Syrie - Anatomie d'une guerre civile
de Adam Baczko, Gilles Dorronsoro, Arthur Quesnay

critiqué par Colen8, le 8 avril 2021
( - 80 ans)


La note:  étoiles
Fiascos diplomatiques et humanitaires
2011, c’était il y a dix ans. Les Printemps arabes donnent en Syrie le signal d’une contestation ouverte à l’encontre du régime dictatorial de Bachar al-Assad. Un peu partout durant les premiers mois fleurissent des manifestations pacifiques unies avec l’espoir de le rendre plus permissif. On connait la suite : des répressions violentes au mépris du droit, des bombardements sur les civils, les écoles, les hôpitaux, les mosquées, le basculement de groupes révolutionnaires dans des actions armées, les désertions d’une partie des forces militaires vers ce qui deviendra l’ASL (Armée Syrienne Libre) soutenue par les exilés et par l’étranger. En à peine deux ans tout s’est délité. Des facteurs multidimensionnels sont ainsi mis en avant par les chercheurs :
- la spontanéité synonyme d’impréparation, l’absence de coordination entre des centaines de milliers de primo manifestants complètement éparpillés sur le territoire, très vite handicapés par le manque de ressources et de financement pour affronter les armes lourdes de l’armée régulière syrienne
- les fluidités, les jeux d’alliances et de ruptures entre mouvements d’opposition tantôt alliés, tantôt ennemis qui les fragilisent et sèment le doute chez les observateurs externes
- l’ingérence des pays voisins poursuivant des objectifs contradictoires à visées hégémoniques qui amènent vite des clivages irréductibles entre les divers groupes ethniques et confessionnels aggravés par des fragmentations communautaires, socio-culturelles et politiques
- l’impuissance des occidentaux américains et européens, les désaccords au sein du Conseil de sécurité de l’ONU pour mettre un terme aux massacres et autres formes d’exactions : enlèvements avec rançons, rackets et trafics principalement sur les armes, l’alimentation et l’énergie, pillages des zones désertées par leurs habitants contraints par millions aux camps de réfugiés, à l’exil pour les plus aisés
- le débordement depuis l’Irak d’un jihadisme plus féroce et barbare que ses précédentes expressions conduisant à l’invasion victorieuse d’une partir de la Syrie doublée de la déclaration du Califat universel par Daech qui rompt ainsi avec la stratégie antérieure d’Al-Qaïda dont la cible prioritaire était les non-musulmans.
L’enquête socio-politique menée sur le terrain durant un peu plus de trois ans par ces chercheurs suffit à peine à démêler les fils embrouillés d’une situation qui ont amené les fiascos diplomatiques et humanitaires que l’on connait. Elle constitue un point de départ pour comprendre la genèse de ces conflits joignant les revendications identitaires de minorités au rejet de régimes autoritaires menacés dès lors que la force de répression politico-militaire leur fait défaut. A l’automne 2015, un tel scénario a été soudainement interrompu à la suite de l’intervention militaire de la Russie et de son soutien à la Syrie.