Dieu, la science, les preuves
de Michel-Yves Bolloré, Olivier Bonnassies

critiqué par Le rat des champs, le 2 janvier 2022
( - 73 ans)


La note:  étoiles
Quel livre curieux...
Le titre de ce livre, imaginez un peu, "Dieu la science, les preuves" m'avait intrigué et une interview télévisée des auteurs m'a donné envie de le lire. Que dire? Certainement pas que j'ai perdu mon temps, mais pas non plus qu'il a répondu à mes attentes..
Composé de deux parties de valeur très inégale, il laisse une fois refermé, et dévoré, il faut bien le dire, une impression curieuse.
La première moitié du livre, manifestement celle écrite par Michel-Yves Bolloré, très dense, extrêmement bien documentée et argumentée, ne prouve rien, le mot "preuve" présent dans le titre étant vraiment exagéré. On peut parler d'arguments souvent convaincants, visant à démontrer l'existence d'un Etre Suprême, sans vraiment n'apporter grand chose de plus qu'une nouvelle affirmation de l'existence du dieu des philosophes ou de certains savants, mais en aucun cas d'une démonstration scientifique.
Les explications données sur le big bang, sur le développement de l'univers jusqu'au principe anthropique sont très intéressantes, mais à force de trop vouloir convaincre, Bolloré évacue parfois un peu rapidement et avec un soupçon de mépris, les théories matérialistes qui pourraient être développées, telles celle des cordes ou des univers multiples. De même, le recours trop fréquent à l'argument d'autorité, en accumulant des citations de scientifiques croyants, m'a laissé froid.
Dommage.
La seconde partie, celle écrite par Olivier Bonnassies est la plus décevante. S'appuyant sur des textes bibliques et sur des témoignages historiques païens plus que discutables, comme le fameux texte de Flavius Josèphe rejeté par la plupart des exégètes chrétiens, elle vise à nous démontrer que le peuple juif est un peuple élu, choisi par Dieu, que Jésus est Dieu et fis de Dieu, que de nombreux miracles, dont celui de Fatima, prouvent l'intégralité de la théologie catholique, ce qui me semble pousser le bouchon un peu loin. Bof... On est bien loi des promesses figurant dans le titre de ce livre: nulle preuve et tout au plus, des arguments, des indices accréditant l''idée d'un Etre Suprême proche de celui de Spinoza.
Dommage, dommage.
Bref, ce livre ne convaincra que les convaincus. Et sans vouloir faire du spoiler, il n'y a aucune preuve scientifique de l'existence de Dieu, et encore moins d'un dieu révélé, personnel, comme celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Ou des catholiques.
Dieu soit loué, je suis athée ! 4 étoiles

Je ne regrette pas d’avoir lu cette brique qu’une connaissance m’avait conseillée dans l’espoir de me convertir.
D’abord parce que j’ai appris pas mal de choses dans le domaine scientifique ; superficiellement bien sûr : des noms de savants dont beaucoup de prix Nobel, leurs recherches, leurs découvertes, leur place dans l’histoire. Même si j’ai trouvé très légère la manière d’utiliser ces faits scientifiques comme de l’eau au moulin de la preuve de l’existence de Dieu.
Ensuite, parce qu’il est toujours intéressant de suivre le cheminement de la pensée de gens qui ne partagent pas les mêmes opinions que vous.
Malheureusement l’extrême partisanerie saute d’emblée aux yeux et ne fait que se renforcer au fil de l’ouvrage. Dans sa dialectique, l’affirmation prend très vite la place qu’aurait dû occuper l’hypothèse ; la thèse prend la quasi-totalité de l’espace, les arguments de l’antithèse sont volontairement trop légers et dans ces conditions, il n’y avait plus vraiment besoin d’une synthèse.
Ajoutons aussi, dans pas mal de passages, la désagréable impression de faire figure de demeuré si on n’adhère pas aux nombreuses « preuves » de l’existence de dieu.

Exemple d’argumentation prouvant selon les auteurs l’existence d’une intelligence suprême (dieu) à l’origine de la création du monde :
1. Si le monde n’a pas été conçu par une intelligence, l’applicabilité des mathématiques est une coïncidence.
2. Or il est très improbable que l’applicabilité des mathématiques soit une coïncidence.
3. Donc il est très probable que le monde ait été conçu par une intelligence.
Avant cela, les auteurs, appuyés par la science, avaient relevé l’incroyable série de conjonctions impossibles à expliquer par le seul hasard (de l’ordre d’une chance sur un milliard de milliard de milliard……. de se produire ) ayant prévalu à la création de l’univers lors du big bang. Mais sont-ce les mathématiques qui ont créé cet ensemble inouï de conjonctions ? Ou les principes mathématiques ne font- ils que découler de l’étude poussée de l’univers tel qu’il existe, amenant notamment à la fixation de l’absolue plus petite quantité.
On apprend encore que le miracle de Fatima (un phénomène météorologique rare mais explicable scientifiquement, qui aurait été annoncé par la Vierge à 3 enfants d’une même fratrie) aurait eu pour conséquences lointaines la tentative d’assassinat contre le pape Jean-Paul II, la chute du mur de Berlin et l’effondrement pacifique de l’URSS (pp 487-488).

Mais ce sont les passages évoquant les Juifs en tant que peuple élu qui m’ont sans doute le plus interpelé dans l’ouvrage. P335 : « Les Hébreux ont eu raison plusieurs dizaine de siècles avant les autres » P347 : « Grâce à la Bible, Les Hébreux jouissaient de connaissance uniques à leur époque ». p416 : « ….le seul pays dont la moitié des citoyens continue à se prendre pour le peuple élu de dieu » « l’Etat qui dans des guerres récentes a suscité l’étonnement par des victoires militaires aussi inattendues et spectaculaires que celles de certains épisodes bibliques » On lit aussi que les souffrances que d’autres peuples ont pu endurer (les Africains déportés pour servir d’esclaves, divers génocides,….) n’ont rien de commun avec ce que le peuple juif a dû surmonter.
Qu’elle soit ou non le résultat de la volonté de dieu, cette dialectique me semble avoir largement démontré toute sa dangerosité, tant pour le peuple « élu » que pour le monde entier.

Deux conclusions me viennent à l’esprit après cette lecture :
1. L’urgence actuelle n’est plus tant de chercher à comprendre comment est né l’univers et notre monde, mais plutôt d’appliquer les attitudes qui permettraient de le préserver.
2. Quand bien même on parviendrait à prouver l’existence d'un Dieu créateur, il resterait à expliquer …..qui a créé Dieu !

Millepages - Bruxelles - 64 ans - 30 avril 2024


Un phénomène inexpliqué n’est pas forcément surnaturel 1 étoiles

Les questions auxquelles la science est incapable de répondre sont autant de preuves de l’existence de Dieu. En d’autres mots, tout ce que l’on ne sait pas expliquer relève du surnaturel et du miracle. Telle est la thèse soutenue par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies dans leur livre « Dieu, la science, les preuves » (éd. Trédaniel), un pavé publié à plus de 150.000 exemplaires. Leurs arguments sont-ils recevables ?

1. Le Dieu créateur
Parmi les exemples développés, on trouve l’apparition de la vie et le réglage fin de la valeur de la constante de gravitation.

La curiosité humaine a toujours regorgé de questions sans réponse. Il y a 2.500 ans, il était inconcevable que la foudre soit un phénomène naturel. Parce qu’on ne disposait d’aucune explication rationnelle, on y voyait du surnaturel. Était-ce là une preuve de l’existence de Zeus, le dieu grec qui lance les éclairs ?

Avant Pasteur, le renouvellement incessant des animalcules était expliqué par la génération spontanée. Par exemple, les asticots apparaissant « spontanément » dans la viande, on y voyait « par évidence » une foultitude de créations divines. Ce sont aujourd'hui des phénomènes naturels. Les épidémies - peste, choléra, lèpre, syphilis, etc. - ont changé de nature : autrefois fléaux divins imparables, c'est-à-dire châtiments, elles sont devenues des infections microbiennes à combattre, souvent avec succès. Rétrospectivement, n'est-il pas curieux que l'on puisse se protéger du courroux divin par de simples mesures d'hygiène, ce qui place Dieu et les bactéries pathogènes dans la même catégorie de dangers ?

On peut aussi mentionner la théorie de l’évolution où des phénomènes naturels viennent remplacer les actes du Créateur.

À chaque fois, la science a battu en brèche le surnaturel et recouru au postulat du phénomène naturel. On peut qualifier cette posture de matérialiste puisqu’elle met à l’écart les croyances religieuses, mais elle est nécessaire, car c’est la seule qui soit fertile, constructive et productive.

Encore quelques épisodes comme ceux-là et Dieu va se retrouver au chômage partiel ! Plus sérieusement, les croyants doivent aller chercher toujours plus loin des exemples inexpliqués de plus en plus tarabiscotés, comme « le réglage fin de la constante de gravitation ».

Sous diverses formulations, l’argument central des auteurs se résume à « Tant de beautés et de complexités ne peuvent être que le produit d'une intelligence surnaturelle » ou, en dégageant le ressort de l’argument, « Si on ne sait pas l’expliquer scientifiquement, c'est une preuve de surnaturel, donc Dieu existe ». C'est sans doute pourquoi les ignorants ont la foi la plus inébranlable. La réponse relève de l’évidence : «Un phénomène inexpliqué n’est pas forcément surnaturel».

La démarche des auteurs fonde l’existence des dieux sur le vide qui subsiste entre science et omniscience. Les explications qui font appel à Dieu sont des expédients pour pallier notre ignorance. Moralité : puisque l’homme n’est pas omniscient, il lui faut accepter de n’avoir pas réponse à tout. Mais trop nombreux sont ceux préfèrent combler les questions irrésolues par des croyances qui font office de panacées. Puisque la religion donne les réponses, inutile de chercher, il suffit de prier. Certains hommes de science surmontent cet écueil en plaçant sciences et religion dans des tiroirs bien distincts, mais cela peut induire un malaise qui les expose au trouble dissociatif de l’identité.

Si on veut encourager la compréhension de la nature par le développement des sciences - alors que Dieu est la mesure de la méconnaissance des lois de la nature - il est souhaitable d'éviter le recours à Dieu comme explication.

Malgré tout, au fil du texte, on apprend des choses intéressantes sur de vraies interrogations scientifiques.

2. Le Dieu des catholiques
Entendre des voix, obéir à des ordres venant de l’au-delà ou voir des personnages célestes sont des symptômes bien connus qui relèvent généralement de la schizophrénie. Par contre, les phénomènes hallucinatoires collectifs sont plus difficiles à étudier. Une aubaine.

Les auteurs extrapolent leur démarche jusqu’au catholicisme, ce qui les conduit à faire l’éloge du « miracle » de l’hystérie de masse survenue à Fatima. Ils franchissent ainsi subrepticement le fossé abrupt qui sépare le dieu créateur du Dieu des religions : celui qui scrute nos actions, les comptabilise, nous juge, nous récompense par le paradis ou nous punit par l’enfer. J’y vois quelques problèmes, comme la grande diversité des religions ainsi que le chantage moral qui les accompagne. Les interrogations plus fondamentales, comme « Suis-je immortel ? » sont soigneusement évitées.

Mais la raison est exigeante : la difficulté d’expliquer scientifiquement certains événements est intrinsèquement incapable de constituer une preuve de croyances religieuses, a fortiori d’énoncés théologiques invérifiables.

Comme des insectes cherchant frénétiquement à traverser une vitre, les auteurs s’épuisent à argumenter sur 600 pages dans une parfaite inconscience de l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent d’atteindre leur objectif.

Il apparaît clairement que l’argumentaire des auteurs est construit à mille lieues de l’esprit critique. Mais qu’importe : caresser les croyants dans le sens du surnaturel remplit les tiroirs-caisses.

Mazze - Suisse romande - 76 ans - 30 septembre 2023


Que de souffrances pour en arriver là ! 2 étoiles

Dieu-la science-les preuves
Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Édition Trédaniel

Que dire de plus sur ce pavé de près de 600 pages qui entend apporter la preuve scientifique de l'existence Dieu ?

Formidable intention qui méritait une lecture d'autant plus attentive que je sortais d'une réflexion personnelle sur les écrits du christianisme primitif qui se réclamait déjà de la même évidence scientifique (Éditions999) : pour Irénée de Lyon, Tertullien et tant d'autres, citer la Bible ou s'en réclamer était en effet, par une ancienneté comparative qui la cautionnait, prouver cette existence tout en légitimant la chrétienté et son Église qui la représentait.

C'est pour l'essentiel, avec une étonnante et flatteuse digression sur un peuple juif presque plus chrétien que les chrétiens, ce que reprennent Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies dans la seconde partie de leur pensum. Pour eux comme pour l'élite chrétienne des premiers siècles dont ils sont peut-être les successeurs, affirmer et répéter revient à prouver une vérité qui ne se discute toujours pas.

Rien de bien neuf en somme à 2000 ans de distance. Rien surtout - et c'est le plus navrant - de très palpitant qui aurait pu éclairer un débat dont on pouvait espérer mieux : une simple lueur dans le déroulement d'un raisonnement ; une petite brise pour entrouvrir une porte trop fermée par la froide raison ou de banales habitudes... Après tout, c'est bien ce que Jean-Paul II avait tenté en abordant la notion du "dessein intelligent", marginalement lié à la science que la foi, bien entendu, dépassait. Mais au moins, dans cette approche qui lui était largement personnelle, n'y avait-il pas inversion des domaines de compétences. Chacun se combattait mais chacun restait prudemment à sa place sans rejeter l'autre.

Dans une première partie plus intéressante, en cherchant à lier la réalité divine aux découvertes de l'astrophysique et des mathématiques qui pour eux la confirmaient, nos deux auteurs vont beaucoup plus loin avec cet argument majeur : si, comme il est démontré par les chercheurs dans le cadre d'hypothèses qui évoluent, la part de l'Univers qui nous est aujourd'hui accessible est en expansion, c'est qu'il a eu un début avant lequel rien, nulle part, n'existait. Ce rien est le doigt de Dieu, c'est-à-dire la preuve annoncée. En nier la pertinence revient d'ailleurs moins à nier Dieu que nier la science précisément évoquée. La vraie science bien sûr ; c'est toute l'astuce. Pas celle, marginale pour nos auteurs, des incroyants, des incohérences et des puérilités comme celle d'un avant Big Bang sur lequel quelques incompétents font circuler les hypothèses les plus farfelues. L'avant Big Bang, ou autres bêtises du genre multivers ou Grand Rebond que rien ne confirme, n'existent pas et n'existeront jamais. Dieu était là, qui attendait le moment propice pour déclencher l'explosion qui devait aboutir à une humanité construite à son image.

De ce fait, plus besoin de chercher vers Mars ou les étoiles pour trouver la vie ou le Père dont le vide primordial prouve bien la présence... Que de temps et d'argent perdus à vouloir ouvrir d'autres portes, derrière lesquelles se cacheront toujours d'autres portes qui resteront tout aussi muettes ! Que de souffrances aussi, inutilement imposées à une humanité forcément manipulée par des chercheurs de mauvaise foi qui se refusent encore à l'éclatante et merveilleuse vérité chrétienne !

Pour en revenir à plus de sérieux, ce dont ce livre fait état, c'est d'une forme d'impatience qui ne supporte pas l'attente exigée par la vraie science qui ne fonctionne que lentement, par petits bons, dans le cadre d'hypothèses le plus souvent ouvertes au doute. Comme de vrais théologiens, nos deux auteurs veulent des certitudes qu'ils recherchent dans une science à laquelle, pour les besoins de leur cause devenue plus franchement contemporaine et technique, ils font dire au plus vite - et bien pauvrement - ce qui leur est nécessaire avant de tout refermer pour n'être pas soumis à la contradiction. C'est l'usage et la logique religieuse. Mais en la circonstance, c'est aussi son paradoxe car, bien involontairement, M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies rendent un hommage appuyé au principe de la science dans ses pratiques les plus rigoureuses, habituellement rejetées dans le camp des errements et des hérésies. Ils reconnaissent ainsi un surprenant lien de subordination qui met à mal le simple et respectable état de croyance qui était auparavant le leur.

Par d'autres voies mal comprises mais comme souvent chargées d'espoir, M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies chercheraient-ils à effacer les doutes qui semblent beaucoup les perturber

Laurier-sauce - La Verrière - 78 ans - 17 février 2023


Très décevant 3 étoiles

Sur la première partie, comme cité par les premières critiques, plus intéressante que la deuxième. Elle est basée sur trois dimensions :
• Un univers en expansion, qui a un début et une fin
• Un réglage fin de cet univers selon quatre fondamentales (interactions fortes et faibles, gravité et électromagnétisme)
• Le passage de l’inerte au vivant et son improbabilité

Sur le fond : en l’état actuel de nos connaissances (on ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir et particulièrement les découvertes futures… même Einstein croyait à un univers statique à ses débuts), l’expansion de l’univers semble actée, son début et sa fin également (mort thermique), les auteurs ne vont pas plus loin dans ce domaine et c’est louable. Sur le réglage fin, ils font par contre abstraction de modèles alternatifs qui pourraient « fonctionner » et qui resteraient à « inventer », mais rejoignons les sur l’échec de modèles alternatifs par variation infime d’un des quatre paramètres, c’est démontrable par usage de nos merveilleux outils mathématiques. Du passage de l’inerte au vivant, le niveau d’improbabilité nous entraine dans une voie moins abordable ; à titre personnel, je reconnais humblement ne pas être un expert en probabilités, mais j’admets qu’une probabilité du hasard au regard des puissances de 10 annoncées semble « impossible », ce qui ne le sera jamais, principe de probabilité qui n’écarte aucune possibilité.

Toute la philosophie de la démonstration des auteurs s’appuie alors sur la stratification de ces éléments et leurs imbrications pour aboutir à un dessein unique, pourquoi pas. Se concentrer sur ces trois dimensions uniquement auraient pu suffire pour étayer le discours.

Sur la forme : c’est là où le bât blesse ; une démonstration scientifique a un mérite fondamental, c’est de suivre un protocole qui part d’hypothèses et qui aboutit à une ou des conclusions en passant par un cheminement intellectuel « acceptable ». Après avoir avancé ces éléments, nos auteurs s’embarquent dans un schéma de pédagogie par répétition qui frôle l’indigeste et qui aboutit à l’effet inverse, celui d’instiller un doute systématique… et oui, plus on me répète que c’est « indéniable » plus je doute. Plus on liste des éléments qui ne sont que des avis, plus je un doute. L’indigestion atteint son paroxysme au chapitre « Cent citations » qui répertorie les dires de populations, certes scientifiques, mais qui assemblées comme cela conduisent à une perception inverse – dans leur grande majorité, ces citations mentionnent des « croyances » des scientifiques et non des affirmations ou démonstrations étayées.

En complément, ce que les auteurs omettent, mais c’est certainement sciemment (cf deuxième partie) : l’absence de hasard, l’existence d’une intelligence qui conduit à cet univers globalement « réglé » permet d’émettre au moins l’hypothèse que la situation connue sur Terre ne soit pas la seule… si rien (ou presque) n’est laissé au hasard, rien n’interdit des situations similaires ; quelques milliards de galaxies ouvrent le champ du possible… mais ce serait contrer, ou du moins affaiblir, le principe d’anthropocentrisme qui fait l’objet de la deuxième partie.

Pour la deuxième partie, j’abonde les propos du Rat des champs ; c’est décevant – même si cela s’inscrit dans la logique et le but de l’ouvrage, démontrer l’existence de Dieu ; au moins le schéma de pensée des auteurs est cohérent. Je passe sur le destin du peuple élu et m’attarde un peu plus sur le miracle de Fatima : là également, le principe de démonstration est alambiqué car consistant à recenser avec un concentré de détails roboratifs les contre preuves qui permettent à l’auteur de conclure que c’est avéré du fait de l’insistance de certains à vouloir démontrer que c’était une supercherie.

Là où se niche la déception pour ma part : la première partie, fondée sur des hypothèses rationnelles et scientifiques, mêmes si elles écartent d’autres possibilités, nous emmènent du big bang au vivant. La deuxième partie se veut le lien entre Dieu et l’homme et relève, trop à mon sens, de cet anthropocentrisme évoqué plus haut et affaiblit le discours, outre le procédé utilisé toujours basé sur la répétition plutôt que la démonstration.

L’Univers a, à peu près, 13.8 milliards d’année ; la Terre en a 4.5 ; dans 6 milliards d’année, notre soleil en fin d’équilibre hydrostatique l’aura calcinée… cela laisse encore un peu de temps, mais on peut douter de la capacité de l’humanité à tenir jusque-là. Si les auteurs ne remettent pas en cause, bien au contraire, cette fin programmée, il ne la mette pas en perspective de cette verticale annoncée comme de cause divine (du big bang à l’homme) ; il est vrai qu’ils parlent toujours de causalité et non de finalité.

Donc un ouvrage protéiforme ; des pans entiers passionnants lorsqu’ils restent dans un schéma de démonstration rationnel, des phases irritantes de répétition, puis une réduction à l’homme plus faible sur le fond et la forme. Sur les trois dimensions fondamentales, citées au début, je recommande vivement Enfants du Soleil d’André Brahic, ouvrage passionnant dans lequel il évoquait d’ailleurs que l’anthropocentrisme dans l’appréhension de l’univers relevait de l’égoïsme pur et simple.

Manu_C - - 55 ans - 17 août 2022


Trop, c'est trop 6 étoiles

Beaucoup d’éléments intéressants dans ce livre, mais noyés au milieu d’un lot de maladresses, de redites et autres affirmations péremptoires.

Commençons par les points positifs :
- Une explication claire et compréhensible par tous de l’origine de l’univers (Big Bang), qui a eu un début et qui aura une fin.
- Une démonstration de l’impossibilité que cet univers ait pu exister par le seul fait du hasard, tant la cohérence des paramètres qui le constituent nécessite une précision mathématique nécessairement pensée et voulue.
- Comment la vie a pu apparaître à partir de la matière inerte. Il n’a jamais été possible de réaliser cette métamorphose.
- Un déchiffrage de phrases de la Bible, qui semblent être en contradiction avec la réalité des faits, alors qu’il faut les interpréter en fonction des symboles qu’elles représentent.
- Une description détaillée des évènements de Fatima en 1917, où le nombre de témoins exclut toute idée de supercherie ou d’illusion collective.

Malheureusement les points négatifs sont nombreux :
- Faut-il répéter dix fois, vingt fois, la même idée pour la rendre vraie et crédible… Cela provoque par lassitude exactement l’effet inverse.
- Une multitude de citations d’auteurs divers, qui bien sûr vont toutes dans le même sens. Cette énumération crée d’autant moins une preuve qu’on peut évidemment trouver autant de citations défendant le contraire. Et on en trouve d’ailleurs dans le livre, qui sont systématiquement décriées, voire traitées avec un certain mépris.
- Des explications sur les phrases de la Bible qui partent d’un a priori discutable. Il faut absolument, par tous les moyens, arriver à démontrer que tout ce qui est écrit est rigoureusement exact.
- Si les évènements de Fatima sont clairement exposés, pourquoi avoir occulté les autres miracles attestés par l’Église, à Lourdes notamment ?
- Une tentative d’explication du pourquoi de la douleur dans un monde créé par un Dieu tout puissant et infiniment bon. Mais il faut reconnaître que ce sujet, maintes fois traité, n’a jamais trouvé de réponse satisfaisante.
- Des développements pseudo-philosophiques lourds et peu crédibles.

Toute cela donne un ouvrage bien long, souvent ennuyeux car trop irrégulier. Quant à l’accroche commerciale, tapageuse et mercantile, on rappellera, et ce n’est pas mentionné dans le livre, l’épisode de Jésus chassant les marchands du temple...

Bernard2 - DAX - 75 ans - 23 mai 2022


Prétentieux et creux - du prosélytisme chrétien (mal) déguisé en essai pseudo-scientifique 3 étoiles

Comme « le rat des champs », j’ai découvert ce livre à l’occasion de l'interview télévisée (sur CNews) d’un des auteurs, Michel-Yves Bolloré, qui se trouve être le frère de Vincent Bolloré (ce qui est sans doute bien pratique pour obtenir un passage sur CNews !). A un journaliste aux questions complaisantes et aux digressions flatteuses (mais ce n'est pas de sa faute si le frère du grand patron est un génie ! :P), il présentait son essai, au titre ahurissant de prétention, comme une démonstration venant clore des siècles de débat philosophique… Je n’ai pas acheté l’ouvrage mais, atterré de le voir en vente parmi les best-sellers du moment, j’ai pris le temps (environ 30 minutes) d’une lecture diagonale en librairie. En fait, il est presque inutile de se plonger dans l’ouvrage tant la couverture, qui proclame fièrement « La science, nouvelle alliée de Dieu ! » est révélatrice d'un galimatias pseudo-scientifico-métaphysico fumeux et stérile. Passons rapidement sur la préface de Robert W Wilson, qui avait déjà (je ne sais si l’âge l’a rendu sénile ou s’il a besoin d’argent) apporté la caution scientifique de son prix Nobel de physique aux frères Bodganov, et entrons dans le vif du sujet. Le texte étant écrit en gros caractères, il se lit rapidement et l’impression que j’avais eu en écoutant Michel-Yves Bolloré se confirme donc rapidement : c’est aussi prétentieux que creux. En fait, la thèse de l’auteur est si simple qu'elle peut se résumer en quelques mots :

- La science démontre que le matérialisme ne suffit pas à expliquer et décrire le monde. Le monde n’est donc pas uniquement matériel. Il est donc aussi spirituel. Appelons Dieu la présence de l’Esprit dans le monde. Alors Dieu existe (d'où, par un saisissant raccourci : la science démontre que Dieu existe !)

Toute la première partie n’est que de l’enrobage, à base de "name-dropping" et de citations ou d’interprétations biaisées, et même parfois erronées, des théories scientifiques actuelles, afin de donner un semblant de crédit à cette assertion (qui m’a fait songer à un ouvrage, plus sérieusement argumenté d’ailleurs, intitulé « Matière et esprit », de Claude Paulot, que j’avais présenté il y a longtemps sur CL). Les pères fondateurs de la mécanique quantique s’ulcéraient des personnes qui confondaient la notion de lois probabilistes avec la notion de lois non-déterministes et en déduisaient l’existence du libre arbitre. Ici, les auteurs font, de même, des raccourcis caricaturaux (notamment sur les thèses opposées à la leur) et des rapprochements abusifs du genre : « l’univers aura une fin et a eu un début, c’est donc qu’il a été créé par quelque chose qui lui est extérieur » ou « l’univers et la vie sont trop complexes pour résulter du hasard, c’est donc que l’univers a été intentionnellement organisé et ajusté ». Ces interprétations hâtives ne sont guère originales : elles ramènent à la théorie du dessein anthropique, selon laquelle l’univers a été créé et réglé (par Dieu) dans le but de permettre l’existence de l’homme.

La seconde partie de l’ouvrage est en revanche plus singulière, mais encore plus discutable. Il s’agit d’une sorte d’exégèse des lectures critiques de la Bible pour, en quelque sorte, démontrer l’invalidité des réfutations usuelles fondées sur des lectures littérales alors qu'une interprétation scientifique du texte biblique en corrobore l'éclatante vérité. Là aussi, la thèse se résume aisément :

- Puisque Dieu existe, son message révélé est vrai. En conséquence, ce que dit la Bible (qui, étant le premier texte révélé, a donc valeur d'original) est vrai.

L’argumentation de cette assertion est très fragile et multiplie les interprétations tautologiques dans le sens qui convient aux auteurs. Il n’y a pas grand-chose à discuter : les déjà convaincus seront encore plus convaincus et les non convaincus souriront (ou s’irriteront) de déductions aussi péremptoires qu’arbitraires ...en s'effrayant qu'un tel ouvrage puisse avoir autant de succès !

Eric Eliès - - 50 ans - 1 février 2022