L'année a perdu son printemps
de Edgar Morin

critiqué par TRIEB, le 25 juillet 2024
(BOULOGNE-BILLANCOURT - 73 ans)


La note:  étoiles
ALBERT MERCIER ALTER EGO D'EDGAR MORIN
Edgar Morin a produit depuis déjà plusieurs décennies des essais, ouvrages qu’il voulait au croisement de toutes les disciplines : économie, sociologie, anthropologie, philosophie, pour n’en citer que les principales. Dans ces livres plus récents, tels que Terre Patrie, il envisageait la prise en compte des questions écologiques. L’auteur de ces lignes a pu découvrir certaines de ses publications. A la lecture de ces dernières, on se sent plus intelligent, mieux à même de comprendre la complexité du monde. Dans un roman intitulé : « L’année a perdu son printemps », écrit en 1946 mais jamais publié, Edgar Morin décrit l’enfance, puis l’adolescence d’un jeune, Albert Mercier. Ce dernier a perdu sa mère à l’âge de dix ans. Son père, Victor Mercier, lui a caché cette disparition pour, dit-il, le préserver. Ce mensonge engendre dans la vie d’Albert Mercier, une grande douleur, dont il aura le plus grand mal à surmonter. Ce qui frappe dans ce roman, c’est la description de l’initiation à la vie amoureuse de ce jeune lycéen : elle est cachée, souterraine, hésitante, comme le sont celles de beaucoup de jeunes de cette époque. Les choses de la vie sont dissimulées, quasi-clandestines. On reconnaît bien aussi les origines et composantes des choix d’Albert Mercier, probable alter ego d’Edgar Morin : la tentation du communisme dans un premier temps, qui fait place à un rejet du caractère totalitaire de ce dernier. Albert Mercier est décrit comme un homme conscient des réalités, imprégné du sentiment de solidarité envers les siens. On sent déjà poindre l’essayiste de l’après-guerre qui nous emmène vers la pensée complexe et nous fait envisager le monde avec des yeux neufs.
L’année a perdu son printemps est un roman plaisant à lire, il explicite dans une très large mesure le parcours intellectuel d’Edgar Morin, qui nous éclaire encore aujourd’hui.