Adultères de Aldo Naouri

Adultères de Aldo Naouri

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Psychologie

Critiqué par Danriot, le 28 octobre 2006 (STRABOURG, Inscrit le 17 février 2005, 78 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 150ème position).
Visites : 5 690  (depuis Novembre 2007)

Paradoxes de l'infidélité dans les mariages d'amour et de Liberté...

Ce pédiatre dit « passer sa vie à vaincre la trouille des parents ». C’est parce qu’il soigne les parents pour guérir les enfants qu’il peut publier un livre don le titre ne doit tromper personne : « Adultères » (Chez Odile Jacob) n’est pas un livre de sexologie, un ouvrage de recettes faciles, un de ces ouvrages-marketing où l’on parle de la tête pour vendre du cul. Ce livre se situe dans le droit fils de ses ouvrages précédents : Le Couple et l’Enfant (1995), Les Filles et leurs mères (1998), Questions d’enfants (1999), Réponses de pédiatre (2000), Les Pères et les Mères (2004).


Un personnage Aldo Naouri ! Il suscite plus que de la sympathie : de l’empathie. Sa vie est un vrai roman. Une famille de dix enfants élevés par la veuve d un tailleur juif de Libye. L’exil, l’exode. Vers l’Algérie où Vichy n’applique pas encore les consignes de leur maître de Berlin avec un zèle qui fait encore honte à la France. La découverte de la difficulté de nouer langue avec des gens dont on ignore la langue : « J’ai appris à lire les mimiques. C’est très utile avec les enfants ».Le tremblement de terre d’Orléanville : le réfugié devient rescapé. Direction : la Métropole. Où il apprend très vite à parler, à lire et à écrire ce Français dans lequel excelle. En conteur chaleureux. En écrivain quia appris que « le style, c’est ce qui tombe ».

Son livre n’est pas exhaustif, mais il est total. Un vrai livre, pas seulment un produit d’édition comme on compte tant sur tous les rayons… Par son écriture, vive, accrocheuse, huilée. Par ses références multiples. Ses expériences, ses observations, ses lectures, cette musique qu’il aime, et ce cinéma qu’il sait apprécier. Un homme de culture au sens le plus fort du terme : savoirs et réflexions qui permettent « d’aller au plus proche de l’intimité humaine », « non par la raison mais par la résonance »…

Avec ce sens de l’humour qu’il conserve en toute circonstances, même quand il pique de vraies et fausses colères …contre le jeunisme et « l’infantolâtrie » si caractéristiques de cette époque où l’enfant-roi devient enfant-tyran…pour son propre malheur. » : « L’enfant est investi et surinvesti dans une perspective de réparation narcissique personnelle » de parents plus égoïstes que lucides et responsables. A l’école des parents, Naouri ne donne aucune leçon, mais il tire de bonnes leçons qui valent réflexions. Surtout à une époque où la télévision et internet jouent le rôle de parents-gardiens bien contestables…

Nouari ne donne aucune leçon non plus en matière de « fidélité conjugale », de « gestion matrimoniale »… Mais là encore, ill sucite bien des réflexions :le lecteur est renvoyé à lui-même. Celiu que se définit comme « un vieillard au passé banal et monogame » part d’un constat paradoxal : le pacte de fidélité implicite ou explicite qu’implique une Union pouvait être logiquement fissuré ou brisé à l’époque des mariages forcés, arrangés ou d’intérêt…Mais aujourd’hui, où l’Amour et la Liberté triomphe, comment expliquer qu’un couple sur deux (au moins) se brise ? …

Cet amour-Kleenex généralisé ou presque provient-il de l’usure sexuelle ? Naouri cite Roger Vaillant : « c’est plus facile de faire l’amour à cent femmes différentes que cent fois à la même femme ». Il s’abrite aussi derrière ce trait d’esprit de Lucien Israël : « Seuls les paranoïaques sont convaincus de la fidélité de leurs femmes »…

Difficile la paix du slip ou de la petite culotte. Le zizi, « un organe dérangeant ». Comme les molécules et les hormones qui expliquent (en partie) la « chimie des états amoureux » ou ces envies de « la soupe « du voisin, ces « désirs qui viennent du manque », ces analyses pas toutes pertinentes que Freud a popularisées en reconnaissant les limites de ses connaissances de la femme, ce « continent noir ».

L’amour ? « Vouloir donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas », selon la formule de Lacan ? Eros comme fuite devant Thanatos. Sans doute faut-il redécouvrir Agappé. Mais les sites de rencontres, la pornographie ambiante et le succès des gadgets sexuels (surtout chez les femmes) ne nous en font guère prendre le chemin…L’esprit de compétition et de concupiscence non plus. Aimer reste posséder avant de donner. Et les règles du « vieillir ensemble » sont brisées par les réalités du « évoluer différemment ».

Du fusionnel-passionnel à l’indifférence- impuissance, le couple se découple Ecartelé entre bovarisme et donjuanisme. Détricoté par cet « état adolescent » qui parasite si souvent « l’état adutle ». Par cette angoisse du temps qui file. Par la quête du Graal. Par la fuite devant la mort dans un « ici et maintenant » hédoniste et individualiste qui donne souvent mauvaise conscience parce que « la monogamie est un phénomène culturel » qui reste chargé d’interdits….

« La libération actuelle des moeurs semble rendre difficile, voire impossible, l’entente durable d’un homme et d’une femme, d’une femme et d’un homme » souligne Naouri « Le couple est-il alors condamné à n’être qu’une union précaire, toujours menacée ? Je n’ai jamais eu à connaître une infidélité ou une rupture qui n’ait produit d’intolérables douleurs quand ce n’était pas de profonds, voire de très profonds, dégâts. L’adultère n’est jamais une expérience facile à intégrer ou à dépasser ».

Mise en perspective : « Comme leurs cousins primates, les mâles homo sapiens sapiens se sont d’abord accouplés avec les femelles de leur espèce sans aucun souci d’attachement, ni de former des couples durables, ni d’instituer une famille » confie Naouri dans une conversation publique que j’ai animée à la Salle Blanche de la Librairie Kléber à Strasbourg. « Et la famille, avec la reconnaissance du mâle comme père, ne s’est constituée que progressivement, il y a entre 30 000 et 12 000 ans, au moment où homo sapiens s’est sédentarisé. Alors, on a mieux compris la nécessité de créer du lien social et de surmonter, à cet effet, les pulsions naturelles. Ce n’est pas pour rien que les textes anciens, du Code d’Hammourabi au Décalogue hébraïque, mettent autant l’accent sur l’interdit de l’adultère.

--- L’adultère, un pêché, entre le vol et le meurtre. Et jusqu’à peu le grain à moudre des huissiers antipathiques qui vérifient les draps…

« Dans le Décalogue, il figure même entre l’interdiction de tuer et celle de voler. C’est dire l’importance accordée à la fidélité au sein de la famille et à la préservation du lien social. On était alors évidemment très éloigné de la liberté des moeurs de ces cinquante dernières années et de notre vision du divorce qui transforme le couple en banal bien de consommation (…) Tout a changé au fil du XXe siècle : avec la montée de l’individualisme, on a caressé le fantasme d’unions librement choisies (tout de même largement déterminées par le milieu social ainsi que par quantité de mythologies hollywoodiennes, comme l’a montré Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident) »

---Mais pourquoi ne pourrait-on pas aimer plusieurs personnes à la fois, chacune différemment ? C’est la notion de fidélité qu’il faut peut-être redéfinir. Chaque amour est unique. Aimer c’est d’abord ne pas comparer…Or, même avec ces raisonnements que bien de morales réprouvent, « ça foire »…Pourquoi ? Les parents, notamment les mères, jouent pour vous un rôle déterminant. Quelle responsabilité d’être mère ! Vous allez en culpabiliser davantage encore plus d’une, Aldo Naouri…

« C’est un point que j’ai longuement traité dans mes ouvrages précédents, en particulier dans Les Pères et les Mères. Le petit d’homme, à partir de sa vie intra-utérine, noue avec sa mère des liens de complétude tels qu’il va tendre à vouloir retrouver, auprès de ses partenaires amoureux, un substitut à l’état édénique qui était le sien dans le tout petit âge. C’est de cette façon que s’explique le plus souvent l’adultère. On brave à la fois l’interdit et on retrouve un état d’euphorie qui a laissé dans notre cerveau la force de son empreinte. En d’autres termes, commettent l’adultère des gens qui ne sont jamais parvenus à faire le deuil de leur relation à la mère et qui veulent à tout prix en maintenir l’illusion ».

--Si commettre l’adultère c’est chercher à retrouver sa mère, l’inverse n’est-il pas aussi possible ? Dans certains cas d’adultère, on quitterait sa mère pour aller vers une femme vraiment autre…ou vers sa sœur ou son frère, non ?

« Tous les cas de figure sont possibles ! L’institution du divorce est là pour permettre la séparation, et celle-ci est parfois nécessaire à la maturation d’individus dont le mariage n’a été qu’une façon de prolonger leur enfance ou leur adolescence, une façon de refuser le passage à l’âge adulte. Cela dit, notre société voudrait accréditer l’idée qu’on pourrait “jeter” comme un kleenex la personne à laquelle on s’est unie. C’est faux, et toujours très douloureux. »

---Vous donnez tout de même un bon conseil pratique :il y a des mites à la transparence. Vous êtes pour le mensonge par omission en cas d’escapade extra-conjugale….

« Evidemment. A quoi se faire du mal, ajouter des douleurs à la douleur. ? Même les couples heureux ont une histoire. Et chaque situation est spécifique… Qui plus est, le sexuel est une manifestation de la pulsion de vie. Il faut différencier le sexuel, le génital et l’amour. Il faut aussi simplifier les définitions. Pour moi, l’adultère c’est l’utilisation des outils sexuels. Ce n’est pas le regard plein de convoitises que dénonçait Saint-Mathieu. Ce n’est pas le jeu de la séduction. La convivialité. Le plaisir de voir, d’écouter, de parler. Notre quotidien est compliqué parce qu’il est fait de rencontres »

Il y a toujours le risque du sourire qu’on croise, du regard qui enflamme. De la voix qui envoûte et de la démarche qui ensorcelle. Que c’est beau, c’est beau la vie…

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9 étoiles

Critique de Attentif (, Inscrit le 15 novembre 2006, 91 ans) - 17 novembre 2006

En réponse-dialogue à DANRIOT je dois préciser ceci :
nos lectures se croisent : Danriot parle de "Adultères" alors que je souhaite faire référence à "Les filles et leurs mères"
les sciences humaines ont été ainsi nommées pour éviter de les nommées de leur véritable nom : les sciences inexactes.

Cet amour-Kleenex généralisé ou presque provient-il de l’usure sexuelle ?
C'est croire que le motif de séparation est unique, alors qu'il est multiple. Quelques exemples :
1° l'homme baise-petit (80% des cas) soulage (mal) sa libido (il "se vide les couilles"), sans souci de ce que sa partenaire trouve (ne trouve pas) dans cette fonction. Comme elle "n'y met pas du sien" il y trouve de moins en moins son compte, et fout le camp
2° l'homme normalement névrosé, qui cherche à donner du plaisir à sa partenaire. Il y parvient ou pas. S'il y parvient, il renouvelle ailleurs la confirmation de sa virilité, de sa capacité à donner du plaisir. S'il n'y parvient pas, l'union foirera de toute façon.
S'il cherche une autre partenaire, la "légitime" prend la trouille (il va s'en aller ailleurs) et les pb commencent
2° l'homme conscient de ce que donner du plaisir à sa partenaire est une chose, mais réussir une vie de couple en est une autre (0,5% des cas)… encore faut-il que sa partenaire partage cette opinion, et ce n'est pas pour autant qu'elle acceptera qu'il aille voir ailleurs le gout d'une autre peau, la consistance d'un autre sexe

Aimer reste posséder avant de donner
Voilà un postulat qui me semble faux dans certain cas, donc faux
Un homme lucide peut penser que le plaisir masculin est une broutille qui ne résiste pas à une branlette, alors qu'un orgasme féminin a une autre ampleur.
Est-ce là "posséder avant de donner" et, en tout état de cause, un homme un peu conscient sait très bien qu'il ne possède RIEN DU TOUT, que l'autre reste l'autre et que le mieux qu'il puisse espérer est une communion temporaire

C’est dire l’importance accordée à la fidélité au sein de la famille et à la préservation du lien social
On oublie-là trop facilement que cette fidélité obligatoire est un ukase des prêtres, c'est la religion catholique qui oblige à cela. On voit bien en effet que l'homme "naturellement" pluri-partenaire est aussitôt sous le coup de la loi religieuse, donc sous la coupe du prêtre.
Les sociétés vivant sous une loi autorisant la polygamie seraient donc, moins que les autres, soucieuses de lien social ?
Il n'est question ici que de NOTRE société, sous NOS latitudes…. Vanité des vanités

Le petit d’homme, à partir de sa vie intra-utérine, noue avec sa mère des liens de complétude tels qu’il va tendre à vouloir retrouver, auprès de ses partenaires amoureux, un substitut à l’état édénique qui était le sien dans le tout petit âge
Voilà ce qui m'agace un peu chez Naouri, présenter comme une vérité incontestable, SCIENTIFIQUE, ce qui n'est qu'une hypothèse de travail, souvent vérifiée certes, mais le contraire d'une vérité scientifique. Un peu de modestie, que diable !!

Si commettre l’adultère c’est chercher à retrouver sa mère….
Et voilà un autre hypothèse présentée comme une vérité première… heureusement, la phrase commence par SI

Il faut différencier le sexuel, le génital et l’amour.
Et pas qu'un peu, mon neveu… et de plus, il faut absolument inclure le fait qu'hommes et femmes mettent un contenu différent dans ces mots.
C'est sans compter sur ce que les hommes mettent dans "sexuel", l'éventail est large entre ceux qui mettent "du sexe partout" (cf les surréalistes) et ceux qui en mettent dans leur seule verge (leur queue quoi). Celles qui mettent le sexe dans leur vagin, celles qui y rajoutent le clito, celles qui y rajoutent le t..de b…
La phrase cohérente serait donc "Il faut différencier les sexuels, les génitaux et les amours.

Mais, en tout état de cause, il faut lire Naouri, ce pédiatre tombé dans la psychanalyse, mais il n'est pas inutile de garder du bon sens .Ces livres, pour utiles qu'ils soient, ne sont pas la Bible et il existaient des gens pleinement heureux avant que les psys existent; des gens qui étaient conscients de la difficulté d'être, des implications de nos enfances, de nos pulsions (on les appelaient nos instincts) avant que Freud nous dise que des problèmes pouvaient se poser

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