Avenue du Père-Lachaise
de Monique Blond

critiqué par Débézed, le 15 janvier 2024
(Besançon - 76 ans)


La note:  étoiles
Moeurs en ébullition
Paris, Cimetière du Père-Lachaise, un petit groupe entoure un cercueil vide, ses membres ont en commun un lien qui les relie au jeune homme qui devrait être dans le cercueil. Outre les membres de la famille, quatre d’entre eux ont connu le défunt absent dans sa jeunesse et ont souhaité lui rendre un dernier hommage. Le Père-Lachaise fait partie de leur vie, certains ont résidé dans le quartier, ils ont tous souvent parcouru les allées du cimetière pour de multiples raisons : rendez-vous divers, promenades, trajets professionnels ou autres, recueillement, … Les parents ont souhaité y ériger un cénotaphe pour posséder un lieu où ils pourront se recueillir et vénérer la mémoire de leur fils disparu.

Quinze ans auparavant Morgane a, contre l’avis de sa mère qui l’a élevée seule, épousé un homme fortuné nettement plus âgé qu’elle, lassé de ce mariage avec un époux devenu aigri, elle prend un amant et laisse mourir son mari. C’est au Père-Lachaise qu’elle rencontre un autre homme. Agnès et Tristan ont mis en scène une rupture amoureuse au cours d’une nuit dans ce cimetière où Agnès a rencontré un vieil homme qui lui fournit la matière du roman qu’elle écrit. Emilie la petite sœur du défunt, l’a appelé pour qu’il fasse connaissance de son enfant. Chris était le colocataire du défunt, il a provoqué le retard de son déplacement à Paris pour faire la connaissance de ce nouveau-né. Ils ont tous connu, plus ou moins directement, à des périodes différentes de sa vie, le jeune homme disparu. Tout comme Léo qui, plusieurs années auparavant a provoqué la mort de son ami toxique, devant de ce fait purger quelques années de prison. Il rencontrera dans ce lieu celui qui lui redonnera de l’espoir.

Dans ces pages, Monique Blond dessine le portrait d’une vingtaine d’années, vingt à quarante ans environ, d’une génération soumise à l’évolution des mœurs connue au début du XXI° siècle. Morgane épouse un vieux, le trompe et le laisse mourir avant de refaire sa vie. Tristan et Agnès s’aiment mais rompent pour ne pas s’enfermer dans un couple trop rigide. David aimait Léo qui ne partageait pas son inclinaison. Agnès noue une belle amitié avec un vieillard, l’amour n’est pas le seul lien sentimental, il y aussi l’amitié, l’affection, … L’histoire de cette génération qui, voulant plus de liberté et de plaisir, s’empature dans le besoin d’amour, d’affection, de stabilité, de confort, …, pour vieillir plus sereinement et surtout pas seul(e).

Ce roman évoque aussi une certaine vision philosophique de la vie : l’auteure met en scène, ce que j’appelle la théorie des grands choix, les quelques décisions irrévocables qui conditionnent d’une façon ou d’une autre le reste de notre vie. Ces choix qui ont dicté l’avenir des membres de ce groupe d’amis lycéens. On voit aussi comment un battement d’aile de papillon au-dessus de la Baie de Rio peut provoquer un ouragan en Mer de Chine : en décidant de fumer un joint Chris provoque un enchaînement d’événements qui va réunir les amis de son colocataire autour de son cercueil vide. C’est aussi l’évocation du destin qui frappe certains sans prévenir. Le hasard existe encore malgré ce que prétendent certains.

Un texte vivant, alerte, sans fard qui raconte la vie comme elle est avec ses joies et ses malheurs, mais toujours avec une lueur d’espoir au bout de la traversée du tunnel d’une mauvaise passe. Et, il donne tellement envie de visiter ce lieu de charme, de mémoire, de recueillement et de respiration….