Badenheim 1939 de Aharon Appelfeld

Badenheim 1939 de Aharon Appelfeld
( Badenhaym ´ir nôfeš)

Catégorie(s) : Littérature => Moyen Orient

Critiqué par Sahkti, le 9 novembre 2007 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 48 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 949ème position).
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Impitoyable traque

Aharon Appelfeld, je l'ai découvert grâce à Hécate (qui manque à ce site!) et j'ai été touchée par sa grande sensibilité mais aussi cette maturité si forte dans chaqun de ses textes. Alors que je ne ressentais que rage et colère, il soufflait l'apaisement et la sérénité, voire de la résignation lucide sur ce monde qui est le nôtre. De quoi faire naître en moi pour lui un profond respect.

De dignité et de respect, il en est encore question cette fois. Car Appelfeld retourne une fois de plus la question dans tous les sens: comment raconter la Shoah? Comment l'écrire, après l'avoir vécue?
Badenheim 1939 a été rédigé fin des années 1970; c'est l'histoire des démons qui ont envahi l'Europe dès la fin des années trente. Le récit se déroule dans une station autrichienne, après un hiver rude et l'arrivée des beaux jours. On dirait que tout va bien et pourtant, certains sentent qu'un bouleversement va se produire.
Appelfeld décrit avec minutie cette lente montée de la peur et des tensions, le lecteur finit par lui-même les ressentir. Tous les rouages sont mis en place pour que la traque des Juifs commence. On devine la suite, affreuse, révoltante, injuste.

Que d'émotions ressenties en refermant ce magnifique livre, un de plus, de Aharon Appelfeld! Quelle sagesse chez cet homme et en même temps, on devine le désarroi, le sentiment d'impuissance.
En narrant la vie de cette station ordinairement calme qui va se retrouver plongée dans l'horreur, l'auteur fait prendre cruellement conscience de l'absurdité de tous ces actes ignobles qui ont été commis; le contraste entre la quiétude estivale et les horreurs qui se profilent est là, palpable.
C'est à lire!

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Inquiétant voyage

10 étoiles

Critique de Millepages (Bruxelles, Inscrit le 26 mai 2010, 63 ans) - 10 mars 2014

Emoi et commentaires en sens divers dans la communauté juive de ce paisible village autrichien, cadre d'un festival annuel de musique traditionnelle : les uns après les autres, ces citoyens sont invités par l'inspection sanitaire à faire leurs préparatifs pour un voyage vers la Pologne.
Certains y voient l'occasion de faire un beau voyage, d'autres une opportunité de se refaire une vie plus exaltante.
Les plus méfiants crient au scandale, soit qu'ils trouvent inacceptable qu'on ne leur laisse pas le choix, soit qu'instinctivement, ils sentent que leur destin est en train de se jouer, et qu'il pourrait bien être dramatique.
On voit bien que la communauté n'est pas homogène dans ses valeurs, ses caractères, ses opinions, ses regards sur elle-même; ses membres sont traversés par des sentiments qui vont de la fierté à la honte d'être juif.   

Un livre très digne sur les mécanismes insidieux qui allaient déboucher sur la shoah.

"Il existe des endroits merveilleux en Pologne"

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 75 ans) - 6 avril 2008

Dans une parabole évoquant la déportation des juifs vers l’Est de l’Europe, Appelfeld fait vivre la petite station balnéaire de Badenheim en Autriche qui s’éveille au printemps pour accueillir les touristes. Mais, « Vers la mi-mai, un discret avis apparut sur le panneau d’affichage, conviant les citoyens juifs à aller se faire recenser par le service sanitaire avant la fin du mois. » Et, progressivement la douce station se transforme en un camp de transit pour les juifs de toute conviction : juifs qui revendiquent leur judéité, juifs qui l’ont reniée, juifs qui l’ont oubliée, juifs qui ne connaissent pas leur part de judéité et même juifs qui ne sont pas très juifs. Tout un peuple qui se met en marche vers la Pologne comme tous les juifs d’Europe qui furent dirigés vers les camps qui leur étaient réservés pendant la dernière guerre mondiale. Appelfeld nous montre ce peuple de saltimbanques, de commerçants, de prostituées, d’enfants, d’adolescents, tout un peuple dont l’hétérogénéité montre bien que le seul point commun entre tous ces individus est leur appartenance, même très éloignée, au peuple d’Israël. « Et si nous sommes obligés d’émigrer ? … Nous émigrerons, … Il existe des endroits merveilleux en Pologne. » Et, c’est avec toute la fatalité contenue dans ces deux brèves répliques que ce peuple se met en marche inquiet mais pas atterré, préoccupé des petites choses du quotidien et du lendemain mais peu soucieux de son devenir comme la plupart des juifs déportés.

Cette parabole est écrite avec une économie de mots sous forme de petits tableaux qui ne sont pas sans rappeler « Les boutiques de cannelle » de Bruno Schulz autre juif assassiné par la Gestapo en 1942.

La littérature germanophone est en général peu prolixe sur ce moment où l’Allemagne bascule dans l’horreur. Je me souviens d’une lecture ancienne de « Après minuit » d’Imgard Keun et très récemment de la lecture de «Une source vive » de Martin Walser écrit seulement en 1998 et qui fit scandale à sa publication en Allemagne.

Un chef d'oeuvre !

10 étoiles

Critique de AntigoneCH (La Roche sur Yon, Inscrite le 19 octobre 2007, 50 ans) - 25 janvier 2008

Dès le départ, en quatrième de couverture, l'éditeur compare l'auteur à Kafka, comparaison que je ne comprenais pas au début de ma lecture, comparaison que j'ai mieux comprise alors que la transformation de la station balnéaire se met en place et que les acteurs de ce "drame" se rendent compte du piège dans lequel ils sont enfermés.

Plusieurs éléments se métamorphosent tranquillement jusqu'à donner au lecteur un sentiment de malaise attentif. Il y a notamment l'existence de ce service sanitaire, discret puis tentateur, vantant tout d'abord un voyage salvateur vers la Pologne, puis obligeant chaque juif à s'inscrire sur ses registres. Et ce festival qui bat son plein, engourdissant les consciences, tandis que les estivants se gavent de pâtisseries et flânent au bord de la piscine, et qui se termine en pagaille désorganisée.

La ville est fermée, devient un ghetto, l'étau se resserre. L'intrigue avance doucement, sûrement, inconsciemment, inexorablement vers un wagon à bestiaux sale qui mènera certainement "où l'on sait". Et cette phrase terrible du Dr Papenheim : "Si les wagons sont aussi sales, c'est signe que nous n'irons pas loin."

Je vous recommande cette lecture, chaudement ! Doucement enivrant, puis terriblement angoissant, ce roman là ne vous laissera certainement pas indifférent.

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