Max Laire, le Bricoleur de Mots
de Michel Delhalle

critiqué par Débézed, le 8 décembre 2020
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Hommage à Max Laire
Max Laire aurait été un auteur tardif et particulièrement discret, cela expliquerait pourquoi je n’ai presque rien trouvé sur sa vie et son œuvre à l’occasion de mes recherches. Tout ce que je sais je l’ai découvert en lisant ce recueil, Michel Delhalle connaît bien l’une et l’autre, il a eu des échanges littéraires personnels avec l’auteur. La préface qu’il propose brosse un portrait élogieux de ce personnage bien peu démonstratif mais tellement talentueux auquel il dédie ce recueil spécifique après avoir, en 2018, tenté de réaliser une compilation exhaustive de la production aphoristique belge. J’ai eu la chance de lire et commenter cette vaste et brillante anthologie, aujourd’hui, je trouve que c’est un bel hommage que l’auteur adresse à Max Laire en lui réservant cette place privilégiée dans son travail de recherche et de compilation. Il a trouvé suffisamment de bonne et belle matière pour constituer cet opus spécifiquement dédié.

Dans ce recueil Michel Delhalle « aimerait proposer un panorama le plus large possible et le plus complet de l’œuvre de Max Laire et montrer la richesse et la diversité de son immense talent ». Pour ce faire, il a recensé les aphorismes qu’il a publiés, ce qu’il appelle des historiettes, des textes inédits des « autres » où figurent divers écrits et « Le carnet ». Il présente Max Laire comme un « bricoleur des mots » sans aucune formation littéraire. Il confie qu’il « sait manier les mots avec humour et élégance et fait montre d’un talent poétique indéniable. Ses livres sont empreints d’originalité et d’humanisme ».
Moi, je dirais surtout que j’ai lu des traits d’esprit d’une extraordinaire finesse, empreints d’humour, (« Débiter de l’humour pour en faire des planches de salut »), de dérision, de poésie, de sensibilité,
pointant l’absurdité de certaines situations, les limites du vocabulaire et de la combinaison des mots…. Il a tellement à découvrir dans ces petits copeaux de textes ! J’ai retenu quelques exemples, j’aurais pu en choisir d’autres, « Tout est bon chez elle (lui), y a rien à jeter » comme chantait Brassens. Il faut vraiment avoir un esprit très affuté pour trouver de tels aphorismes :

« Être le thermomètre de la chaleur humaine de l’autre. »
« En prospectant une mine de rien, il découvrit un trésor. »
« Les feuilles dégouttantes de pluie sont propres. »
« Il peut arriver que vos yeux n’en croient pas leurs oreilles. »
« Allergique au vent, souvent il éternue quand elle parle. »

Ses « Réflexions peu sérieuses à mettre entre toutes les mains » sont pertinentes, impertinentes, mais surtout pleines de bon sens, elles devraient inspirer ceux qui cherchent à améliorer le sort des populations.

« Rien de plus vivant qu’un cimetière à la Toussaint ».
« Faire l’école buissonnière pour suivre le cours d’une rivière ».

Je ne voudrais pas oublier d’évoquer ses « historiettes », véritables micro nouvelles, comme celle-ci : « Pour m’amuser, il m’arrive de jouer le rôle d’un ancien acteur célèbre se promenant dans une ville, en faisant tout pour ne pas être reconnu. Je suppose que mon travail de composition est vraiment au point, car je passe totalement inaperçu. »

Et nous pourrons regretter que certains aphorismes soient restés inédits ou … nous réjouir qu’ils ne le soient plus :

« Il a le plus beau et grand respect pour la gravité. D’où la chute de ses idées vers le niveau le plus bas ».
« Devenir chiffonnier, collectant des déchets de sagesse ».
« Il lui confia un sourire en la priant de bien vouloir le garder ».

Pour conclure, je voudrais rester sur cette réflexion qui pourrait en interroger certains : « il devrait exister un vestiaire pour les vérités », il y en a tellement qui circulent sans avoir été validées.