Myriam première
de Francine Noël

critiqué par Libris québécis, le 17 novembre 2004
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
La Femme dans la société
Avec ce roman, on est plongés aux lendemains du premier référendum de 1981 sur l’indépendance du Québec. La défaite est amère pour les nationalistes qui voyaient dans les réformes entreprises depuis 1960 (création du ministère de l’Éducation, l’assurance maladie…) les outils nécessaires pour réaliser la souveraineté. C’est dans ce contexte de désillusions que les femmes de l’œuvre vont entrer de plein pied dans l’Histoire du Québec en tentant d’assumer le rôle qui leur revient dans la construction du patrimoine national. Elles revisitent le passé en indiquant qu’elles veulent jouer aux Jeannes d’Arc sans monter sur le bûcher.

Myriam, l’héroïne du roman, est une enfant qui deviendra la première héritière d’une descendance féminine qui aura donné à la femme ses lettres de noblesse. La femme débarrassée du carcan qui a valu la potence à une Corrivaux regimbante, la femme de l’après révolution tranquille de 1960 qui remplit toutes les sphères d’activité. Entourée d’une mère avocate, d’une tante écrivain et d’une actrice flamboyante, sans parler de ses grand’mères, elle reçoit l’héritage du passé qu’elle devra transformer pour qu’il s’ouvre sur un plus vaste horizon.

À partir d’une famille branchée de Montréal qui habite un quartier identifié au genre, Francine Noël a brossé une vaste fresque sociale de la femme en lui donnant une conscience plus aiguë de sa valeur propre dans la conception de la société québécoise. Myriam est donc la dépositaire de cette nouvelle âme, mais son éducation est parachevée par une sorcière, un des personnages underground du roman, afin que l’on n’oublie pas d’incorporer des éléments féminins dans la construction d’un Québec plus ouvert.

Myriam première est un roman intéressant. Certains chroniqueurs en ont fait le chef-d’œuvre des années 80. L’œuvre souligne certes adéquatement l’impasse créée par la défaite référendaire, mais les projections de l’auteure ne s’appliquent qu’aux femmes occidentales quand on considère que ce sont encore elles qui souffrent le plus des croisades modernes. De la trilogie écrite par Francine Noël, c’est le volume qui présente le moins d’impact. Il reflète plutôt les préoccupations qui prévalent surtout au pied du mont Royal et dans les officines des féministes. Il reste quand même significatif de l’aire que la femme veut occuper dans la société québécoise d’aujourd’hui.

Au niveau de la forme et de l’écriture, l’auteure manifeste un don exceptionnel pour soutenir son discours. Avec un effet de poupées russes que l’on déboîte, des histoires se déboulonnent pour appuyer celles en cours de narration. Le défilement est empreint de la fraîcheur caractéristique de l’enfance et assuré par une écriture qui, sans imiter celle de Michel Tremblay, donne la saveur du langage québécois, disons montréalais. Il y a une nuance. Ce dernier est plus « fucké » (moins bien) qu’ailleurs.