Ardeur
de Nicole Brossard, René Derouin (Dessin)

critiqué par Septularisen, le 21 juin 2024
( - - ans)


La note:  étoiles
«Et la solitude tu t’en souviens // elle gratte le fond de la mer et de l’alphabet // afin que la traverse l’invisible…».
nous avons tous un silence
qui galope en nous les soirs de chagrin

Nicole BROSSARD (*1940) est poétesse, romancière et essayiste canadienne, née à Montréal et a publié une trentaine de livres. Cofondatrice de la revue littéraire «La Barre du Jour», elle a notamment dirigé l’Anthologie des «Poèmes à dire à la francophonie». (1).

on est encore là un livre à la main
c’est l’après-midi, il faudrait
dire présent de miniature
se pencher sur les détails
restes humains ou abondance
acquiescer si quelqu’un frémit

«Ardeur» est un petit recueil, qui frappe tout de suite par son style d’écriture. Les poèmes sont très courts, ils n’ont pas de titre, il n’y a aucune majuscule, mais surtout il n’y a aucune… ponctuation! Pas un seul point, pas une seule virgule! Un peu comme si l’autrice demandait aux lecteurs de les placer à leur guise. Il n’y a même pas vraiment de début, ni de fin aux poèmes, encore une fois c’est un peu au lecteur de se débrouiller seul…

magie des ponts traversés
menu fragment de désormais
qui sommes-nous
pour désirer encore
au fil des métaphores de collision
la soie brève des contrastes d’aube et de joie
La partie centrale intitulée «Nuques», elle, est légèrement différente, puisque effectivement elle présente des titres, une plus grande «suite dans les idées», une sorte de rite de passage dans le livre…

«Nuque 4»

dictionnaire en main je peux
enfoncer mon âme jusqu’à toutes mes villes
d’origine
prononcer bleu ou la mort
dans une autre langue
disparaître ne m’effraie pas
je sais circuler entre les siècles
ranger les saveurs de sel et de safran

alors c’est chaque fois à moitié
une vie de pages tournées
un bon coup de vide dans la certitude

C’est une poésie qui a comme thèmes principaux des classiques comme la vie, le passé, le plaisir, la jouissance, l’intelligence, les personnes, l’amitié, les mots, la douleur, la poésie, la pensée, les voyages, le cosmos, le temps qui passe, la transmission, la spiritualité, la société de consommation…

«Nuque 19»

le bruit des incendies
les questions, l'art
des paupières le murmure des adieux minutieux
j'écoute encore à la frontière des langues
le son familier de nos plongeons dans la soif
la mélancolie noyée dans une ferveur d'origine

Que dire de plus ? Je finis quand même largement déçu par la poésie de Mme. BROSSARD ! Tout d’abord, désolé, mais je n’ai pas aimé le fait d’intercaler des mots et parfois même des phrases entières en langue anglaise au milieu des poèmes en langue française… Désolé, mais soit on écrit en français soit en anglais, mais pour une personne originaire du Québec, est-ce que la question se pose? Je ne comprends d'ailleurs vraiment ce que cet… «Artifice» (?), viens faire là?..

Ensuite, c’est trop «lourd», trop abscons, trop compliqué pour moi. De plus, le style quand même très (très) particulier, n’aide pas non plus à la lecture et surtout à la compréhension de cette poésie. On a l’impression d’un «flux» ininterrompu de mots qui se «déversent» sur vous, qui vous tombe dessus comme une cascade, comme une tonne de briques! On s’y perd par manque de repères, on s’y noie par manque de bouées, on y tourne en rond comme dans un labyrinthe… Une véritable traversée du désert… Sans une gourde d’eau pour se désaltérer… Rien à faire, ce n’est pas pour moi!
Mais attention, je peux très bien comprendre et admettre que d’autres personnes aimeront cette poésie, somme toute si particulière!..

Terminons comme toujours, sur quelques vers de la poétesse canadienne…

depuis le vent traverse
l’horizon mais aussi les poitrines
parfois sous la pluie personne
ou un visage avec du désordre
une bouche qui exagère
tout ça s’entrouvre
au bout c’est magnifique
la nuit vibre comme un arbre fruitier
un danger

(1). : Cf ici sur CL : https://critiqueslibres.com/i.php/vcrit/56381