Mauvaises vibrations: Ou la musique comme source de maladie : histoire d'une idée
de James Kennaway

critiqué par Windigo, le 27 décembre 2022
(Amos - 40 ans)


La note:  étoiles
Musique du diable
Comme décrit dans la 4e de couverture, ce livre traite des pseudo-maladies (physique ou mentale) qui se développeraient chez l'individu lors de l'écoute abusive de la musique. Grâce à cet essai, j'ai appris l'existence de la neurasthénie. La diabolisation de la musique ne date pas d'hier. En effet, on retrouve des théories sur la dangerosité de la musique jusqu'à l'époque de Platon. La musique jouerait un rôle sur le système nerveux, il y aurait notamment des cas de crise d'épilepsie dus à l'écoute prolongé ou à certaines notes aiguës. Certaines personnes auraient même trouvé la mort à l'écoute de certaines mélodies. D'après ce bouquin, la musique de Richard Wagner, notamment l'opéra Tristan et Isolde, causerait une nymphomanie chez les jeunes femmes vierges et non mariées. Il existerait même des cas d'hypnose reliés à la musique.

L'auteur rapporte certains discours homophobes de psychiatres de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Par exemple, écouter la musique de Richard Wagner engendrèrent, selon ces psychiatres d'un autre siècle, de l'homosexualité et rendirent les hommes efféminé. Évidemment, cela reste des théories datant du siècle des lumières et de l'époque victorienne, du temps où la médecine et la psychiatrie étaient encore rudimentaires. Les mentalités commencèrent à changer avec l'arrivée de Sigmund Freud, quoique l'Allemagne nazie a eu tendance à reprendre ce genre d'idées. Plusieurs conservateurs de droite, sous le régime d'Hitler, étaient convaincus que certaines musiques rendirent faibles. D'ailleurs, ils mélangeaient la psychiatrie et l'antisémitisme musical. Selon eux, seul les vrais allemands avaient le droit de faire de la musique, la musique juive et la musique provenant d'ailleurs étaient considérées comme malsaines, poussant à la déchéance mentale et à l'anarchie politique.

En URSS, le jazz devait être de bon goût, et ne pas encourager le vice ni la dépravation. L'Union Soviétique a tout de même expédié des musiciens de jazz au goulag pour cette raison, car leur musique provoquait des danses quasi érotique. Aux USA, dans les années 1920, il y a eu sensiblement le même genre de discours, et les mêmes hystéries collectives, concernant le jazz, comme quoi cette musique serait dépravée, corromprait la jeunesse, rendrait malade et déséquilibré mentalement. La guerre froide et la guerre de Corée auraient apporté des terreurs relatives quant à la manipulation mentale via la musique. Ainsi, dans les années 1980 et 1990, le heavy-metal était considéré comme dangereux pour la jeunesse déjà instable émotionnellement. Des regroupements de droite religieuse et de parents moralisateurs blâmaient les groupes de heavy-metal de cacher des paroles sataniques dans leurs chansons et de pousser leurs enfants au suicide.

Au final, l'armée américaine a développé des armes sonores pour torturer des soldats adverses, lors des conflits, ou encore pour déloger des dictateurs ou des terroristes. On peut par exemple citer l'Opération Nifty Package dans laquelle, pour faire sortir le dictateur Manuel Antonio Noriega Moreno de l'ambassade du Vatican au Panama, les troupes américaines ont reçu l'ordre de faire jouer Highway To Hell, célèbre chanson du groupe AC/DC, en boucle, pendant dix jours consécutifs. En outre, ce bouquin est très intéressant, malgré le fait que j'ai relevé quelques petites fautes ici et là, ce qui n'est pas bien grave. Cet essai contient énormément de références bibliographiques.