Bernadinism: How to Dominate Men and Subjugate Women
de Alva Bernadine

critiqué par JPGP, le 1 octobre 2023
( - 78 ans)


La note:  étoiles
Alva Bernardine et les étoiles filées
Dans les montages photographiques d’Alva Bernardine, aux positions amoureuses répondent les impostures de l’image. Elles ouvrent la clôture du voyeurisme, cassent les vulgates. Refusant le pareil er le même en créant des vertiges parfois angoissants, parfois simplement drôles. Il s’agit de franchir la frontière des fantasmes, de changer le corps : il a parfois quatre jambes ce qui ne multiplie pas pour autant le plaisir ou la jouissance mais bétonne la solitude. Seules demeures des possibilités d’angoisse puisque les certitudes se voient interpellées par de tels montages/démontages. A l'« aveuglement » de l’érotisme main-street et des ses "fixettes" su substitue un arrêt, une mise en instance de « purification » qui rappelle au voyeur qu’il ne fait qu’emmener avec lui ses propres bagages, son propre inconscient.. C’est pourquoi Alva Bernardine crée des images où la vision s’écarte de la simple ressemblance.

La pénétration se fait par oblitération comme par une avancée vers quelque chose qui n’a plus rien à voir avec un charme mais avec un dépouillement. C’est pourquoi franchir le seuil de l'œuvre n’est pas un leurre même si cette œuvre ne fait que l'illustrer.. A son étrangeté éruptive, à son attrait volcanique répond un retournement des et de sens. L’érotisme ne représente plus une épreuve aveugle. Il n’existe plus de place à une jouissance. S’opère un retournement des choses. Ne surgissent que l’âcreté et l’amertume. Elles désagrègent la jouissance au moment où le réel butte en des figurations « impossibles » par effet de transfert. Il désaxe visions, assises, sécurité.

Alva Bernardine possède le mérite rare de décaper le rapport à l'altérité et provoque un autre passage que celui du désir. Le corps se met à exister d’une autre façon. De la pure illusion l’image passe à la transgression non sans apparat ludique afin de faire passer la pilule. S'éprouve un soulagement,, une allégresse. Alva Bernardine fait donc de ses montages la révolte du féminin qui pour autant se refuse à vivre et se montrer comme un seul cerveau La vie reste en l'œuvre fougueuse, intrépide sans opinion préconçue ou entendue avec parfois des éruptions volcanique et des chutes de météores.

Ce livre illustre et explique l'érotisme classique se rompt, vole en éclat. Sans pour autant tomber dans l'idéalisme. Il ne s'agit pas de substituer la réalité à l'idée en vue d’un quelconque apaisement. L'artiste assume que l’idée transforme la réalité. Tout cela n'est pas convenable du tout : surtout lorsque, à la place d'une longue fourrure blanche, les jambes se dédoublent afin d'éviter tout contact. Tel est pris qui croyait prendre.

Jean-Paul Gavard-Perret