Les paradoxes de la postérité
de Benjamin Hoffmann

critiqué par JPGP, le 13 décembre 2022
( - 77 ans)


La note:  étoiles
Benjamin Hoffmann : tout à l'égo mais pas trop
Chacun fait ce qu'il peut avec lui-même. Comme le rappelle B. Hoffmann en citant S. Solomon "le vers est au coeur de la condition humaine" - et ce quelle soit la fraîcheur de son fruit. Des lors puisque "au commencement est la mort" chacun se débrouille avec cette idée quasi immédiate de la conscience (à trois ans nous saurions déjà à quoi nous sommes voués).

Parce que cette révélation est un scandale, les êtres humains luttent comme ils peuvent selon leurs armes et leurs appétits. Certains - les plus sensés - se contentent de peu en assurant la survie de l'espèce par la procréation. D'autres plus insatisfaits cherchent d'autres solutions au problème de la mortalité. Parmi elles, ceux qui estiment que seule la partie spirituelle de notre personne nous survivra font de la littérature la grande affaire de leur vie. Quelles que soient leurs qualités intrinsèques dans ce domaine ils pensent que leurs mots dépasseront leur mort.

Grand bien leur fasse répond Hoffmann. Non qu'il veuille les dissuader. Il serait le plus mal placé puisque lui-même pratique l'écriture. Mais il tient à souligner qu'il s'agit là d'un fétiche pour voiler le néant et notre horizon d'"être-pour-la mort". L'auteur demeure néanmoins sinon cruel du moins lucide : il montre combien les conditions de la postérité restent parfaitement aléatoires et toujours relatives.

Certes quelques grands noms (Shakespeare par exemple) émergent. Mais leur notoriété reste statistiquement très relative. Et ce que la postérité retient passe par des filtres mystérieux. L'auteur les expose brillamment. C'est une manière des plus robustes de rappeler que toutes nos "vacations sont farcesques" (Montaigne). Et qu'importent leurs enjeux. Ce qui n'implique en rien de renoncer. Dès lors que "ça suive son cours" (Beckett) sans se faire le moindre illusion sur le résultat. Mais la trajectoire vaut sans doute mieux que le but.

Jean-Paul Gavard-Perret