Pis que peindre
de Laurent Noël

critiqué par Débézed, le 8 janvier 2026
(Besançon - 78 ans)


La note:  étoiles
Aphorismes en peinture
Nouveau venu, à ma connaissance du moins, dans l’équipe de Cactus inébranlable, Laurent Noël a pratiqué auparavant les arts graphiques qu’il n’a pas abandonnés pour autant, ils en glisse souvent une dose plus ou moins copieuse dans ses aphorismes, comme l’évoque le titre de ce recueil. J’ai eu l’impression que la peinture était sa raison de vivre, un art où il s’épanouit faute, peut-être, d’être un moyen de gagner sa vie. « Vivre de sa peinture ? Peut-être. En mourir ? C’est sûr », « Vivre de sa peinture ? Pourquoi pas. Vivre sa peinture ? pour sûr ».

Au creux de ses aphorismes Laurent Noël, dessine le peintre et son art tels qu’il les conçoit, les ressent, les pratique. Il évoque sa passion, sa nécessité de peindre pour exprimer ce qu’il éprouve , ce qu’il vit, ce qu’il est, comment il s’intègre dans le monde. « L’artiste n’interroge pas le monde, il l’invente », comment il s’y comporte, « Peintre voyeur, voyant, voyou voyageur ? Voyons voir tout, partout, tout le temps », une belle allitération, l’occasion de définir un peu plus précisément le peintre … ? Certains aphorismes posent la question de pourquoi peindre, pour l’auteur, c’est plus une nécessité qu’un plaisir, « Le plaisir de peindre ? Comme si on respirait par plaisir… ». La peinture est en lui, elle est innée, « On peut apprendre à peindre, mais on ne peut pas apprendre la peinture ». La peinture est son oxygène, son carburant, sa nourriture : « Face à la peinture, on est seul / Dans la peinture, on ne l’est plus » mais le plus important est peut-être le silence, « Devant une peinture, tout d’abord, regarder le silence ».

Dans ce recueil, l’auteur évoque aussi l’espace-temps, une dimension pour l’artiste, une dimension dans laquelle il introduit son œuvre et puise son art et son inspiration, « La création consiste en premier lieu à inventer le temps qui permettra de travailler ». Mais il parle surtout de son espace de vie, là où il vit, là où il crée entre terre et eau au milieu de l’océan, sur son île, « L’île mon autre atelier », dont il parle avec amour comme plus généralement de l’eau, de tout ce qui es fluide. « Cette fois, l’océan laisse à désirer ».

Dans ce texte plein de références à l’art pictural, l’auteur montre une certaine acidité qui tourne même parfois à l’aigreur, qui marque le fond de son recueil d’une pointe de désespoir, d’insatisfaction devant l’impossibilité d’arriver au niveau qu’il voudrait atteindre pour son art, au niveau où il voudrait placer son œuvre. « Une journée de travail à l’atelier ne se raconte finalement que par le tableau qui en résulte. Autrement dit par l’échec ».

Je suis tombé en empathie avec ce peintre qui manie si bien la langue, « Aussitôt dit, plus tard fait, le temps d’y réfléchir ». J’ai écrit ces quelques lignes, trop vite peut-être, en y réfléchissant trop ou pas assez, je ne sais comme le peintre dubitatif devant sa toile.