Histoire hypraordinaires
de Patrick Boutin

critiqué par Débézed, le 12 décembre 2020
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Homage à Poe
Il y a quelques semaines, je vous ai proposé un commentaire d’un texte court de Patrick Boutin en vous disant qu’il était un auteur très prolifique, je peux vous le confirmer aujourd’hui en vous présentant ce recueil rassemblant environ vingt-cinq (je n’ai pas compté mais je ne dois pas être très loin du compte) textes très courts, des contes ou des nouvelles fantastiques, absurdes, surréalistes. Ce nouvel opus est édité dans la même maison d’édition que le précédent et dans la même collection. Le titre évoque bien évidemment les fameuses « Histoires extraordinaires » d’Edgar Allan Poe, je regrette que ma lecture de ces de Poe soit beaucoup trop ancienne pour que je puisse établir un parallèle très fouillé entre les textes contenus dans ces deux recueils. J’ai aussi pensé à Oscar Wilde et à « Le portrait de Dorian Gray » dans certaines des histoires de Patrick Boutin.

Pour vous donner une idée des contes et nouvelles proposés par Patrick Boutin, j’ai choisi de vous présenter un très court résumé de quelques-uns de ses textes hypraordinaires qui s’achèvent toujours par une chute très inattendues et totalement surréalistes, voire absurdes et toujours drôles :

- L’histoire d’un lecteur fanatique de Balzac qui s’est fait tatoué toute son œuvre sur le corps et qui finalement en est mort.
- La concierge étrangement disparue retrouvée sous les marches pliée en forme d’escalier : La concierge est dans l’escalier
- A La laverie, un drap taché de sang ressort de la machine marqué de la figure du Christ, comme le Saint Suaire
- Un gueux affamé peut formuler trois souhaits, il choisit trois fois de demander de la nourriture que la lampe magique lui déverse en quantité phénoménale, le submergeant totalement. Aladin a peut-être visité l’auteur.
- Un milliardaire dissimule des diamant dans des lentilles, aucun des consommateurs ne l’a remarqué, personne ne s’est enrichi mais nombreux sont ceux qui ont rendu visite à leur dentiste.
- Il tombe sur sa mère qui était enceinte de lui, il n’est donc jamais né.

Chacun de ces textes comporte une allusion à une œuvre littéraire, à une formule convenue, à une chanson, à n’importe quelle formule orale ou écrite circulant comme un virus dans les populations. L’auteur possède une large culture et connait très bien ses classiques et tout aussi bien, même peut-être encore mieux, toute une collection de mots rares qu’il distille avec adresse tout au long de ses textes.

Ces histoires sont comme tous les contes drôles, amusants parfois hilarants mais on peut aussi y voir l’envie de montrer les limites de notre réalité, d’envisager la vie autrement, de croire en une autre forme de vie. « Apporte au monde impie la bonne parole : je me suis incarné sous cette forme pour soulager les hommes de leurs souffrances, et guider ceux-là qui se sont fourvoyés dans des liturgies et des rituels démodés ». Habilement, l’auteur a glissé dans une de ces histoires une allusion au contexte que nous connaissons actuellement : « Oui, ma vie était pour beaucoup terriblement casanière, mais je réalisais mon destin : survivre en ce bas monde en tentant de ne pas dépareiller les chaussettes ! ». Alors survivons en triant habilement nos chaussettes, le virus en sera certainement déconcerté et désorienté.