Grégoire et le vieux libraire
de Marc Roger

critiqué par Cyclo, le 17 septembre 2020
(Bordeaux - 76 ans)


La note:  étoiles
l'amitié improbable
Je connaissais Marc Roger, l’infatigable lecteur (et marcheur, voir ses autres livres sur le site CL), mais là je dois dire qu’il m’a bluffé. Il crée ici le personnage de Grégoire, un garçon fruste et qui a loupé ses études, engagé dans un EHPAD comme aide-cuisinier et qui rencontre un vieux résident, M. Picquier, ancien libraire ; ce dernier a meublé sa chambre des 3000 livres qu’il a pu préserver. Malheureusement, il est affligé de la maladie de Parkinson (et d’une baisse terrible de la vue), et ne peut plus lire. Peu à peu, les deux vont s’apprivoiser et le vieux libraire demande au jeune homme de lui faire la lecture, en lui enseignant peu à peu l'art subtil de lire à haute voix : "Tu sélectionnes les textes drôles ou sérieux que tu souhaites partager, et peu à peu, s’élabore une toile au centre de laquelle tu peux te promener comme bon te semble".

Grégoire, dix-huit ans, abasourdi et qui n’aimait pas lire (croyait-il), orphelin de père, vit avec sa mère, couturière à domicile. Il va se révéler un lecteur hors pair ; le libraire lui fait lire, pour commencer, "L’attrape-cœur" de Salinger, qui fait mouche : Grégoire fait la découverte de la lecture et de la joie de lire. La directrice lui accorde d’abord une heure, bientôt les deux voisines de M. Picquier demandent à assister aux lectures. Pour les appâter, il propose à Grégoire des nouvelles de Maupassant. Grégoire fait des jaloux parmi le personnel. On se moque de lui, le "mignon" du libraire dont tout, le monde sait qu’il est gay, mais M. Picquier s'en fout: "Bon, ici, j’en connais, quand tu vois le niveau de leurs enfants, tu te dis que t’as bien fait d’être pédé". Petit à petit, ses heures de lecture vont s'élargir.

Pas facile de se lier avec un vieux monsieur dans une maison de retraite. M. Picquier va jusqu'à lui demander de faire sa toilette ! Grégoire apprend l’amitié avec le goût de la lecture : ça change la vie du jeune homme et rend le courage de vivre ses derniers mois au vieil homme. Parallèlement, il fait connaissance d’une infirmière le la maison, Dialika, sénégalaise, dont il tombe amoureux. Elle lui révèle l’amour physique et ne manque pas de lui dire sa pensée au sujet de nos maisons de retraite ; "Dialika m’avoue être choquée par le sort qui nous est réservé quand on ne sert plus à rien dans notre société soi-disant avancée. Cette façon que nous avons de réunir nos anciens hors la vie du village, du quartier où se trouvent leurs attaches matérielles et humaines, de les parquer hors sol comme nous faisons, et surtout notre façon d’exploiter la fin de vie en créant des services comme on gère des produits".

Devenu un "mordu de la lecture", il va pouvoir accompagner les résidents, la lecture à haute voix valant bien des antidépresseurs (selon le propre médecin de l'EHPAD)… Une histoire très simple (on pense parfois à "La tête en friche", mais les deux romans gardent leur originalité), dans laquelle tout lecteur va se reconnaître, pour peu qu’il ou elle aime partager ses lectures.

Merveilleux ! Un excellent livre qui fait du bien, en parlant des personnes âgées, ces personnes tellement oubliées dans notre société, livre qui en parle sans condescendance, avec un grand réalisme et avec tact. Grâce à la lecture et à l'amour, le jeune homme devient adulte et sort de sa vie étriquée. La marche n’est pas oubliée et il va accomplir le vœu terminal de M. Picquier, aller faire une lecture à Aliénor d'Aquitaine dans l'abbaye de Fontevraud qu'il rejoint à pied (250 km) : "Dès que tu marches, tu n’es plus un vivant ordinaire. Tu deviens le curseur de ta vie dans l’espace et le temps. Sans en être conscient, tu accèdes au présent le plus pur en n’ayant pour passé qu’horizon qui s’éloigne, pour futur qu’horizon qui s’approche, un présent absolu dans l’alliance illusoire de l’esprit et du corps".

Et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mes vieux amis en EHPAD ou même chez eux, esseulés et désespérés d’être encore plus confinés. Nouvelles consignes: deux visites seulement par semaine ! Alors qu’ils ont tant besoin du secours de l’amitié, du partage solidaire, de la joie qui vient de l’extérieur… Ils ou elles en arrivent à me dire que ce n’est pas le covid qui va les tuer, mais la solitude et l’isolement.
Un bon livre c'est... 6 étoiles

Pour le vieux libraire, M. Picquier, ce sont les 3000 livres dont il n’a pu se séparer en quittant sa librairie, encombrant totalement sa petite chambre de la résidence pour personnes âgées Les Bleuets.
Pour Madame Morel, c’est celui qui l’aide à mourir dans la sérénité.
Mais pour Grégoire, employé de la résidence, il n’y a pas de bon livre ; il n’y a que de l’ennui.
Mais ça, c’était au début du roman.
Sa rencontre avec M. Picquier bouleversera sa vie et pas seulement la sienne.
" M. Picquier est un vieillard qui me donne ma chance. Grâce à lui, je suis lecteur."

Je ne sais pas si Marc Roger a écrit un bon livre, mais il est sûr que c’est un livre "bon". Un livre plein de bonnes personnes et de bons sentiments.
Mais est-ce qu’un livre bon fait un bon livre ?
C’est certes une lecture agréable et sympathique mais un peu trop gentille et prévisible à mon goût.
Pour moi, un peu déçue, c’était un livre bon plus qu’un bon livre.

Marvic - Normandie - 64 ans - 12 avril 2022


De belles rencontres 9 étoiles

Rencontres dans le cadre d’une Maison de retraite, devenue Ehpad ce qui en dit long, entre une jeunesse pleine de bonne volonté et en plein désarroi et une vieillesse dégradée physiquement mais encore étincelante intellectuellement. Rencontre réconfortante qui apparait finalement pour l’auteur plus comme une envie ou un rêve qu’une réalité. Car on se plait à rêver de cette transmission de la lecture entre ces générations dont les univers et les vies sont si éloignés et qui permettrait de comprendre à quel point elle est essentielle pour se découvrir, se connaître pour mieux vivre et mourir...

Pourtant en dehors du rêve il y a une réalité parfaitement juste et décrite dans ce petit livre plein d’humanisme. Réalité qui fait frissonner surtout, il faut bien le reconnaître , lorsqu’on se trouve du côté de la dernière tranche de cette vie entourée de murs et sous dépendance. Réalité cruelle aussi pour Grégoire de se confronter, à 18 ans, à la vieillesse dans un univers si éprouvant .

Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’énergie et surtout l’humour qui anime cette lecture permet de supporter cette description de la vie dans cet Ehpad. Le narrateur Grégoire, donne une dynamique qui nous permet de suivre avec intérêt et compassion cette belle expérience de la transmission de la Lecture par le vieux libraire , cet homme incroyable qui va se battre jusqu’au bout pour transmettre mais aussi préparer sa mort. Grâce à cette simple proposition de Grégoire de faire la lecture au vieux libraire dont les quatre murs de la petite chambre sont recouvert de mille livres qu’il ne peut plus lire car atteint de la maladie de Parkinson, Grégoire va recréer chez lui une étincelle qu’il croyait impossible. Car dans ces établissements que certains nomment “mouroirs” beaucoup s’éteignent sans espoir de joies et d’intérêts alors qu’il serait possible de leur offrir bien autres choses que des soins dont certains ne veulent plus...

Il y a de belles réflexions sur la façon dont Grégoire et Le vieux libraire se découvrent, sur les maladresses et les emportements, la solidarité entre certains habitants de cette mini ville clôturée, les amitiés possibles, les abandons des familles, la cruauté, mais aussi paradoxalement, sur l’amour de la nature que va découvrir Grégoire, sans doute exacerbé par le spectacle de l’enfermement et de la dégradation.

Mais surtout l’héroïne de ce roman est bien la Lecture qui va transformer Grégoire, redonner vie au vieux libraire et va s’infiltrer dans l’établissement et rayonner entre les occupants.

Du rôle d’aide-soignant Grégoire va passer à celui de” Lecteur” dont il est fier lui qui se croyait bon à rien, malgré l’incompréhension de sa mère qui ne comprend pas qu’il puisse s’agir d’un vrai métier.
La dernière partie s’apparente à une initiation et rejoint le rêve auquel on veut croire.

Livre fort et convaincant sur le rôle de la lecture et le respect que l’on doit à la vieillesse.

Pieronnelle - Dans le nord et le sud...Belgique/France - 74 ans - 5 février 2022


Petit scarabée ! 7 étoiles

Marc Roger est lecteur public. Il organise des lectures partout en France et principalement dans des librairies. En 2014, il a été le Coup de Cœur du Jury du Grand Prix Livres Hebdo pour son extraordinaire rôle de passeur entre les livres et le grand public.
"Grégoire et le vieux libraire" est son premier roman.

Grégoire est un jeune homme au parcours scolaire chaotique (...) Il travaille comme apprenti cuisinier dans un EHPAD.
Mr Picquier est un ancien libraire à la retraite, atteint de la maladie de Parkinson qui ne lui permet plus de se livrer à la passion de sa vie; lire !
Une relation amicale forte va se nouer entre ces 2 personnages, un "compagnonnage" qui permettra à Grégoire de découvrir la littérature, la lecture à haute voix et le sens de la vie.
Les naufrages de la vieillesse face à l'envie, la fougue de la jeunesse.

Un roman d'apprentissage, hommage à la littérature, à l'amitié, aux passeurs d'histoires.
Le vieillissement comme outil de transmission.
Tout dans ce roman transpire la vie de l'auteur (son métier, l'Afrique, la marche, la littérature)
J'avoue avoir passé un bon moment de lecture même si nous ne sommes pas face à un Grand roman.
Du bon sentiment sans trop de pathos !

Frunny - PARIS - 57 ans - 5 janvier 2022