Styx
de Bruno Krebs

critiqué par JPGP, le 26 février 2023
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Bruno Krebs :Styx en stock
Avec Bruno Krebs et son nouveau narrateur qui nous entraine de Brighton aux quatre coins du monde la folie rit der­rière son masque, les plombs pètent ou fondent là où un Pont des Sou­pirs déplacé tente de relier le réel à l’imaginaire. Mais rien n'est simple. Le Styx en effet est devenu élastique. Exit les aller simples. Et le narrateur en est l'infortuné et innocente victime. Ceux qui renaissent (familiers cimpris) l'empêche de naviguer même à vue et il en va de même lorsqu'il s'agit de battre la campagne.

Quant aux compagnes elles ne sont guère fiables. Parlons au mieux de sirènes au pire de succubes ou gorgones. Les oracles
n'ont plus qu'à se taire. D'autant que hurle la sen­sua­lité et que sa foudre en arpèges allume des femmes aux yeux de varech et des che­veux d’écume.

Sur le cla­vier de l’océan, "L'Ile Blanche" d'un précédent livre de l'auteur per­pé­tue sa danse en un feu de soleil noir. Mais elle n'est pas la seule. Le nar­ra­teur la tra­verse comme il par­court le temps eu égard à ceux qui le remontent une fois le Styx retraversé sans la moindre difficulté. Dès lors entre farce et tragédie la fantasmagorie opère dans une langue en mises en tropes ironiques suivant les circonstances.

Que le nord se perde devient un épiphénomène. Le proto-poétique s’emballe. Le narrateur fait tout pour ne pas courir derrières ses ombres mais ses échecs patentés font le délice d'une telle lecture. Nous sommes là face à un très grand livre. Rares sont ceux d'une telle qualité..

Entre le mal des maudites et maudits comme celui des mots dits la confu­sion des affects et leur com­mu­nion sont admises là où les chimères créent dans leur excès la dénudation existentielle. Le lecteur s'enivre d'horizons des bleus d'hier, l'enfant remonte la pente. Mais le père est-il celui qu'il attendait ? Qu'importe après tout : le temps perdu reprend racine dans le couloir des instants brandis de mirages en mirages.

Jean-Paul Gavard-Perret