La belle endormie
de Elizabeth Taylor

critiqué par Aria, le 12 septembre 2005
(Paris - - ans)


La note:  étoiles
So british !
Elizabeth Taylor (1912-1975) a écrit de nombreux romans qui plairont à tous les anglophiles,car elle dépeint avec talent la Grande-Bretagne des années de l’après-guerre.
C’est une conteuse qui sait camper à merveille des personnages très différents et en faire une analyse psychologique intéressante (à mon avis, elle surpasse de loin Angela Huth à qui elle est parfois comparée).
Ce roman, paru en 1953, a pour cadre une petite ville anglaise de bord de mer, où l’on s’ennuie beaucoup.
Isabella, femme d’âge moyen, appartenant à la bonne bourgeoisie, vient de perdre son mari dans un accident de bâteau. Elle est non seulement attristée par ce deuil soudain mais aussi très désemparée, d’autant qu’elle ne reçoit aucun soutien de son fils Laurence,personnage assez falot, quasiment un bon à rien.
Le roman commence avec la visite que lui rend un vieil ami, Vinny, célibataire endurci qui vit à Londres avec sa mère, et qui est semble-t-il doué pour apparaître dans ce genre de circonstances : « Passé maître dans l’art de la compassion, il agissait cependant avec compétence et raffinement ».
Au cours de l’une de ses balades en bord de mer, Vinny tombe amoureux d’une silhouette mystérieuse, une très belle jeune femme dont il cherche à percer le secret.
Pour approcher et apprivoiser Emily (c’est le nom de l’inconnue), il va multiplier ses visites en bord de mer jusqu’à prendre pension chaque week-end dans la pension de famille dirigée par la sœur d’Emily. Comme c’est un fils dévoué, il y installe même sa mère, redoutable personnage merveilleusement décrit, pour l’été. La pension est pleine à craquer avec une famille anglaise, leurs enfants assez bruyants et les deux nounous.
Isabella « flotte » dans sa vie, heureusement occupée par quelques tâches ménagères choisies (elle a une bonne), et distraite par les visites de son amie Evalie, toujours prête à venir boire un café, un thé ou quelques boissons plus alcoolisées. Ensemble, elles commentent les magazines de mode, mais surtout elles s’adonnent à leur vice caché, jouer aux courses.
N’étant pas au courant de ce qui motive Vinny à lui rendre visite régulièrement, elle espère secrètement qu’il va la demander en mariage, alors qu’elle n’a pas du tout envie de l’épouser. Mais tout cela lui permet de rêvasser pour s’occuper l’esprit :
« La perspective d’un refus (d’une demande en mariage) tendre et gai avait constitué sa principale source de réconfort durant ces quelques semaines : elle ne cessait d’en répéter les détails ».
L’essentiel de l’intrigue consiste à décrire l’évolution de l’amour de Vinny pour Emily, sur fond d’histoire familiale complexe.
Ne croyez pas que je vous ai dévoilé toute l’histoire ! Ceci n’est qu’une description du cadre.
La société anglaise y est dépeinte avec ses inégalités sociales, les personnages avec leurs accommodements avec la vérité ou plutôt le mensonge (ils ont presque tous quelque chose à cacher…).
C’est un roman qui par certains côtés est merveilleusement démodé, un roman d’une grande finesse, très bien construit, avec une intrigue à rebondissements.
Un excellent roman, de lecture aisée et distrayante.
Les hasards de la vie 8 étoiles

Plusieurs histoires sont entremêlées, mais la chronologie des différents faits est totalement respectée et on s’y retrouve très bien, d’autant que le style est agréable et clair.
Cette ambiance anglaise nous replonge dans les années 50, avec des descriptions de personnages tout à fait typiques. Le thème des courses de chevaux revient souvent, chaque personnage jouant un peu à l’insu des autres, sauf les deux amies, Isabella et Evalie, qui jouent en tandem, avec moultes bavardages insipides.
L’histoire principale et touchante reste la rencontre de Viny (50 ans) avec une belle jeune femme, Emilie, dont la vie s’est brisée après un accident de voiture. Mais l’amour que lui porte Viny l’aidera à oublier sa vie si triste et son problème d’identité (son visage ayant été refait comme un masque, après l’accident). A elle seule, cette histoire aide à faire passer les autres simultanées qui reflètent la pesanteur et les difficultés de l’existence (problèmes de jalousie, de tabous sociaux, de maladie, de bigamie…).

Estrella - - 75 ans - 3 décembre 2005