Un climat de folie suivi de La Morgue et Jours de beuverie
de Ismail Kadare

critiqué par Jules, le 30 septembre 2005
(Bruxelles - 78 ans)


La note:  étoiles
Un monde vu par un enfant
Le nouveau Ismaïl Kadaré vient de sortir fin août et contient trois nouvelles. Signalons au passage que Kadaré a gagné, en juin 2005, le Man Booker International Prize alors qu’étaient aussi sélectionnés des auteurs comme Garcia Marquèz, Bellow, Kundera, Grass et Mahfouz.

Je ne ferai la critique que de la première et la plus longue nouvelle des trois. Le tout m’amènerait à être beaucoup trop long. Ce texte a été terminé par l’auteur en décembre 2004.et s’intitule « Un climat de folie » Il est autobiographique car Kadaré nous y raconte sa jeunesse dans son village de Gjirokaster qui est celui de « Chronique de pierre »

La maison de son Babazot, terme qui désigne le grand-père paternel en Albanais, se trouve complètement chamboulée : son plus jeune oncle veut se suicider. Kadaré en parle à sa plus jeune et jolie tante, à l’aînée ainsi qu’à l’aîné des oncles. Ce dernier semble furieux sur son frère et les autres lui disent de surtout ne pas en parler à qui que ce soit ! Quel est le problème ?… Il apprendra que c’est parce que sa jeune tante a vu la carte du parti du jeune oncle. Celui-ci est furieux car ce genre de chose est secrète, comme tout le parti lui-même. C’est lui qui dirige tout, mais en sous-mains. Le jour où il décidera de prendre le pouvoir au vu et au su de tout le monde la surprise sera grande ! La boulangerie était un bureau du parti, un tel dont on était convaincu qu’il en faisait partie n’y était pas, à sa plus grande honte, et vice et versa. Certains iront jusqu’à se suicider ! Et les bagarres politiques commencent dans les familles. On jette et brûle des livres, les actions doivent aussi être brûlées ou déchirées, les propriétés sont confisquées.

Mais Ismaïl n’est encore qu’un tout jeune garçon et son imagination travaille à plein quand il est en compagnie de son ami Ilir. Les deux garçons se déclarent convaincus que le Babazot d’Ismaïl ne serait rien moins que le créateur de l’état albanais et de son drapeau.

Dans ce livre nous allons retrouver les rêves de l’auteur, les choses et les idées qui traverseront son œuvre. Il ne rêve que de fantômes et il trouve le nouveau régime des plus fade. On n’y entend que des « Vive… », des « Gloire à… » et des « A bas… ».Tout cela est bien lassant ! Aussi va-t-il retourner bien vite dans son Macbeth et son Hamlet qui lui semblent bien plus tragique et passionnants. Et puis il y a sa construction en bois du cheval de Troie qu’il fait avec son copain Ilir. Mais chez lui, le cheval ne servira pas à détruire Troie mais bien à la sauver. Il en sortira et ira avertir les Troyens de la tentative que feront les Grecs pour entrer dans la ville.

Ismaïl tombe aussi amoureux d’une jeune juive de sa classe le jour de son départ pour Israël. A l’école tout change : on avait déjà supprimé le grec, mais voilà qu’on supprime aussi le latin et le français pour ajouter le russe.

La fin de la nouvelle nous racontera la mort de son Babazot, alors qu’Ismaïl s’en sent profondément responsable. En effet il a entendu que si l’on faisait un grand sacrifice juste avant la mort de quelqu’un cette personne pourrait s’en sortir. Il se dit qu’il ne peut quand même pas sacrifier Troie et son cheval !… Le temps de se poser la question et voilà que Babazot meurt !…

J’ai bien aimé cette nouvelle qui nous raconte le monde, et des événements importants pour le pays, vus par un enfant. J’ai aussi aimé voir à quel point le monde de Kadaré était déjà en lui tout petit avec Troie et les Grecs, Macbeth et Hamlet. Elle aide à mieux connaître l’auteur.