Je suis le vent / Les jours s'en vont
de Jon Fosse

critiqué par Septularisen, le 2 janvier 2026
( - - ans)


La note:  étoiles
DE LA FUTILITÉ DE L’EXISTENCE !..
Ce petit livre est composé de deux très courtes pièces de théâtre d’environ une trentaine de pages.
Nous avons d’abord la pièce : «Je suis le vent» (1). Nous sommes sur un bateau imaginaire, - qui est à peine esquissé dans la pièce -, et nous suivons les conversations de deux très curieux personnages qui s’appellent : «L’Un» et… «L’Autre».
Ils sont en mer, au large d’une île, sur le pont du bateau, il mangent, boivent et surtout discutent entre eux… Ils s’interrogent et bien sûr, nous interrogent sur le sens de la vie, sur la mort, le suicide (on devine au cours de la lecture que «L'Un» a déjà essayé de mettre fin à sa vie en sautant en mer…) , la solitude, la lourdeur de la vie en société, l’absence, le temps qui passe inexorablement, etc, etc…
Le voyage en bateau s’apparente ici bien sûr à une sorte de voyage initiatique. L’auteur prend le spectateur par la main et le «guide» dans son monde. Cela est représenté ici par le fait que «L'Un» s'y connaît en navigation, et «L'Autre» pas du tout et a peur d’aller en haute mer. «L'Autre» est celui qui pose les questions, alors que «L'Un», qui parle pourtant très peu est celui qui tente d’y répondre…
Vers la fin, - il n’y a d’ailleurs à proprement parler pas de fin, puisque la pièce «tourne en rond» et… recommence -, la pièce devient très poétique, avec ce qui pourrait s’apparenter à de la poésie en prose.
Voici d'ailleurs la dernière phrase du livre:

«L'Un»
Maintenant je suis parti
Je suis parti avec le vent
Je suis le vent

Dans «Les jours s’en vont» (2), nous suivons deux jeunes couples s’installant dans un appartement. Ils semblent identiques et pourtant ils sont intrinsèquement différents. L’un est heureux de s’installer, l’autre pas, l’un veut rapidement avoir des enfants, l’autre pas, etc…
Très vite nous avons sur scène une déambulation de multiples couples d’âge différents.
Nous avons un couple d’âge «mûr», un couple «âgé», etc… Au fur et à mesure de leurs dires, on comprend qu’il s’agit en fait des deux couples à différents âges de la vie. Le premier jeune couple vit toujours là et ils eu trois enfants, le deuxième n’a pas eu d’enfants et si le mari vit toujours là, ils se sont séparés et la femme est partie avec son amant…

Le dramaturge évoque ici le temps qui passe et les choix de vie que nous faisons. Le présent y est traversé par le passé et par le futur, par le flux et le reflux du temps, symbolisé ici par les couples qui se croisent et se recroisent sans se voir. C’est un peu une représentation du cycle de la vie, avec le jeune couple, puis le couple d’âge mûr, puis le couplé âgé et finalement les enfants qui partent mener leur vie, et la mort qui sépare définitivement les couples…

Je dois dire que Jon Olav FOSSE (*1959) sait donner à ses textes une étrange tonalité qui n’appartient qu’à lui. Ce sont, bien entendu, - comme toujours avec le dramaturge norvégien -, des pièces de théâtre qui gravitent dans l’univers de l’absurde. On y retrouve p.ex. des silences (plus ou moins longs), des répétitions, des non-dits, des ellipses, des phrases suspendues, le manque d’espoir et d’avenir, la futilité de la vie, etc. Cela ressemble d’ailleurs à s’y méprendre au théâtre de deux autres Prix Nobel de Littérature, qui sont Samuel BECKETT (1906 – 1989) (3) et Harold PINTER (1930 – 2008) (4).

C’est très bien écrit dans un style minimaliste, dans une langue épurée, presque banale. C’est parfois très poétique, et avec de très belles envolées lyriques. Il n’y a pas de virgules et pas de points tout au long des deux pièces (il n’y a d’ailleurs aucun signe de ponctuation), mais étrangement comme les phrases sont très courtes, on le remarque à peine. On notera en fait que tout est fait pour privilégier le texte. Les décors p.ex. sont à peine esquissés, tous comme les personnages et leurs gestes. Les personnages sont d’ailleurs désignés par des noms «passe-partout», très génériques et sont aisément interchangeables.

Est-ce que je recommande la lecture de ces pièces de théâtre? Je vous recommanderais plutôt d’aller les voir, le théâtre étant avant tout une expérience visuelle, mais à défaut de représentation, pourquoi pas?
Disons qu’à la fin de la lecture de ces deux textes, on se demande si on a vraiment compris tout ce que le dramaturge a voulu nous dire, le message qu’il a voulu nous faire passer et parfois même si l’on a tout simplement bien compris ce que l’on a lu… Mais, l’essentiel n’est sans doute pas là! L’essentiel est dans nos réflexions, dans nos questions, dans nos émotions, dans nos interrogations, dans ce que ces textes ont provoqué au plus profond de nous… Et, rien que pour cela, oui, je recommande absolument la lecture de ces deux pièces de théâtre!...

(1). : «Je suis le vent» a été créé en avril 2011 au Théâtre de la Ville (Paris), en partenariat avec le Young Vic de Londres, dans une mise en scène de Patrice CHÉREAU (1944 – 2013).
(2). : «Les jours s’en vont», a reçu le prix du théâtre nordique en 2006.
(3). : Cf. : ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/363
(4). : Cf. : ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vauteur/11059