If We Were Villains
de M. L. Rio

critiqué par Dervla3012, le 8 août 2021
( - 18 ans)


La note:  étoiles
Un roman qui ne casse pas trois pattes à un canard
De quoi ça parle ?

Lever de rideau : scène d’ouverture. Oliver sort de prison après dix années passées à expier un crime qu’il n’a peut-être pas commis. Le commissaire en charge de son enquête à l’époque n’a jamais été convaincu de sa culpabilité, mais son jeune accusé, en véritable martyr shakespearien n’en a jamais démordu. À présent, de l’eau a coulé sous les ponts et le détective Colborne part à la retraite : il vient réclamer son dû, la vérité. Voici venue l’heure fatale de la pièce tragique car maintenant que Colborne n’a plus aucune influence sur cette affaire, Oliver accepte de lui livrer son histoire, ou pourrait-on dire, la mise en scène qu’a toujours été son existence.

***

Ils étaient sept, tous un archétype de théâtre :

Richard : le meneur, le chef
Meredith : la femme sensuelle
James : le bon
Wren : l’ingénue
Alexander : le méchant
Filippa : le bouche-trou ; dans un rôle tantôt féminin, tantôt masculin, elle comblait les vides en assumant les rôles secondaires moins importants
Oliver : le passe-partout, le non-genré qui, comme Filippa, était condamné à errer dans les limbes inextricables des petits rôles secondaires, voire tertiaires

Ils étaient sept, proches, très proches… trop assurément – je dirais comme les doigts d’une main si seulement nous possédions sept doigts. Bref : reprenons… – et tous étudiants dans une école d’art élitiste qui garantissait, sous réserve de l’obtention du diplôme, de vous ouvrir les portes dans tous les domaines du monde artistique concerné (théâtre, philosophie, arts plastiques, musique, etc.).

Mais une place dans une telle école ne s’obtient pas sans efforts : il faut être compétitif, assidu et impitoyable.

Alors Richard, Meredith, James, Wren, Alexander, Filippa et Oliver, étudiants en dernière année de théâtre, sauront-ils faire face à la pression ? Comment réagiront-ils aux embûches si, par exemple, leurs professeurs décident d’inverser tous les rôles auxquels ils sont habitués et d’organiser une pièce de théâtre complètement chamboulée. Juste pour rire bien sûr. Un héros tragique n’échappe jamais à son destin et tandis que les tensions montent, un crime est commis. Les amis restants s’en sortiront-ils indemnes ? Beaucoup de choses peuvent encore se passer jusqu’au dénouement de cette pièce macabre ; des personnes peuvent finir en prison comme Oliver. Le meurtrier sera-t-il démasqué ? Doit-il l’être ? Hâtez-vous ! Toutes ces questions devront être résolues avant que le rideau ne tombe à nouveau…

Mon avis :

Parmi les romans non traduits relevant de la Dark Academia, If We Were Villains de M. L. Rio est sans doute l’un de ceux qui fait/a fait le plus parler de lui : sa sortie a donné lieu à beaucoup de publicité et il a remporté un grand succès. On en vantait l’amour de la langue et le côté poignant de son récit.

Pourtant, j’ai été déçue. Selon moi, l’auteure a fourni le service minimum, l’effort strictement nécessaire à la construction d’un roman qui puisse tenir la route. Autrement dit : des personnages à peu près crédibles, qui nous font ressentir quelques émotions (mais pas trop), et une dose de mystère censée pousser le lecteur à poursuivre sa découverte de l’ouvrage.

Toutefois, il m’a semblé que rien de nouveau n’avait été amorcé : les personnages et les relations qu’ils entretiennent, bien qu’apparemment violentes et intriquées, sonnent creux. Les émotions et les passions, qui règnent et dominent le récit, partent dans tous les sens et n’ont aucune réelle signification.

La langue est fleurie et plutôt jolie mais, au fond, le quart du roman ne fait que reprendre mot pour mot des paragraphes entiers des pièces de Shakespeare.

En soi, le livre ne se détache guère du roman policier : crime avec victime dont l’identité n’est pas révélée (on sait que l’un des personnages sera tué, mais lequel ?), héros incriminé à tort et récit rétrospectif permettant d’identifier le véritable coupable. De plus, je me suis rendu compte au cours de ma lecture que, comme le genre de la Dark Academia est destiné aux lecteurs de la Young Adult (ce qui est relativement logique étant donné que toutes les intrigues se déroulent dans un cadre scolaire mettant en scène des étudiants entre 18 et 25 ans), ceci peut avoir des conséquences pernicieuses sur le récit : dans If We Were Villains, l’auteure met en scène les fameuses « quêtes d’identité » personnelles, émotionnelles, sexuelles, etc. qu’elle exploite jusqu’au ridicule. Tout geste ou action anodine sont amplifiés et distordus afin de générer de nouvelles crises existentielles

Pour conclure, If We Were Villains est un roman qui se lit bien, avec un style précieux et fluide. Cependant, je n’y ai rien trouvé qui casse trois pattes à un canard.