Leçon d'abîme : Une enquête de Francis Malone
de Michel Rio

critiqué par Sahkti, le 15 octobre 2004
(Genève - 50 ans)


La note:  étoiles
Face-à-face troublant
Une enquête de Francis Malone... courte enquête de 90 pages au rythme asses soutenu, dans laquelle Francis Malone espère obtenir de David Klein, millionnaire bizarre vivant à Zürich, l'identification de deux corps calcinés retrouvés à Dachau lors de la libération du camp et qui pourraient être ceux de la soeur de Klein et de Hanz Uzler, un des bourreaux du camp. Une expertise a prouvé que ce corps ne pouvait être celui de Uzler. De qui alors? Et si Klein n'était en fait pas Klein, mais Uzler déguisé?

Si le scénario en lui-même ne m'a pas véritablement emballée, il n'en va pas de même pour le style de Michel Rio et le traitement qu'il impose à ses idées. Il ne s'agit pas d'une simple enquête policière, c'est d'une exploration psychologique des profondeurs de l'âme qu'il est question ici, un affrontement entre Klein et Malone, le face-à-face de deux hommes aux caractères bien trempés et aux personnalités troublantes. On navigue constamment entre le vrai et le faux, ne sachant où placer la borne de la vérité. C'est par moments assez frustrant, on veut savoir! Mais rien de tout cela, Malone sonde les âmes, met à jour les relations étranges qui peuvent unir un bourreau et ses victimes, surtout lorsque celui-ci est épris d'une jeune femme à laquelle il fait pourtant subir les tortures les plus viles. La perversion sexuelle pointe le bout de son nez. La victime porte-t-elle dès lors une part, même infime, des responsabilités de son tortionnaire? Où commencent et où finissent les limites?

J'ai été séduite par le côté dérangeant et agaçant de l'histoire, par cette vérité qui n'éclate pas, par la cruauté avec laquelle Michel Rio se joue du lecteur. Je n'y ai pas retrouvé la finesse de Vincent Engel dans "Raphael et Laetitia", mais c'est du même ordre. Il me reste à découvrir d'autres aventures du Commissaire Malone pour développer mon sentiment à l'égard de cet auteur, dont j'avais déjà apprécié "La remise au monde", d'un tout autre style.