La Source au bout du monde
de William Morris

critiqué par Fanou03, le 1 juin 2022
(* - 49 ans)


La note:  étoiles
Un roman "néo-arthurien" raffiné et flamboyant
Dans le royaume des Haults-prés, Rodolphe, un des fils du roi, décide de partir à l'aventure malgré l'interdiction de son père. Le jeune homme, naïf et inexpérimenté, mais d'une grande noblesse de corps comme d'esprit, va découvrir l'existence d'une mystérieuse "source du bout du monde" aux pouvoirs régénérants et va tenter de l'atteindre. Mais il faudra pour cela affronter moult épreuves, moult adversaires et découvrir aussi bien les joies que les chagrins de l'Amour...

Arrêtons-nous tout d’abord sur l’objet-livre lui-même, tout à fait impressionnant, que ce soit le format, la couverture (une peinture de Edward Burne-Jones, parfaitement adaptée au sujet), les illustrations et les lettrines (issue de l’édition originale et réalisées par William Morris, décorateur et typographe reconnu de l’époque). Autant vous dire que c’est un écrin exceptionnel, disons les choses comme elle sont, que nous propose les éditions « Les Forges de Vulcains » pour un des romans les plus connus semble-t-il de l’auteur, qu’on présente volontiers comme un des précurseurs de la Fantasy, ayant influencé J.R.R. Tolkien et C.S. Lewis.

Si l’influence littéraire de William Morris sur ces deux auteurs en particulier a été démontrée, le terme de « précurseur de la Fantasy » pourrait vous tromper, en tout cas pour cette œuvre-ci. Personnellement je trouve que la Source du bout du monde est surtout une superbe ode moderne aux récits de chevalerie de type arthurien. William Morris devait être un admirateur assez « fou » de ce « genre » pour recréer de toute pièce une œuvre en cumulant tous les codes et les clichés, les sublimant pour en faire un exercice de style à la fois flamboyant et archaïque. Car ce n’est pas du Walter Scott. On aura plutôt l’impression par exemple de lire une (très) longue et lente aventure de Gauvain ou de Perceval, mais rendue néanmoins moderne, accessible et cohérente par le projet ambitieux d’un auteur du dix-neuvième siècle.

L’œuvre est longue. Elle prend son temps. Exagérément parfois, comme l’attente de Rodolphe à la croisée des chemins, à l’orée du Bois du Péril. J’ai ainsi parfois bien cru ne jamais à finir ma lecture, car on est dans une espèce de langueur très particulière, du sans doute en partie par l’écriture, belle mais relativement monotone. Ne vous attendez pas non plus à d’intenses batailles épiques à la J.R.R Tolkien. Ici tout y est assez vite expédié (à ce titre l’affrontement final est très caractéristique), y compris les duels. L’intérêt y est ailleurs, c’est pour cela que l’œuvre parlera avant tout aux amateurs de Chrétien de Troyes et de ses équivalents anglo-saxon : les fortes charges oniriques et symboliques présentes dans le récit ; la poésie du texte, des toponymes et des noms des personnages («Les Haults-Prés », « Blanche Muraille », « le Bois du Péril », « la Dame d’Abondance », « Taureau la Hure »…) ; l’importance donnée à l’amour courtois ; la quête initiatique à travers un long voyage, à la recherche d’un « Graal », ici la fameuse source, qui « soulage la fatigue et guérit les maux et les blessures de quiconque en absorbe »...

William Morris décrit ainsi, à travers les péripéties et les amours de Rodolphe, un adolescent « qui recherche l’aventure ». Il va apprendre de rencontres, de ses erreurs, et mûrir, pour devenir un dirigeant plein de qualité, gouvernant sagement ses peuples. De nombreux passages sont très beaux, très troublants, envoûtants, le tout parsemé de tout un vocabulaire précis lié à la chevalerie et au moyen-âge. Comme je le disais, cela donne une réappropriation « néo-arthurienne » raffinée très réussie, mais pas nécessairement aisée à lire.