Massimilla Doni
de Balzac Honoré de

critiqué par Cédelor, le 12 mars 2025
(Paris - 53 ans)


La note:  étoiles
Histoire d'amour et d'opéra à l'italienne
La plupart des romans et nouvelles de Balzac situent leurs actions à Paris et en province française. Mais il avait aussi une prédilection pour l’Italie, pays dans lequel il avait voyagé. Ainsi, il a écrit plusieurs récits qui sont liés de près ou de loin à ce qui est italien. Je pense notamment à Sarrasine, Les Marana, Facino Cane, Gambarra. On peut y rajouter désormais ce Massimilla Doni d’excellente facture.

C’est l’histoire d’Emilio Memmi, un jeune prince désargenté, le dernier rejeton d’une illustre lignée vénitienne, qui a un palais à son nom dans la ville mais qui ne peut en disposer comme il le voudrait du fait de l’occupation autrichienne. Cela se passe vers 1820. Il est sans argent mais non sans amour. La richissime duchesse Cataneo, de la famille des Doni, est belle, très belle. Elle est si pure, d’une nature si angélique, elle a été élevée au couvent. On l’a donné en mariage au duc de Cataneo, qui l’a délaissée très vite. Mais heureusement pour elle, la place laissée vacante dans son cœur a été bien vite occupé par Emilio, qui l’aime en retour d’un amour aussi élevé, aussi séraphique, aussi chaste qu’elle-même l’éprouve pour lui.

Mais un beau jour où Emilio, désespérant de pouvoir jamais retrouver la splendeur et le faste de ses ancêtres, rentre dans son immense palais triste et vide, regorgeant de trésors (peintures, sculptures, meubles,…) qui ne lui servent à rien, et y découvre, à sa grande stupéfaction, une foule de gens s’y afférant, la remeublant, la décorant, l’apprêtant comme pour une fête, lui donnant l’illusion de revenir trois cents ans en arrière, où les fêtes fastueuses données par la famille Memmi étaient alors courantes. Mais il découvrit qu’en réalité, son palais avait été loué par son ami Vendramin au duc de Cataneo, pour y donner une fête en l’honneur de Clarina Tinti, cantatrice célèbre pour laquelle le duc abandonna sa femme Massimilla Doni. La Tinti est elle aussi d’une beauté superbe, et surtout bien plus sensuelle et remplie d’appétit que l’angélique, la statuesque Massimilla. Emilio, malgré tout ton son amour pour sa chère duchesse, succomba aux appâts affriolants de la tentatrice cantatrice..

Le lendemain, rempli de la culpabilité d’avoir trompé la femme-ange chère à son cœur, rejoint cette dernière à l’opéra où devait se représenter la pièce Mosé (Moïse en italien), opéra de Rossini. La Tinti doit s’y produire, en compagnie du ténor Génovese, ce dernier amoureux de sa partenaire de scène. Assise dans sa loge, Massimilla va faire montre de ses grandes connaissances en art en commentant pour un médecin français invité tout le déroulement de la pièce en y mêlant ses propres émotions, car Massimilla a compris d’elle-même que son amoureux Emilio était changé et a deviné plus ou moins ce qui s’est passé entre lui et la Tinti.

Emilio va-t-il pouvoir se faire aimer de nouveau de Massimilla ? Va-t-il pouvoir se détacher de l’attirance irrésistible de la Tinti sur lui ?
On l’aura compris, l’art et l’amour se mélangent allégrement dans cette nouvelle de 85 pages. Et comme c’est magnifiquement écrit ! L’Art y éclate à chaque page, à chaque ligne. Balzac n’aura aucunement lésiné du génie dont il disposait pour y répandre toute son immense culture artistique, dans un style où sa prose se fait poésie, nous faisant vibrer de tant de beauté couchée sur papier pour notre plus plaisir de lecture ! La musique, la peinture, la poésie, voilà les 3 mamelles où s’est abreuvé Balzac pour nous offrir « Massimilla Doni », 85 pages d’une chatoyante écriture. Ah, s’il avait pu nous en faire un roman plutôt qu’une nouvelle..

Ne boudons toutefois pas notre plaisir, même si c’est court, c’est bon ! C’est une histoire un peu étrange, un peu irréelle, mais c’est un vrai bijou. Amateurs de jolies choses, de belles musiques, d’histoires d’amour, de prose gracieuse, c’est « Massimilla Doni » qu’il vous faut !