Nom, prénom
de Christophe Nicolas

critiqué par Sahkti, le 16 novembre 2004
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Lettre à un père disparu
L’identité est le thème central de ce roman de Christophe Nicolas.
Le narrateur y invente un dialogue avec son père défunt. Un père qui lui manque, alors il se raconte des histoires.
Le récit débute par un exposé de la situation, une présentation de ce père inconnu que le jeune homme a vu moins de dix fois dans sa vie et dont il ne sait rien. Le père n’est pas présenté sous son meilleur jour, il n’a jamais assumé ses responsabilités et a toujours préféré la fuite à la prise en charge d’autrui. Le narrateur garde un souvenir très fort de son père : une Mercedes bleue et un paquet de Gitanes blondes. A partir de ces maigres éléments, il s’invente un portrait et rêve qu’il était le préféré de la famille, ce qui n’était pas le cas. L’auteur en souffre, d’autant plus que son père s’est remarié et a eu d’autres enfants, tirant un trait sur son passé et sur des vies.
Comment ne pas souffrir d’une telle situation ? Comment vivre aussi proche géographiquement de son père sans pourtant le voir et lui dire qu’on a envie de l’aimer ? Les années passent, le père décède, une nouvelle brèche s’ouvre. Il faut construire quelque chose, inventer des souvenirs, vivre avec un fantôme qu’on façonnerait selon un idéal. Faux mais rassurant… et nécessaire.

Christophe Nicolas a découpé son roman en deux parties. La première, intitulée "Document" expose les faits, tente de dresser un portrait paternel à l’aide de quelques bribes d’informations glanées ça et là. La seconde, "Fiction", est bouleversante. Elle renferme ce précieux et magnifique dialogue entre un fils et son père disparu. Les rêves d’un enfant qui aurait voulu avoir une famille comme dans les magazines, qui aurait aimé faire la fête avec son père et être serré dans des bras à en avoir le souffle coupé. Ce besoin d’amour, ce cri de révolte et de réclamation est violent et beau. Il y a dans ces pages un deuil impossible à faire qui impose la souffrance et ne connaîtra jamais le répit.