Les infernales
de Stéphanie Hochet

critiqué par Clarabel, le 18 avril 2005
( - 48 ans)


La note:  étoiles
Manipulation et perversion
Enfant, Jessica est une poupée parfaite, blonde, étincelante, talentueuse, elle brille dans les castings, les spots de publicité, etc. A l'école, son aura attire les foules et une nuée d'admirateurs se masse toujours à ses trousses. Jessica est une enfant sûre d'elle, habituée au regard des autres, promise à un avenir exceptionnel, qu'elle attend avec certitude. Dans l'ombre, il y a Camille, terne et taciturne, le côté sombre de la personnalité solaire de Jessica, mise en concurrence malheureuse avec celle-ci lors d'un casting providentiel. Les deux filles grandissent ensemble, dans les mêmes écoles, mais ne sont pas amies. L'une fascine l'autre, mais rien ne les assemble, rien ne les ressemble.

Dix ans après, elles se retrouvent par hasard et cette fois les rôles sont inversés. Jessica a perdu de sa superbe, un événement tragique est survenu dans sa vie, mais Camille s'en moque, elle préfère exploiter la vulnérabilité de la jeune femme pour atteindre à son tour les lauriers de la gloire. Et pour ça, elle est prête à tout : manipulation, accusation, responsabilité. Camille va gagner en puissance, profiter de Jessica, tailler au scalpel une assurance à la limite puante. Oppression, tyrannie et fascination se combinent et se taillent la part belle dans un mouchoir de poche. "On se trompe souvent de personne à détester" écrit Stéphanie Hochet, et c'est vrai. Qui de Camille ou Jessica est la véritable "tête à claques" ? L'auteur se montre très intelligente dans ce roman. Elle semble broder avec aisance, malgré quelques maladresses, autour du fil ténu qui sépare la perversion de la manipulation. Du grand art ! "Les infernales" est un roman espiègle et sournois, qu'on lit d'une traite et certifie une place à compter dans l'avenir pour la jeune Stéphanie Hochet, seulement trente ans.