Ma sœur, serial killeuse
de Oyinkan Braithwaite

critiqué par Septularisen, le 26 février 2022
(Luxembourg - 55 ans)


La note:  étoiles
LE CRIME EST UNE AFFAIRE DE… FAMILLE!
Au début de l’histoire nous sommes à Lagos au Nigeria de nos jours. Nous faisons la connaissance de Korede et de sa jeune sœur Ayoola. Celles-ci sont en train de nettoyer une… Scène de crime! En effet, Ayoola viens de tuer son petit ami Femi de plusieurs coups de couteau dans le dos – en état de légitime défense d’après elle -, dans l’appartement de celui-ci. Pour Korede ce n’est pas une «nouveauté», ça commence même être une habitude… C’est en effet la troisième fois que sa jeune sœur tue un homme et qu'il faut faire disparaître son corps… Korede n’hésite d’ailleurs pas à la traiter de «Serial killeuse»!

Bien qu'elle vivent ensemble, les deux sœurs sont toutefois très différentes. L’aînée Korede est une personne réfléchie, intelligente, honnête et sincère, mais au physique très quelconque. Ayoola est, elle, très superficielle et très «gamine», sans aucun sens moral, sans aucun scrupule et bien sûr psychopathe! Mais elle a la chance d’avoir une plastique de rêve et d'être d’une beauté exceptionnelle! Dont elle use et abuse pour charmer et séduire tous les hommes qui l’approchent. Hommes, - mariés ou pas d’ailleurs -, qu’elle «utilise» pour satisfaire toutes ses envies et ses caprices... Ainsi p. ex. le très riche homme d’affaires Gboyega, qui lui a payé ses études de styliste et qui l’emmène en vacances à Dubaï… Vacances dont il n'est d'ailleurs jamais revenu, victime d'une mystérieuse intoxication alimentaire...

Korede a une vie aussi. Infirmière compétente et respectée à l’hôpital St Peter, elle est amoureuse de son collègue, le Docteur Tade, mais est bien trop timide pour se déclarer auprès de lui, et s’occupe aussi de son «patient préféré» M. Muhtar Yautai, plongé dans un coma profond et à qui elle confie ses états d’âmes, toutes ses histoires et tous ses secrets.

Le monde pourrait continuer à tourner ainsi éternellement, si malheureusement un jour Ayoola ne venait chercher Korede pour déjeuner à son travail et ne tombe malencontreusement sur… Tade. Comme tous les hommes, celui-ci tombe immédiatement sous le charme ravageur de la jeune fille, littéralement subjugué par sa beauté sans pareil!

Une relation naît immédiatement entre les deux. Pour Korede par contre c’est un terrible dilemme qui commence. Continuer à protéger coûte que coûte le secret de sa sœur qu’elle aime d’un amour inconditionnel, - tout en sachant que Tade risque d’être sa prochaine victime -, ou bien l’abandonner une fois pour toutes à son triste sort et sauver la vie de l’homme qu’elle aime?..

Ce livre est tout d’abord une très belle description des mœurs et de la vie quotidienne d’un pays et d’une mégalopole africaine (rappelons que Lagos est la deuxième plus grande ville du continent africain…). Sous couvert d’un «Thriller», la jeune Oyinkan BRAITHWAITE (*1988) en profite aussi pour nous faire le portrait de son pays, non sans en dénoncer d’ailleurs certains travers, comme la corruption généralisée à tous les niveaux, le népotisme, l’inefficacité des forces de l’ordre, la place de la femme, etc etc…

Le livre se lit vite et bien, il est rédigé dans une langage simple direct, dépouillé mais vraiment très beau. Il et est composé de très courts chapitres (parfois même une page), chacun portant le titre de sujet qui est - plus ou moins - développé dans les pages qui suivent. Le tout est rédigé au présent, - sauf les chapitres qui concernent le père de famille, déjà décédé au début du récit -, et les pages se tournent sans que l’on s’en aperçoive vraiment.

Si d’habitude je me montre plutôt sévère avec les «premiers romans» et leurs petits défauts, je finis enchanté, véritablement séduit par celui-ci. Il comporte vraiment tout ce que l’on peut demander à un bon livre. Une histoire originale, bien construite et bien introduite. On ne s’ennuie pas un seul instant, on passe vraiment un bon moment de lecture. Le rythme est prenant et l’auteur fait vraiment montre d’une maîtrise, d’un talent et d’une écriture très étonnante pour une si jeune écrivaine! Oyinkan BRAITHWAITE est, croyez-moi, un nom à retenir sur la scène des lettres africaines, et un auteur dont je me ferai plaisir à suivre la suite de sa carrière…

P.S. : «Ma sœur, serial killeuse», a reçu en 2019 le Prix Anthony du «meilleur premier roman» et le Prix Barry du «meilleur premier roman» et a aussi été sélectionné pour le Booker Prize et Finaliste du Baileys Women's Prize for Fiction.