Le policier qui rit
de Maj Sjöwall, Per Wahlöö (Co-auteur)

critiqué par Sibylline, le 22 décembre 2004
(Normandie - 72 ans)


La note:  étoiles
Un monde glauque
Per Wahlöö et Maj Sjöwall sont mari et femme, enfin, étaient car Per est mort en 1975. Ils sont suédois. Ils ont écrit une dizaine de romans policiers avec, toujours en point de mire, un but de dénonciation politique de la vie de leur pays. Il paraît même que leur principale intention était cette critique de gauche de leur société et que les romans policiers n’en étaient que le véhicule. Mais il faut dire que le projet politique a été dépassé par le succès des intrigues policières et des personnages. Du moins, il me semble.
Leur personnage principal est un policier : l’inspecteur Martin Beck. C’est un monsieur sérieux et réservé, qui a raté son mariage et dort sur le divan, pour être tranquille. Il est méticuleux, systématique et têtu. Quand il est sur une piste, il ne néglige aucune voie, fouille tout et ne lâche rien. Il est entouré de toute son équipe de policiers. Des hommes avec leurs qualités mais aussi leurs défauts et un vrai air de réalisme simple. On ne sait pas trop s’ils sont sympathiques ou non. Sans doute pas tous.
L’action se passe à Stockholm, décrite comme une ville extrêmement déplaisante à vivre.
Une nuit, Beck est réveillé par le commissariat qui lui annonce qu’il est chargé d’une affaire peu banale : en faisant leur tournée de routine, deux agents ont découvert un bus arrêté sur le trottoir et dont tous les occupants (chauffeur et passagers) ont été abattus au pistolet mitrailleur. Une vraie boucherie dont le coupable a quitté les lieux tout simplement sans laisser aucun témoin, ni aucun indice. Parmi les passagers victimes, se trouve un des hommes de Beck. Voilà l’action en place et le décor planté, allez donc, dans tout Stockholm, retrouver le meurtrier capable d’un tel massacre.
Evidemment, Beck et son équipe y parviendront, mais ce ne sera pas sans mal, pas sans considérations sur la vie qu’ils mènent et celle qu’ils voudraient mener, sur les hommes, les femmes, l’ordre du monde et celui des mobiles les plus obscurs ou lointains…
Là, moi, personnellement, j’ai un peu de mal à trouver crédible un tel massacre qui ne serait pas purement et simplement l’œuvre d’un fou à lier (mais dans ce cas, comment Beck aurait-il pu le retrouver ?) donc, il y avait des mobiles, une logique et on peut remonter la piste. Cela vaut mieux, dans un polar à énigme, mais ça me semble tout de même un peu gros. J’ai lu d’autres Wahlöö et Sjöwall qui m’ont semblés plus crédibles…
Il n’en reste pas moins vrai que nous avons là une intrigue bien montée et qui se tient, une piste que l’on suit pas à pas avec les détectives et un ensemble très cohérent au niveau de la psychologie des personnages et de l’ambiance de la ville (pas très gaie d’ailleurs). Ajoutez que l’ensemble est fort bien écrit. Tout cela fait que cela donne tout de même, comme d’ailleurs les quelques autres romans de ces auteurs que j’ai déjà lus, un polar intéressant et qui se lit très bien.
Un très bon cru 8 étoiles

Quatrième opus de la série "Martin Beck" de Sjöwall et Wahlöö, "Le Policier qui rit" sera, en 1973, adapté au cinéma à Hollywood, dans un film de Stuart Rosenberg avec Walter Matthau et Bruce Dern, "Le Flic Ricanant", qui transposera les lieux de l'action aux USA (un film que j'ai personnellement énormément apprécié, très réaliste, assez sobre, parfois, il est vrai, un peu confus et qui n'adapte pas très fidèlement le roman, mais il en respecte, en revanche, totalement l'atmosphère et le côté un peu, et volontairement, lent). Mais l'action, ici, est suédoise, à Stockholm.
Un excellent petit polar à l'ancienne (avec, encore une fois, des dialogues un peu bof, seul vrai reproche à faire) qui démarre par un fait divers insensé : une fusillade dans un bus, en pleine nuit, qui fait 8 victimes (l'une d'entre elles survit pour se retrouver dans le coma, une autre est un flic de la brigade criminelle de Martin Beck, et on se demande ce qu'il foutait là, dans ce bus, car c'était apparemment inhabituel de sa part). Evidemment marqué par la mort d'un de ses hommes, Beck se lance dans cette enquête qui va s'avérer délicate...
Court (300 pages), un très bon polar suédois qui se lit avec beaucoup de plaisir.

Bookivore - MENUCOURT - 40 ans - 23 juillet 2023


L'envers du décor 8 étoiles

Les nombreux lecteurs amateurs de polars scandinaves et, en particulier, suédois le savent : le fameux « modèle nordique » est loin d’être aussi idyllique que d’aucuns le prétendent. Les nombreux auteurs de polars des pays du nord nous le disent avec une telle constance et une telle insistance qu’il paraît difficile de persister dans des illusions à ce sujet. Cette remise en cause d’un prétendu idéal venu de Suède ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui. Dès les années 1960, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, le couple d’auteurs qui initièrent le genre du polar nordique, se firent un devoir de mettre en évidence l’envers du décor de leur pays.
Dans Le Policier qui rit, leur quatrième roman, paru en 1968, les auteurs ne tardent pas à nous mettre dans le bain, si l’on peut dire. Après un premier chapitre décrivant une manifestation d’opposants à la guerre du Vietnam, ils nous font entrer frontalement dans le vif du sujet : le massacre de tous les passagers d’un bus assassinés à coups de pistolet mitrailleur. Parmi les victimes, figure Åke Stenström, un policier de la brigade criminelle dont ses collègues, dès que démarre l’enquête, se demandent ce qu’il faisait là.
Bien sûr, nous avons affaire à l’ensemble des personnages récurrents de la série des polars écrits par Sjöwall et Wahlöö, à commencer par l’inspecteur Martin Beck, le prototype de beaucoup des personnages du même style qui seront imaginés, par la suite, par d’autres auteurs (ainsi le Kurt Wallander de Henning Mankell). Homme désabusé, toujours enrhumé, inspecteur certes capable de sagacité mais aussi d’aveuglement, Martin Beck tranche avec les héros des livres policiers du passé.
La couleur propre aux romans de Sjöwall et Wahlöö vient aussi de l’attention portée aux signes des temps et à la volonté de sonder l’envers du décor de la société suédoise. Pour ce faire, rien de tel, évidemment, qu’une histoire policière. Même le rôle de la police est questionné par nos deux auteurs, qui se font un devoir, tout en conservant une intrigue presque conventionnelle dans le genre qu’ils illustrent, celui du Whodunit (en l’occurrence, qui est l’auteur du massacre perpétré dans le bus ?), de la dépasser par toutes sortes de remarques pertinentes à la fois sur les différents protagonistes et sur la société dans laquelle ils évoluent.
Même si l’on peut estimer que, parfois, l’enquête piétine un peu trop, nos auteurs savent la conduire comme il faut, tout en s’autorisant d’intéressantes analyses sur les signes des temps. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, cette phrase sur les préparatifs de la fête de Noël : « Bien qu’il y eût plus d’un mois à attendre avant Noël, l’orgie publicitaire avait déjà démarré et la frénésie d’achats se propageait, aussi rapide et impitoyable que la peste noire, dans les rues commerçantes décorées de guirlandes. » (Qu’écriraient donc nos auteurs aujourd’hui ?) Mais bien d’autres aspects, beaucoup plus sombres, de la société de leur pays apparaissent au fil des pages d’un roman qui, même après tant d’années, n’a perdu ni sa pertinence ni son intérêt.

Poet75 - Paris - 67 ans - 23 mai 2023


Hymne au travail policier en équipe 6 étoiles

L’action se passe en Suède à la fin des années 60 où les hommes portent des chapeaux. A part cela, tout pourrait avoir lieu de nos jours et l’écriture ne présente pas d’autre caractéristique datée.
Contrairement aux 2 préfaces dithyrambiques sur la peinture d’une époque qui émanerait de ce roman, j’y vois plutôt une description d’hommes ordinaires faisant un travail ingrat. Ils nous sont présentés avec leurs défauts et leurs doutes mais la plupart du temps avec le souci de bien faire son métier, même si quelques négligences apparaissent.

Les femmes ne sont ici que des comparses. Quelques-unes sont considérées comme des mégères, source d’ennuis ou, dans le meilleur des cas, comme un objet difficile à comprendre. Deux hommes se retrouvent ainsi en prison pour avoir tué une femme, l’une car elle l’accablait de reproches incessants et l’autre car nymphomane, elle le relançait sans arrêt et allait compromettre son prochain mariage.

Le récit est parsemé de paragraphes sur le sectarisme ordinaire envers qui n’est pas de son groupe de référence, la grisaille et le froid de l’hiver, la lenteur du recoupement des indices et la faveur de la chance, le mépris pour les journalistes et les politiciens. Il y a, dans des interstices bien cachés, les sentiments qui font chaud au cœur avec l’amour, la tendresse et l’amitié.

IF-0812-3944

Isad - - - ans - 1 septembre 2012