The Last Saiyuki
de Daijiro Nonoue

critiqué par Niko Samishi, le 9 janvier 2026
( - 19 ans)


La note:  étoiles
Potentiel gâché
Ryunosuke est un jeune garçon qui rêve d'intégrer un club de baseball, mais son rêve est menacé par l'arrivée imprévue d'une mystérieuse sœur adoptive. Koharu est aveugle, muette et en fauteuil roulant, et Ryunosuke voit comme une corvée de devoir s'occuper d'elle. Un jour d'été particulièrement chaud, en revenant de l'école il trouve Koharu ayant fait un malaise. En punition, son père l'enferme dans une pièce vide dans le noir, pour qu'il comprenne ce que c'est de ne rien voir, d'être impuissant et de devoir compter sur l'aide des autres. En l'occurrence délivré par Koharu et profondément changé par cette expérience, il se promet de ne plus jamais l'abandonner.

Sauf que c'est un manga publié dans le prestigieux Weekly Shonen Jump, au côté de Naruto, One Piece, et tous les autres mangas mainstream populaires, donc rapidement on apprend que Koharu a un pouvoir magique : si ce qu'elle dit réveille une peur chez quelqu'un, celle-ci se matérialise physiquement, généralement sous la forme de monstre. L'histoire se transforme assez vite en un manga de combat contre des monstres à la D.Gray-Man, Demon Slayer, Jujutsu Kaisen, Blue Exorcist, Chainsaw Man ou Twin Stars Exorcists. Cela a beau utiliser une recette déjà vue (pouvoirs pour combattre les démons, une organisation d'exorcistes, un groupe d'antagonistes puissants, etc.), je n'ai pas eu l'impression de me retrouver devant "un ramassis de clichés bêtement collés ensemble sans rien raconter de nouveau", au contraire j'ai même été plutôt entrainé par ma lecture. Il faut dire que la narration est efficace : je n'avais pas prévu de lire ce manga, mais à peine ai-je feuilleté quelques pages que j'ai été pris dans l'histoire et je n'ai pas pu m'arrêter. L'histoire est entrainante, on s'attache vite aux personnages, le récit est maitrisé.

Graphiquement ce manga a tout du style des mangas de fin 90/début 2000, mais il est sorti en 2019. Le graphisme n'a rien d'exceptionnel, ça se voit que certains designs de personnages sont faits pour qu'ils soient faciles à dessiner. Pour autant les dessins sont efficaces et même s'ils ne sont pas le point fort du manga, ils ne gênent pas la lecture, loin de là.

Au niveau de l'histoire, le thème principal est le dépassement de la peur, les monstres à combattre représentent littéralement des peurs. Cela vise un public de jeunes adolescents, donc c'est le genre de messages typiques auxquels on s'attend d'un manga du Weekly Shonen Jump.

Cependant, ce manga a deux défauts : le premier est que l'on a du mal à s'attacher à Koharu, qui est pourtant un personnage central. Le fait qu'elle parle peu et que quand elle le fait, elle manque de personnalité la fait paraitre plus comme un objet utile au scénario que comme un être humain multidimensionnel. Sur ce point, elle ressemble à Nezuko de Demon Slayer.

Le second défaut, et le plus grand, est que le manga souffre d'un grand fléau de l'édition traditionnelle : il a été haxed. Je ne connais pas de synonyme français de ce mot, mais même si le manga est réussi, les autres mastodontes du Shonen Jump comme One Piece ont eu un meilleur score aux votes de popularité, obligeant Saigo no Saiyuki à s'arrêter au bout de trois tomes, alors que l'histoire était pensée pour s'étendre sur plus d'une dizaine de tomes. Contraint par son éditeur de terminer son histoire à la hâte, l'auteur dut condenser tout ce qu'il comptait développer petit à petit dans les quelques chapitres finaux. Sur ce point, l'auteur s'en est pas trop mal sorti et a su limiter la casse. Toutefois, malgré ses efforts, l'histoire s'arrête de manière abrupte, laissant nombre de pans de l'histoire non développés, et donnant la sensation d'une histoire tuée alors qu'elle allait justement démarrer. Comme si Naruto s'arrêtait en plein milieu de l'examen Chunin, comme si One Piece se terminait après Arlong Park. Le dernier chapitre montre un aperçu de ce que ce manga aurait pu et dû être, mais on a la sensation que l'éditeur a empêché l'auteur de raconter son histoire, et c'est le cas.

En conclusion, ce manga est bon sans réinventer les codes, un potentiel gâché par les décisions éditoriales mais tout de même plaisant à lire.

Note : Le manga a été édité en anglais (et l'isbn de cette édition n'entre pas sur CL donc j'ai mis la japonaise), mais son manque de succès l'a empêché d'atteindre la France.