sensiblement supérieures aux décisions que prendrait une réunion d’imbéciles. Ils ne peuvent mettre en commun en effet que ces qualités médiocres que tout le monde possède. Dans les foules, c’est la bêtise et non l’esprit, qui s’accumule. Ce n’est pas tout le monde, comme on le répète si souvent, qui a plus d’esprit que Voltaire, c’est certainement Voltaire qui a plus d’esprit que tout le monde, si par « tout le monde », il faut entendre les foules. »

Plusieurs critères donc, caractérisent le phénomène de foule :
1 / Le plus évident, celui qui vient immédiatement à l’esprit, est celui lié au nombre important d’individus qui composent une foule. Cette dernière donne à l’individu : un sentiment d’invincibilité, renforcé par le fait que l’anonymat de cette foule procure également un sentiment individuel d’irresponsabilité. L’individu « noyé » ainsi dans la foule peut alors développer ses instincts les plus vils, chose qu’il ne se permettrait pas, s’il était seul.

2 / Ensuite, le critère de la contagion : dans une foule l’individu sacrifie aisément son intérêt personnel, à l’intérêt collectif.

3 / Puis, le critère de la suggestibilité : En d’autres termes, l’individu en foule est particulièrement influençable, d’où le principe de contagion. L’individu est comme hypnotisé par le phénomène de foule, sa conscience, sa volonté et son discernement sont annihilés.
L’homme cultivé peut redevenir instinctif, voire barbare dans le cadre d’une foule, ou bien il peut devenir héroïque et enthousiaste. Bref, souvent dans le cadre d’une foule, ce sont les instincts primitifs extrêmes qui dominent chez l’individu, et non : la Pensée, la raison ou l’analyse objective.

L’épisode le plus important, le plus proche de la période dans laquelle vivait Gustave Le Bon, fut celui de la Révolution Française.
Car en effet, tout au long de cette dernière, il y eut à la fois de la violence impulsive produite par la foule que formait le Peuple, puis à partir de 1792, la Terreur de masse organisée, sous la Terreur Jacobine de Robespierre.
Un phénomène fort bien décrit dans l’excellent ouvrage de Patrice Gueniffey La politique de la Terreur : Essai sur la violence révolutionnaire, 1789-1794, et également ici par Gustave Le Bon, pages 13 et 14 :

« Pris séparément, les hommes de la Convention étaient des bourgeois éclairés, aux habitudes pacifiques. Réunis en foule, ils n’hésitaient pas à approuver les propositions les plus féroces, à envoyer à la guillotine les individus les plus manifestement innocents ; et, contrairement à tous leurs intérêts, à renoncer à leur inviolabilité et à se décimer eux-mêmes.
Et ce n’est pas seulement par ses actes que l’individu en foule diffère essentiellement de lui-même. Avant même qu’il ait perdu toute indépendance, ses idées et ses sentiments se son transformés, et la transformation est profonde au point de changer l’avare en prodigue, le sceptique en croyant, l’honnête homme en criminel, le poltron en héros. La renonciation à tous ses privilèges que, dans un moment d’enthousiasme, la noblesse vota pendant la fameuse nuit du 4 août 1789, n’eût certes jamais été acceptée par aucun de ses membres pris isolément.
Concluons de ce qui précède, que la foule est toujours intellectuellement inférieure à l’homme isolé, mais que, au point de vue des sentiments et des actes que ces sentiments provoquent, elle peut, suivant les circonstances, être meilleure ou pire. Tout dépend de la façon dont la foule est suggestionnée. »

Voyons à présent, les principales caractéristiques des foules : elles sont héritables et impulsives, dépourvues de tout sens critique, soumises également à l’hallucination collective et à la capacité d’un seul individu par « voie de contagion » à suggestionner tout un groupe.

Une autre caractéristique de la foule : elle est autoritaire et intolérante. Les foules sont souvent plus subjuguées par l’autoritarisme des tyrans qui les oppriment, que par des personnages débonnaires.
Gustave Le Bon précise également que les foules sont peu soumises à l’instinct Révolutionnaire, mais plus à des explosions de révoltes éphémères, pour finalement se laisser asservir par un despote. Car les foules sont trop impulsives pour être capables de moralité.
L’Histoire nous le montre, à travers de nombreux exemples, page 24 :

« Que de foules se sont fait héroïquement massacrer pour des croyances, des idées et des mots qu’elles comprenaient à peine. Les foules qui font des grèves les font bien plus pour obéir à un mot d’ordre que pour obtenir une augmentation du maigre salaire dont elles se contentent. L’intérêt personnel est bien rarement un mobile puissant chez les foules, alors qu’il est le mobile à peu près exclusif de l’individu isolé. Ce n’est certes pas l’intérêt qui a guidé les foules dans tant de guerres, incompréhensibles le plus souvent pour leur intelligence, et où elles se sont laissé aussi facilement massacrer que les alouettes hypnotisées par le miroir que manoeuvre le chasseur. »

A ce stade de l’ouvrage, l’auteur présente une limpide synthèse du caractère global d’une foule, page 31 :

« Nous avons montré que les foules ne raisonnent pas ; qu’elles admettent ou rejettent les idées en bloc ; ne supportent ni discussion, ni contradiction, et que les suggestions agissant sur elles envahissent entièrement le champ de leur entendement et tendent aussitôt à se transformer en actes. Nous avons montré que les foules convenablement suggestionnées sont prêtes à se sacrifier pour l’idéal qui leur a été suggéré. Nous avons vu aussi qu’elles ne connaissent que les sentiments violents et extrêmes, que, chez elles, la sympathie devient vite adoration, et qu’à peine née l’antipathie se transforme en haine. Ces indications générales permettent déjà de pressentir la nature de leurs convictions. »

Gustave Le Bon montre que les foules idolâtres facilement des personnages charismatiques, d’abord page 30 :

« C’est sur l’imagination populaire qu’est fondée la puissance des conquérants et la force des États. C’est surtout en agissant sur elle qu’on entraîne les foules. Tous les grands faits historiques, la création du Bouddhisme, du Christianisme, de l’Islamisme, la Réforme, la Révolution, et, de nos jours, l’invasion menaçante du Socialisme, sont les conséquences directes ou lointaines d’impressions fortes produites sur l’imagination des foules.
Aussi, tous les grands hommes d’État de tous les âges et de tous les pays, y compris les plus absolus despotes, ont-ils considéré l’imagination populaire comme la base de leur puissance, et jamais ils n’ont essayé de gouverner contre elle. « C’est en me faisant catholique, disait Napoléon au Conseil d’État, que j’ai fini la guerre de Vendée ; en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les prêtres en Italie. Si je gouvernais un peuple de Juifs, je rétablirais le temple de Salomon ». »

Puis également, pages 31 et 32 :

« Les convictions des foules revêtent ces caractères de soumission aveugle, d’intolérance farouche, de besoin de propagande violente qui sont inhérents au sentiment religieux ; et c’est pourquoi on peut dire que toutes leurs croyances ont une forme religieuse. Le héros que la foule acclame est véritablement un dieu pour elle. Napoléon le fut pendant quinze ans, et jamais divinité n’eut de plus parfaits adorateurs. Aucune n’envoya plus facilement les hommes à la mort. Les dieux du paganisme et du christianisme n’exercèrent jamais un empire plus absolu sur les âmes qu’ils avaient conquises.
Tous les fondateurs de croyances religieuses ou politiques ne les ont fondées que parce qu’ils ont su imposer aux foules ces sentiments de fanatisme qui font que l’homme trouve son bonheur dans l’adoration et l’obéissance et est prêt à donner sa vie pour son idole. Il en a été ainsi à toutes les époques. »

Gustave Le Bon nous livre donc de célèbres exemples de foules sanguinaires, telles que sous : La Réforme, la Saint-Barthélemy, les guerres de religion, l’Inquisition, la Terreur sous la Révolution Française, animées par un sentiment « religieux » conduisant à massacrer des innocents, pour faire émerger une nouvelle croyance. Les foules engendrent ces massacres, dirigées qu’elles sont, par des tyrans qui les animent.

L’auteur, finalement, se pose la question de savoir s’il est bon ou mauvais, que les foules ne soient pas guidées par la raison, page 50 :

« Faut-il regretter que ce ne soit jamais la raison qui guide les foules ? Nous n’oserions le dire. La raison humaine n’eût pas réussi sans doute à entraîner l’humanité dans les voies de la civilisation avec l’ardeur et la hardiesse dont l’ont soulevée ses chimères. Filles de l’inconscient qui nous mène, ces chimères étaient sans doute nécessaires. »

Puis, Gustave Le Bon analyse le rapport entre le chef et la foule, la façon dont le maître transforme une foule hétérogène en une organisation sectaire, un « troupeau servile » ne pouvant se passer de son despote.
Le chef est d’abord lui-même imprégné par l’IDEE, et dès lors, il incarne le rôle du prescripteur.
Généralement, ces chefs sont plus des hommes d’action que de Pensée, des illuminés d’une très grande persuasion. Le meneur de foule use du mécanisme de répétition pour conditionner sont auditoire.

De même, une foule peut avoir un effet d’imitation ou de contagion sur d’autres foules, comme dans le cas d’une Révolution qui prend forme dans un pays, puis dans d’autres pays (comme actuellement avec les « Révolutions Arabes »).
Gustave Le Bon, lui, prend l’exemple de la Révolution de 1848 qui s’étendit sur une grande partie de l’Europe et qui fit vaciller plusieurs Monarchies.
Autres exemples de grands meneurs de foules : Bouddha, Jésus, Mahomet, Jeanne d’Arc, Napoléon, dont l’auteur décrit l’immense fascination qu’ils engendraient auprès des personnes qu’ils côtoyaient.
Le 20ème siècle fut lui aussi largement pourvu en grands meneurs de foules, soit à vocations démocratiques, comme : Nelson Mandela, Winston Churchill, le Dalaï Lama, le général De Gaulle, etc., soit, tragiquement, de nombreux autres à destinations dictatoriales ou Totalitaires, comme : Lénine, Trotski, Staline, Mussolini, Hitler, Mao Zedong, Pol Pot, Ceausescu, Hô Chi Minh, Kim Il-Sung et Kim Jong-Il, Castro, Pinochet, Ben Laden…, et la liste est encore tristement interminable…

Ensuite Gustave Le Bon nous présente ce qu’il nomme les « croyances générales », ce que l’on appellerait certainement de nos jours, l’IDEOLOGIE, qui doit être appliquée inconditionnellement, page 63 :

« Les croyances générales sont les supports nécessaires des civilisations ; elles impriment une orientation aux idées. Elles seules peuvent inspirer la foi et créer le devoir.
Les peuples ont toujours senti l’utilité d’acquérir des croyances générales, et compris d’instinct que la disparition de celles-ci devait marquer pour eux l’heure de la décadence.
(…) Ce n’est donc pas sans cause que les peuples ont toujours défendu leurs convictions avec intolérance. Cette intolérance, si critiquable au point de vue philosophique, représente dans la vie des peuples la plus nécessaire des vertus. C’est pour fonder ou maintenir des croyances générales que le moyen âge a élevé tant de bûchers, que tant d’inventeurs et de novateurs sont morts dans le désespoir quand ils évitaient les supplices. C’est pour les défendre que le monde a été tant de fois bouleversé, que tant de millions d’hommes sont morts sur les champs de bataille, et y mourront encore. »

Gustave Le Bon distingue les différentes catégories de foules :
– Les foules hétérogènes, composées d’individus divers ;
– Les foules homogènes : les sectes, les castes, les classes, etc. ;
– Les foules électorales ;
– Les foules des Jurés de cour d’assises ;
– Les foules parlementaires ;
– Les foules dites criminelles qui la plupart du temps, sont menées par des dogmes nommés par l’auteur : des « suggestions puissantes ». Les individus sont persuadés d’accomplir une mission. Gustave Le Bon reprend le célèbre exemple du meurtre du gouverneur de la Bastille le 14 juillet 1789, Monsieur De Launay, pages 70 et 71 :

« Après la prise de cette forteresse, le gouverneur, entouré d’une foule très excitée, recevait des coups de tous côtés. On proposait de le pendre, de lui couper la tête, ou de l’attacher à la queue d’un cheval. En se débattant, il donna par mégarde un coup de pied à l’un des assistants. Quelqu’un proposa, et sa suggestion fut acclamée aussitôt par la foule, que l’individu atteint par le coup de pied coupât le cou au gouverneur.
« Celui-ci, cuisinier sans place, demi-badaud qui est allé à la Bastille pour voir ce qui s’y passait, juge que, puisque tel est l’avis général, l’action est patriotique, et croit même mériter une médaille en détruisant un monstre. Avec un sabre qu’on lui prête, il frappe sur le col nu ; mais le sabre mal affilé ne coupant pas, il tire de sa poche un petit couteau à manche noir et (comme, en sa qualité de cuisinier, il sait travailler les viandes) il achève heureusement l’opération. »
On voit clairement ici le mécanisme indiqué plus haut. Obéissant à une suggestion d’autant plus puissante qu’elle est collective, conviction chez le meurtrier qu’il a commis un acte fort méritoire, et conviction d’autant plus naturelle qu’il a pour lui l’approbation unanime de ses concitoyens. Un acte semblable peut être légalement, mais non psychologiquement, qualifié de criminel. »

Gustave Le Bon continue sa démonstration à travers le terrifiant exemple, toujours lors de la Révolution Française, du massacre de masse perpétré par les « septembriseurs » en 1792.

En conclusion, cet Essai incontournable possède un réel caractère visionnaire, car nous retrouvons ce phénomène de « foules psychologiques » décrit ici par Gustave Le Bon, tout au long du 20ème siècle.

Depuis le début de l’Histoire de l’Humanité, les Peuples alternent invariablement entre barbarie et civilisation. Dans ce passionnant ouvrage datant de 1895, Gustave Le Bon utilise les exemples les plus proches et les plus marquants de l’Histoire de France, comme : les guerres de religion, évidemment la Révolution Française, l’Empire Napoléonien, etc., pour construire son Essai sur les « foules psychologiques » ou l' »âme des foules ».

L’Histoire du 20ème siècle a tragiquement confirmé la thèse de Gustave Le Bon, consistant à se méfier du phénomène que sont les foules.
Car en effet, il s’est produit dans le 20ème siècle, les plus gigantesques Crimes contre l’Humanité et Génocides, de toute l’Histoire de l’Humanité.
Nous avons vu que certains meneurs ont contribué positivement au développement de notre civilisation, pendant que d’autres s’acharnaient sauvagement à manipuler l' »âme des foules » avec un machiavélisme effroyable.

Alors, nôtre 21ème siècle continuera-t-il cette inlassable oscillation entre barbarie et civilisation ?
Cela dépendra en grande partie de la sagesse ou non des Peuples, des FOULES, possibles bras armés, de tyrans assoiffés de Pensée Unique et de Pouvoir Absolu !

Le Bon a tout bon ( comme d'habitude)

10 étoiles

Critique de Maranatha (, Inscrit le 17 janvier 2019, 52 ans) - 13 octobre 2019

C'est la seconde fois que je lis ce livre et il est fort probable que je le relirai encore au cours de ma vie.

Il s'agit d'un livre qui n'a pas pris une ride, paru en 1895 rien n'a changé, Le Bon a tout dit et bien dit.

Tout y est sur la foule, ses motivations, ses meneurs, son esprit, la façon dont il faut l'aborder, la diriger, c'est édifiant de lucidité.

Je suis certain que ce livre est encore étudié dans les cours de psychologie, de marketing, de sciences sociales et d'études politiques.

Impossible de ne pas faire le rapprochement avec ce qui se passe sous nos yeux actuellement, les Gilets Jaunes donnent raison à GLB. Nos politiques également qui savent très bien manipuler ces foules.

Si vous pensez qu'il s'agit d'un ouvrage destiné aux érudits vous avez tout faux. Cela se lit très bien, aisément, sans difficultés. C'est la différence avec les spécialistes actuels qui sont obligés pour justifier leurs thèses de faire appel à des principes complexes, là tout coule de source.

Ce qui se conçoit aisément s'énonce clairement, c'est l'aune de toutes mes lectures, quand l'auteur est obligé de couper les cheveux en quatre c'est qu'il y a un loup.

Je suis un grand admirateur de GLB, j'ai lu d'autres livres et notamment Psychologie de l'Education qui est aussi bon et évoquait déjà les soucis d'aujourd'hui sur la formation des enfants, apparemment aucun prof ou ministre n'a lu GLB. C'est bien dommage.

Connaître l’art d’impressionner l’imagination des foules, c’est connaître l’art de les gouverner

8 étoiles

Critique de Elya (Savoie, Inscrite le 22 février 2009, 34 ans) - 12 octobre 2013

Pour avoir un résumé de l’ouvrage, une des possibilités est tout simplement de survoler son sommaire. Le Bon a construit un plan bien détaillé et très clair qui permet de parcourir son ouvrage sans une concentration trop importante. Il y étudie donc le comportement des hommes lorsqu’ils sont rassemblés ; comment se manifeste-t-il ? Quels sont ses facteurs déclenchant ? Peut-on lui trouver des caractéristiques systématiques ? Gustave Le Bon répondra à toutes ces questions. Voici un bref extrait résumant quelques-unes de ses réponses :

Les foules ne connaissant que les sentiments simples et extrêmes, les opinions, les idées et croyances qu’on leur suggère sont acceptées ou rejetées par elles en bloc, et considérées comme vérités absolues ou erreurs non moins absolues. Il en est toujours ainsi des croyances déterminées par voie de suggestion, au lieu d’avoir été engendrées par voie de raisonnement.

Il manque juste à ce livre, ou en tout cas à l’édition que j’ai eu en main (celle de Flammarion / Le Monde de 2009) une confrontation des théories de Le Bon, qui datent tout de même du XIXème siècle, avec ce qu’on a dégagé aujourd’hui d’un point de vue expérimental. Est-ce que les hypothèses (qui sont présentées comme des faits) de Le Bon, nous paraissant évidentes, ont été confirmées ? J’aurai tendance à dire que oui, en pensant notamment aux expériences de soumission à l’autorité de Milgram [1]. Mais de là à ce que tout ce que dit Le Bon ait été étayé scientifiquement depuis, je ne sais pas. Il ne faut justement pas se reposer sur son autorité pour admettre ce qu’il asserte ; le livre diffuse justement le message inverse, même si Le Bon ne met pas en garde par rapport à son ouvrage. J’ai aussi trouvé regrettable qu’il ne s’appuie que sur très peu d’expériences, ou du moins qu’ils nous en relate si peu. En fait, on a l’impression que sa démonstration s’appuie seulement sur des récits historiques et des témoignages…

Je ne sais pas si l’on peut s’accaparer facilement aujourd’hui des autres essais de Le Bon, mais c’est ce que je vais tenter de faire. La psychologie des foules donne envie de creuser à la fois vers les ouvrages récents de psychologie sociale, mais aussi vers l’œuvre de Le Bon qui a écrit sur des sujets très divers.


[1] Voir par exemple : http://cortecs.org/cours/…

Un par tous, tous par un

9 étoiles

Critique de Millepages (Bruxelles, Inscrit le 26 mai 2010, 64 ans) - 17 juillet 2013

Manifestations. Deuils nationaux. Meetings politiques. Révolutions. Emeutes. Spectacles. Matches de foot.
Autant d'événements où le comportement du public peut émouvoir, amuser, agacer, inquiéter, intriguer.
En tout cas, il me semblait intéressant d'approcher la psychologie de ces foules et en la matière, l'essai de Gustave Le Bon publié en 1895 reste d'actualité.

Le postulat de l'auteur est que quand un certain nombre de femmes et d'hommes se trouvent rassemblés, leur ensemble constitue une âme propre et collective plus ou moins puissante, plus ou moins momentanée, mais en tout cas distincte de celle des individus qui composent cette foule.
Autrement dit, chaque individu qui constitue la masse est amené à poser des actes, à scander des slogans ou à adopter des comportements, bref à avoir une attitude qu'il n'aurait pas en tant qu'individu ou qui dépasse parfois largement ce qu'il considèrerait comme raisonnable s'il agissait seul.

Des personnes de conditions, de cultures, de croyances d'éducations diverses qui forment un être distinct : la foule.
L'individualité dissout dans le collectif.
Ou encore, un individu collectif dont il est parfois très difficile de tirer une moyenne de la pensée de tous les éléments qui la composent; ceci est particulièrement frappant, je trouve, quand on essaie de trouver un fil conducteur aux grands rassemblements des altermondialistes, où les idées bonnes et généreuses fourmillent, sans que les participants parviennent à en tirer la quintessence.

La foule est irrationnelle prétend l'auteur; par le fait qu'il fait partie d'une foule, l'homme descend de plusieurs degrés sur l'échelle de la civilisation. Isolé, il peut être cultivé; en foule il se montre instinctif, barbare.
C'est très frappant dans les stades de foot (que je fréquente) ou autres enceintes sportives : les cadres dynamiques bien mis, irréprochables, les bons pères de famille s'y…défoulent (tiens, tiens !) et s'ils étaient filmés ils ne se reconnaîtraient pas et paieraient sans doute très cher pour que la vidéo ne soient pas transmise :-).

Beaucoup plus effrayant bien que plus vraiment surprenant avec le recul : le chapitre où l'auteur aborde la manipulation des foules; elles doivent être abreuvées d'idées simples et répétées, de grandes généralisations, d'idées fortes.
Vous aurez reconnu le populisme. Qui dans ses épisodes les plus douloureux, les plus nauséabonds peuvent mener à des extrêmes léniniens ou hitlériens.
Dans ces cas-là, le leader n'existe que par la foule et la foule n'existe que par son leader.
Un par tous, tous par un.

Ajoutons que la plupart des dirigeants politiques, des plus autocrates aux plus démocrates, ont lu et étudié l'ouvrage de Gustave Le Bon.

Par ailleurs, j'aurais bien aimé connaître son avis sur l'avènement et l'influence des "foules virtuelles" que constituent les forums en ligne ou les réseaux sociaux.

Pour la petite histoire, avant de s'intéresser à la psychologie des foules, l'auteur s'était préoccupé des conséquences de la fumée de tabac. C'était dans les années 1870.
Gustave le visionnaire !

Un livre de référence

10 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 66 ans) - 9 janvier 2012

Pourquoi une foule fanatisée est-elle capable de tout, du pire comme du meilleur ? Comment une foule psychologique se forme-t-elle ? En quoi n'a-t-elle que peu à voir avec un agrégat d'humains rassemblés au hasard ? De qui et de quoi est-elle composée ? Comment réagit-elle aux sollicitations ? Qui sont ses meneurs ? Comment parviennent-ils à leurs fins ?
Paru en 1921, ce livre majeur de psychologie et de sociologie devenu une référence et un classique, répond brillamment à toutes ces questions et à bien d'autres en démontant nombre de mécanismes de manipulation, d'embrigadement et de propagande. Le Bon illustre son propos par de nombreux exemples tirés de l'Histoire (apogée et chute de l'Empire Romain, Révolution Française, Napoléon, Boulanger, Lesseps et quelques autres...) Le lecteur contemporain pourra y ajouter quelques dictateurs comme Hitler, Staline, Mao, Pol Pot et autre Kim Il Jong en se disant que tous ces phénomènes n'ont fait que croître et embellir ! En dépit d'un sujet relativement ardu, « La Psychologie des Foules » demeure un livre passionnant où le lecteur apprendra encore beaucoup tout en restant admiratif devant la finesse de l'analyse, la clarté du propos et l'élégance du style.
Citations : « Les foules ont des opinions imposées, jamais des opinions raisonnées. »
« La puissance des foules est la seule force que rien ne menace et dont le prestige ne fasse que grandir. L'âge où nous rentrons sera véritablement l'ère des foules. »
« Le droit divin des foules va remplacer le droit divin des rois. »
« Les foules n'ont de puissance que pour détruire. »
« Les foules sont incapables d'avoir des opinions quelconques en dehors de celles qui leur sont imposées. »
« On conduit les foules en cherchant ce qui peut les impressionner et les séduire. »
« Dans les foules, c'est la bêtise et non l'esprit qui s'accumule. »
« La foule ne peut qu'être d'une crédulité excessive. »
« Les Jacobins de la Terreur étaient aussi foncièrement religieux que les Catholiques de l'Inquisition et leur cruelle ardeur dérivait de la même source. »
« Les foules ont une telle soif d'obéir qu'elles se soumettent d'instinct à qui se déclare leur maître. »
« La foule est toujours intellectuellement inférieure à l'homme isolé. »
« C'est l'intelligence qui guide le monde, mais elle le guide de fort loin.»
« L'homme moderne est de plus en plus envahi par l'indifférence. »

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