Au bonheur des dames
de Agnès Maupré

critiqué par Shelton, le 5 octobre 2020
(Chalon-sur-Saône - 65 ans)


La note:  étoiles
Vous avez dit Zola ? Au bonheur des dames ? Les Rougon-Macquart ? A vous de voir...
La lecture ou relecture des grands classiques fait partie intégrante de la lecture. Mais, c’est vrai, chacun d’entre nous n’a pas les mêmes repères quand on parle de classiques, ni les mêmes souvenirs, ni la même culture. Balzac, Zola, Flaubert… et, d’une façon générale, tous les romanciers du XIX° siècle ne sont pas perçus de la même façon. Ma mère adorait Balzac et a tenté de nous le transmettre mais elle aimait moins Zola que l’on a découvert seuls. C’est à la fin de mon adolescence que j’ai lu mes premiers Zola grâce à mon parrain qui m’a offert l’Intégrale des Rougon-Macquart. Or, il me faut avouer ici que dès que je les ai lus, tous, j’ai refermé l’œuvre et n’y suis presque pas retourné à une exception près. En effet, j’ai eu l’occasion de relire Germinal, de le décortiquer, de l’analyser sous toutes les coutures ce qui m’en a éloigné définitivement, du moins jusqu’à aujourd’hui…

Par contre, j’ai relu de façon régulière des romans de Balzac ou Flaubert… Zola, non. Mais il ne faut jamais affirmer trop vite que l’on n’y reviendra pas car cet été, quand j’ai vu arriver la bande dessinée d’Agnès Maupré, « Au bonheur des dames », je me suis laissé tenter… Et si j’y revenais à ce Zola…

Il faut d’abord préciser que cette adaptation en bande dessinée est de très grande qualité. Ici on n’est pas dans le classicisme austère. Le graphisme d’Agnès Maupré et les couleurs de Grégory Elbaz nous entrainent immédiatement dans une féerie dramatique. Féerie car il y a du rêve, du dépaysement, du bonheur… mais dramatique car dès les premières planches, il y a la misère, l’exploitation, le mensonge, le profit, la trahison…

Mais, il y a bien autre chose dans cet ouvrage et je ne m’en étais pas assez rendu compte en le lisant il y a une cinquantaine d’années. Zola, avec ce roman, « Au bonheur des dames », avait écrit une magnifique, une terrible critique du capitalisme naissant, de la société de consommation initiale. Cette critique n’a pas pris une ride, pas vieilli d’une once… que dis-je, elle est totalement d’actualité et Agnès Maupré joue avec cela car elle sait bien qu’aujourd’hui cette critique est peut-être d’autant plus audible !

Alors, quand on a lu avec autant de plaisir cette bande dessinée, on interroge sa mémoire : Zola était-il aussi pertinent ? Le roman «Au bonheur des dames» peut-il être lu avec plaisir (et même bonheur !) aujourd’hui encore ? Pour répondre à cette question, il n’y avait qu’une solution, relire le roman ! Il fallait juste s’y mettre !

Nous voici donc replongés dans cette période particulière du Second Empire, au moment où la bourgeoisie met en place des grands magasins, quand le commerce au cœur des villes est en pleine expansion…Nous sommes aussi dans une histoire sentimentale, marquée d’un peu de romantisme… Denise se fait embaucher au « Bonheur des dames » car elle pense que c’est la seule solution pour survivre… Mais je n’ai pas l’intention de tout vous raconter car cette lecture me semble une incontournable par les temps qui courent…

Je ne peux que féliciter Agnès Maupré d’avoir réalisé ce travail de vulgarisation, de médiatisation ou de mise sous la lumière d’un roman que l’on avait peut-être oublié dans la poussière… Alors, il faut lire cette bande dessinée et ne pas s’empêcher de reprendre (ou prendre) le roman de Zola qui est à l’origine de cela…