Pedro de Franca Maï

Pedro de Franca Maï

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Severine capeille, le 15 janvier 2007 (Inscrite le 23 novembre 2005, 48 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 3 405  (depuis Novembre 2007)

Mata Tombe

Entre le désir de « se poser » et la « lumière blanche », il y a le mouvement des feuilles, mortes. Leur crissement déchirant l’espace et le temps. Tic Tac Tic Tac Tic… Il y a les pages qui se tournent, irrémédiablement. Celles de la vie, et celles des romans.

Le dernier opus de Franca Maï nous entraîne dans la spirale des oiseaux blessés, dans la chute vertigineuse des « ailes cassées ». Nous regardons la descente, rapide, cruelle, expéditive. Le ciel qui « pisse son désarroi » concurrence le « torrent incontrôlable » de Mata, les larmes en souvenir de la mère, versées sur des océans de bassesses. Mata tombe. Entre la rage et la tristesse. Elle s’écroule. Et le sang coule… Il n’y a plus d’horizon. L’enfance est criblée de balles, l’avenir danse comme les yeux jaunes d’un serpent. Le froid s’installe insidieusement. Et pourtant…

Pourtant, Mata, c’est un volcan. C’est le feu de la lucidité sur les faux-semblants. Une étincelle de spontanéité sur les braises du désir. Une folie incandescente sur les calculs et les Empires. Elle tire. Elle tire, et ils expirent. Le patron, le ministre et ses sbires. Ils s’effondrent sans comprendre, sans savoir que quelqu’un pouvait à ce point les haïr. La vengeance comble les vides. Elle se fraye un chemin entre les sentiments absolus ; entre la haine et l’amour truqué, et l’amour perdu.

« Ma mère se décompose sous terre, il faudrait que ça imprègne mon tampon. Je peux courir jusqu’à l’épuisement, il y a toujours ces douleurs qui cohabitent en mon corps. De véritables sangsues. Le répit momentané ne se faufile que lorsque je fais l’amour avec Pedro. »

Faisant suite à Speedy Mata, Pedro envisage les grands écarts, les parcours effrénés entre l’espoir et le trou noir. Quand le récit commence, il est déjà trop tard. On longe des « rails rouillés », et sous une lune « désappointée » les rêves se transforment en cauchemars. Les mensonges s’enchaînent comme des trains fantômes dans la nuit. Le père, Pedro, sont lancés à grande vitesse dans le cycle infernal des supercheries. Mata a dix-sept ans. Cet âge-là ne connaît pas le mépris. L’adolescente représente l’idéalisme vécu intensément, elle veut « changer la société ». Mais elle aime celui qui cache son matérialisme sous un épicurisme délavé. Les dés sont pipés. Tout n’est que comédie. La réalité est triste comme un oiseau déplumé.

« La manipulation détruit les contours du possible. Elle fait de nous des esclaves du mirage organisé. »

Franca Maï attaque de front les problèmes de notre époque, avec une étonnante lucidité. Des phrases semblent parfois sorties de l’actualité : « Les jeunes réapprivoisent une conscience citoyenne. Ils sont prêts à foutre le feu mais il leur manque un signal fort. » ; « On nous maintient encagés sur les bancs du savoir, juste pour reculer le moment où nous irons gonfler leurs statistiques sur la précarité » ; « Notre bataille est au quotidien, Mata, nous n’avons pas les moyens de faire la révolution. Nous luttons pour survivre. »… Résolument engagée, l’auteur met en scène « la vie crevée d’un ange ». Tic Tac Tic Tac Tic… Parce que « Personne ne rêve dans la fange ».

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