Mourir d'aller
de Michel Dunand

critiqué par JPGP, le 10 février 2023
( - 77 ans)


La note:  étoiles
Les éloges de Michel Dunand
Michel Dunand sait que la sensualité peut provenir d’un parfum jasmin en dominante comme de l’abandon. Non de l’abandon lascif mais de celui qui provient d’un simple « voir ». Voir des couleurs feutrées( le bleu particulièrement
« La couleur de l’innocence et de la joie ») des objets rapportés et des mots qui enveloppent les femmes nimbées dans la douceur originelle des matins de lumière. L’état de vue est toujours un état de vision particulière : il témoigne non d’une vie spéculaire et fantomatique mais d’une vie aussi « ordinaire » que dépouillée car au fil du temps elle s'est resserrée sur l’essentiel .

Le poète ouvre toujours à une expérience intime de la sensorialité. Émane l’impression que le temps se défait, ne semble avoir plus de prise. Exister revient à errer au fond d'un instant sans borne que peut donner « les objets qui nous entourent » comme ceux peints par Morandi. « Ils nous protègent : Ils ne sont pas familiers pour rien » écrit à leur sujet Dunand. Leur beauté réside dans le regard qu’on apprend à poser sur eux.

Et le créateur conduit lentement au lieu d’un mourir particulier : « Ne pas s’encombrer / S’alléger » dans l’esprit de Blanchot.
C’est alors que, par exemple, un visage féminin surgit l’inattendu qui ne peut se saisir qu’à l’intérieur de l’attendu. C’est une présence aussi claire que confuse dans une suite des mots les plus simples et qui ne font que mettre à nu les décors que le poète dit chérir.

De chaque émotion naît l’écriture et vice versa. Chaque bouture de mots permet de revoir le jour. La lumière n’est plus un mot. Sa vérité tient dans un souffle que le mot ouvre.

Jean-Paul Gavard-Perret