Le Pape nous propose un monde de fraternité, une mondialisation de la fraternité. La fraternité, nous dit-il, est un monde où l’autre serait toujours un frère, quoiqu’il arrive et où qu’il soit dans notre « maison commune ».
Il commence par nous faire un état du monde actuel qui, décidément, est très décevant : l’Europe a perdu son idéal de départ qui était un idéal de paix et de justice, basé sur les valeurs de son héritage judéo-chrétien ; c’est devenu une union pour le commerce et la finance où les profiteurs ont pris le pouvoir aux dépens des plus pauvres.
Le Pape condamne la mondialisation telle qu’elle se passe aujourd’hui : la mondialisation avec ses délocalisations, profite aux pays les plus riches qui tiennent sous leur coupe les pays les plus pauvres. Il condamne tout autant les dictatures qui recherchent la richesse en violation de toutes les lois sociales et du respect des travailleurs.
J’ai trouvé cette première partie très pessimiste mais d’une justesse confondante.
Comme remède le Pape nous propose la fraternité et nous donne en modèle le bon Samaritain. Celui qui s’est soucié de son prochain alors que des ecclésiastes étaient passés sans s’arrêter. Et il constate que beaucoup d’athées pratiquent mieux les valeurs des Évangiles que bien des chrétiens ; son explication c’est que Dieu a semé une parcelle de bien dans la conscience de tous les hommes qu’ils soient croyants ou athées.
Jusque là, cette encyclique est époustouflante. Après ça, le Pape étudie tous les problèmes du monde. C’est toujours plein de bon sens mais c’est parfois fastidieux. Le Pape propose toujours les mêmes remèdes : la fraternité, le partage des biens et, ce qu’il appelle, « l’amitié sociale ». A propos de la propriété privée, il a des vues très particulières mais néanmoins très chrétiennes : la propriété privée est un droit, nous dit-il ; mais la destination des biens de la terre est universelle et, par conséquent, ils doivent rester à la disposition de tous. A propos des ressources qui se trouvent dans un pays en particulier, le Pape admet qu’elles soient exploitées par ceux qui en ont la compétence « à condition de respecter le principe premier de la destination commune des biens ». En échange, les pays riches doivent se donner la capacité d’accueillir les populations des pays en difficulté.
Oh-la-la ! Si j’osais, je dirais que le Pape traite par dessus la jambe l’immense problème de la migration des peuples, une migration qui ne fait que commencer… Mais son raisonnement est d’une logique implacable : partageons les biens de la terre, ils appartiennent à tous, il y en a pour tout le monde, nous sommes tous frères, nous vivons tous dans la même « maison commune »… Et il se veut très pragmatique : il faut supprimer les frontières, détruire les murs, distribuer des visas, des papiers, du travail, exploiter les compétences des nouveaux arrivants, s’intéresser à leur culture et les intégrer…
Certains diront : c’est facile à dire !
Ensuite le Pape s’adresse aux dirigeants et, plaise au ciel qu’il soit écouté en haut lieu ! Il dénonce les populistes qui dénaturent le beau terme de « peuple », il dénonce leur politique mensongère et à courte vue dont le but est de gagner des voix aux élections. Il fait la démonstration pour les socialistes que l’argent distribué aux pauvres n’est pas « la » solution ; ce qui compte c’est de partager le travail entre tous pour qu’il n’y ait plus d’exclus. Il condamne dans un même élan les néo-libéralistes avec leurs théories du « ruissellement », des « retombées », de la « main invisible » et il condamne encore, avec la même virulence, les politiciens qui se soumettent au diktat de la finance.
Mais il reconnaît qu’aucune organisation sociale ne peut réussir tant que l’homme fera passer son égoïsme avant son sens des autres. Autrement dit, c’est toujours la même chose : il faut changer l’Homme. Le Pape s’applique, avec beaucoup de conviction, à démontrer que c’est possible. J’ai pourtant l’impression qu’il ne convaincra pas tout le monde…
Il reste à dire, pour terminer cette critique « éclair ! », beaucoup trop longue, que le style des encycliques de François nous change de ce qu’on avait toujours connu. Les encycliques des Papes précédents étaient pompeuses et ampoulées. Chaque mot était pesé, mesuré, réfléchi. Chaque proposition était entourée de circonlocutions pour en déterminer la portée et se préserver d’une mauvaise interprétation. Tout ça c’est fini : le Pape François a des choses à dire et il les dit comme il les pense.
Même si il y a des insistances qui peuvent paraître répétitives, ses écrits sont d’une lecture facile et à la portée de tous. Et c’est toujours réconfortant, me semble-t-il, que l’on soit croyant ou non croyant, de lire une voix de la sagesse dans ce monde de fausses nouvelles et d’informations censurées ou manipulées selon les diktats de la classe politique au pouvoir.
Saint Jean-Baptiste - Ottignies - 89 ans - 3 décembre 2020 |