L'Alcoran : Comment l'Europe a découvert le Coran
de Olivier Hanne

critiqué par Colen8, le 21 mars 2021
( - 80 ans)


La note:  étoiles
Des siècles d’incompréhension mêlée de curiosité et d’hostilité
Le Haut Moyen Âge du pourtour méditerranéen à l’époque mérovingienne entrevoyait le monde selon un unique schéma de pensée. A côté des chrétiens se considérant seuls détenteurs de la vérité se côtoyaient des hérétiques, des juifs et des païens surtout pour les besoins des échanges marchands. L’expansion arabe au sud et à l’est de la Méditerranée au détriment des latins et des byzantins autochtones n’avait eu que peu d’écho. Les peuples orientaux, arabes, perses, turcs, mongols ou berbères étaient identifiés sous le terme unique de sarrasins. Le nom du Prophète Mahomet était une déformation de Muhammad mal entendu et mal orthographié, son culte assimilé à une Loi ou à une secte selon les cas, ses préceptes réunis dans un codex constituaient l’Alcoran.
La curiosité est apparue à l’occasion des croisades avec la redécouverte d’une partie de l’antiquité grecque dans les textes arabes. Des moines qui se sont alors efforcés de traduire l’Alcoran pour démontrer la supériorité du christianisme ont multiplié les contresens faute d’une connaissance suffisante de la langue et de ses structures si éloignées de celles du grec et du latin. A partir de la Renaissance les universités européennes ont instauré des cours d’arabe pour les besoins de la diplomatie avec l’empire ottoman durablement installé au Moyen Orient et en Méditerranée. Des alliances en apparence contre-nature se sont parfois nouées comme celle de François 1er avec Soliman pour tenter de réduire la puissance des Habsbourg en Europe Centrale. Puis la conquête des Amériques a détourné un temps l’intérêt européen jusqu’à la campagne d’Egypte de Bonaparte.
Au XIXe siècle la mode romantique de l’orientalisme ayant fait place à de nouvelles traductions combinées à une méthode dite historico-critique sur la Bible et le Coran tous deux d’origine sémitique ont accéléré la sécularisation du politique et voulu reléguer le spirituel à la sphère privée. Au siècle dernier la linguistique et la philologie ont encore modifié la lecture et la compréhension de ces livres à caractère sacré pour les croyants tandis qu’un dialogue interreligieux tentait timidement de s’instaurer face à la violence des plus fanatisés. La présentation faite par Olivier Hanne est une somme d’érudition à l’intention des esprits curieux de mesurer comment s’est élaborée la culture européenne supposée inclure la rationalité de la pensée à partir de l’exégèse des textes les plus anciens et des controverses relancées sans fin.