L'Affaire Calas : Miroir des passions françaises
de Janine Garrisson

critiqué par Oxymore, le 29 août 2005
(Nantes - 52 ans)


La note:  étoiles
Calas et l'iniquité de son siècle
L'affaire Callas, c'est ce scandale du XVIIIème siècle qui a vu naitre les lumières mais perdurer l'obscurantisme religieux. Voltaire fut le grand défenseur des nobles causes et défendit la mémoire de ce Toulousain baffoué.

Le livre de Janine Garrisson se divise ainsi en 3 parties

1: UNE FAMILLE DANS LA VILLE
Cette partie nous fait découvrir cette famille Calas protestante et tristement célèbre.
D'abord Jean Calas, né en 1698 (soit après la révocation de l'édit de Nantes) patriarche qui travaille à Toulouse dans la rue des Filatiers comme vendeur d'indiennes (tissus principallement) et qui pratique la religion Huguenote depuis toujours. Il nous est présenté comme quelqu'un de très intègre, travailleur et respectueux des siens comme du roi; ainsi vu que sa sainte religion est officiellement morte, Jean baptisera ses enfants à l'église et respectera le catholicisme tout en pratiquant sa pratique "hérétique" du protestantisme.
Sa femme, Anne-rose Cabibel, née à Londres en 1710 est "naturellement" protestante. Elle est aimante et attentionnée et d'ailleurs elle sera plus offensée du manque consécutif au départ de son fils Louis que de l'ostentation avec laquelle ce dernier prouve son attachement au catholicisme.
Les Calas ont six enfants: quatre garçons et deux filles. Marc-antoine, Jean-pierre, Louis et Donat pour les garçons et Anne-rose et Anne (dite nanette) pour les filles. Marc-antoine est considéré comme le plus doué et souhaite accéder au barreau. Le vice du jeu le possède également puisqu'il joue régulièrement son argent au Quatre-billards, petit estaminet proche de la rue des Filatiers où il demeure avec ses parents et ses frères et soeurs.
Enfin, toute cette petite famille est servie par une ancillaire catholique (c'est la règle pour respecter les lois du roi), Jeanne Viguière, dévouée, pratiquant sa foi avec force et d'une intégrité sans faille.
Tout ce petit monde vit donc rue des Filatiers à Toulouse, ville papiste allergique aux Huguenots et autres Calvinistes; ainsi la pratique du protestantisme se fait fenêtres closes chez les Calas comme chez les autres "nouveaux convertis" qui se trouvent en minorité dans cette cité pas si rose.

2: COMMENT INVENTER UNE AFFAIRE
13 Octobre 1761, la famille soupe en compagnie de Gaubert Lavaïsse (nouveau converti de vingt ans) et certains diront que Marc-antoine parait taciturne ce soir là; il quittera la table avant les autres pour sans doute aller au Quatre-billards comme il le fait souvent. Vers dix heures la conversation traine et Lavaïsse décide de rentrer, accompagné de Jean-pierre. Guidés par la lumière que porte Jean-pierre, ils descendent, empruntant le couloir et constatent que la porte de la boutique est ouverte (voire entre-ouverte) et voient Marc-antoine gisant au sol. Jean-pierre se précipite et prend la main de son frère qui est froide; hurlant Jean-pierre attire l'attention de son père qui descend pour découvrir la macabre découverte.
A partir de cet instant naît l'affaire Calas; les témoignages vont se multiplier sans forcement se recouper, les commérages d'un voisinage hostile vont influer sur des juges peu enclins à l'impartialité. Les enquêteurs(Le capitoul Beaudrigue en tête) vont commencer à voir en Marc-antoine un martyr, victime d'un père qui aurait décidé de supprimer un fils qui voulait se convertir au catholicisme. Il convient de préciser qu'à l'époque il vallait mieux condamner un innocent plutôt que de ne pas condamner du tout, la vox populli jouant alors son rôle de juge absolu. A cet effet, la révocation de l'édit de Nantes (18 octobre 1685) va permettre une véritable chasse aux sorcières et au niveau judiciaire, les juges usent et abusent du fameux Monitoire qui est une sorte de questionnement dirigé à charge pour mener à tous les coups à la culpabilité du prévenu; on comprendra alors aisément que dans ces conditions, des auditions ont été passées au silence (Beaudrigue n'a jamais interrogé le patron des Quatre-billards par exemple) et la culpabilité de Calas ne peut qu'être qu'une évidence.
Tous les éléments permettant de considérer Calas innocent sont soigneusement "oubliés" et Calas sera condamné à être roué vif, étranglé et brûlé sur la place St-Georges le 9 Mars 1762.

3: CALAS, INNOCENT OU COUPABLE ? LE TRIBUNAL DE L'HISTOIRE OU DE L'USAGE DE L'AFFAIRE
Cette dernière partie vise à n'omettre aucune vision de cette affaire et montre comment, au fil des ans et des siècles, Calas est apparu aux plumitifs et historiens qui se sont succédés. On y retrouve bien entendu le point de vue de Voltaire, réputé pour avoir été le plus grand défenseur de Calas (bien qu'ayant toujours prouvé son mépris pour les calvinistes) mais aussi du plus proche René Castelot qui a aussi écrit son Affaire Calas publiée en 1961.

Conclusion: J'ai essayé ici de vous faire connaitre un peu cette affaire Calas en essayant de coller au plus près de l'ouvrage de Janine Garrisson; la tâche n'est pas simple tant la richesse de ce livre est vaste (désolé si j'ai ommis quelques détails). Néanmoins ce livre se lit aisément sans tomber dans l'obscurantisme des récits historiques. Bref, cette affaire est vulgarisée dans cet ouvrage et m'a personellement beaucoup apprit: la guerre entre catholiques et protestants, un pouvoir judiciaire inique, la corruption des élites et l'atrocité barbare d'une condamnation à mort qui rappelle à quel point la question toujours actuelle de la peine de mort est lourde de sens.
J'éviterai de parler plus profondément de cet ouvrage afin que vous puissiez découvrir (enfin j'espère Wink) ce livre disponible aux éditions Fayard.
PS: Si certains connaissent un peu cette affaire Calas, je serai ravi d'échanger un peu à son propos car elle me passionne vraiment et c'est pourquoi je vais bientôt me lancer dans les textes de Voltaire (L'affaire Calas et autres affaires) afin de m'éclairer sur les intentions réelles du célèbre philosophe de Ferney.