L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski
de Romain Slocombe

critiqué par Saigneur de Guerre, le 9 février 2023
( - 66 ans)


La note:  étoiles
Une façon originale de découvrir la vie des Parisiens en 1942
Paris. 1942.

Après un passage par la Gestapo à Berlin, où il a connu des heures, des jours, difficiles, l’inspecteur Sadorski est de retour à Paris, toujours aussi désireux de débarrasser la France des juifs à qui il reproche tout et n’importe quoi… Comme beaucoup de « bons »et « vrais » Français à la même époque…
Il déteste tous les juifs, mais pas nécessairement toutes les juives lorsqu’elles sont jeunes et jolies. Tenez, par exemple, notre « brave » policier est obsédé par sa jeune voisine juive, Julie Odwak, une lycéenne dont il a fait interner la mère pour balayer les obstacles qui pourraient l’empêcher de la glisser dans son lit. Quant au père, cela fait un bail qu’il a été déporté. Pourtant, Sadorski est marié et se livre matin et soir à des parties de jambes en l’air avec sa charmante épouse. Qu’à cela ne tienne, il faut que Julie vienne habiter chez lui sous prétexte d’échapper aux rafles… auxquelles Sadorski participe en manifestant beaucoup de zèle.

Le 29 mai 1942 explose une bombe dans un café assidument fréquenté par les Brigades spéciales. Voilà qui ne saurait rester impuni. Sadorski, en bon flic, va suivre l’affaire de très près.
Prenant un congé dans un cadre bucolique en compagnie de son épouse, notre poulet va tomber sur le cadavre d’une femme complètement dépouillée, assassinée par balles. Notre fin limier tient à résoudre cette énigme…

Critique :

Toujours aussi bien documenté, Romain Slocombe entraîne le lecteur de suspense en suspense, se basant sur des faits historiques dont il donne les sources à la fin de l’ouvrage. Il dépeint une société française largement antisémite, où seul un petit nombre de citoyens, de policiers et de gendarmes montre de la compassion pour ces femmes, ces hommes et ces enfants juifs traités de façon innommable par les autorités françaises, aux ordres de Pétain, Laval et Bousquet, qui vont bien au-delà des exigences allemandes.
L’inhumanité des traitements subis par les juifs, mais aussi par les résistants, est décrite de façon qui pourrait paraître excessive à certains et qui, pourtant, est corroborée par bien des témoignages de survivants. Les pulsions sadiques de crapules patentées officiant dans les « forces de l’ordre » en viennent même parfois à dégoûter un Léon Sadorski qui n’a rien d’un enfant de cœur.
L’écrivain nous donne à voir un être des plus odieux à qui il arrive quelquefois de se montrer compatissant. Le lecteur en viendrait presque à éprouver de la sympathie pour cet infâme cloporte qu’est Léon Sadorski. J’ai dit presque ! Car très vite notre inspecteur principal nous prouve à quel point il est haïssable, toujours prêt à commettre les actes les plus vils pour satisfaire ses pulsions, tout en faisant preuve d’une hypocrisie digne des plus grands faux-culs. Remarquez qu’une confession suivie de quelques « Pater noster » et « Ave Maria » suffisent à apaiser sa conscience.
La description que Romain Slocombe donne du Vél’ d’Hiv est bien plus réaliste que les images dont on dispose.
Le rôle du parti communiste français est aussi bien évoqué rappelant qu’il a fait ami-ami avec les Nazis au début de la guerre jusqu’à ce que l’Allemagne envahisse l’URSS… Des rivalités qui n’avaient pas grand-chose à voir avec la politique ont aussi amené des « camarades » à commettre des actes détestables… entre eux !
Un immense roman qui donne un excellent aperçu de ce que pouvait être la vie à Paris en 1942, année où l’on compte encore beaucoup d’admirateurs français de Monsieur Hitler et des Nazis.