Lettre d'amour sans le dire
de Amanda Sthers

critiqué par Pacmann, le 9 avril 2021
(Tamise - 56 ans)


La note:  étoiles
Un vrai coup de coeur
Alice n'a jamais eu de chance avec les hommes. Nordiste et d'origine très modeste, abusée et maltraitée durant son adolescence, cette fille-mère s'est partagée entre sa fille et sa charge de professeur de lettres, sans jamais pouvoir s’affirmer.

Une fois sa fille mariée à un homme riche, elle vient vivre avec elle à Paris.

Sa rencontre avec un homme japonais pratiquant le shiatsu va lui ouvrir un monde empreint d'une infinie délicatesse et la réconcilier avec elle-même. Un an durant, elle entreprend l'apprentissage de la langue et de la littérature japonaises, s'apprêtant à révéler à cet homme des sentiments qu’elle espère réciproques.
Mais l'homme disparaît soudainement et Alice entreprend alors la rédaction d'une très longue lettre sans savoir si elle sera lue un jour.

Tout n'est que poésie, tendresse et retenue dans ce courrier, où la femme qui s’est fanée, se dévoile et renaît progressivement de sa rencontre avec cet homme respectueux et bienveillant. Il éveille en elle sa curiosité et amorce une forme de réconciliation avec elle-même. Comme si la révélation d’elle-même ne pouvait être possible que grâce à la confrontation d'une culture étrangère et la transcendance du non-dit.

Une infinie mélancolie imprègne ce très beau roman épistolaire qui, avec une grande pudeur, fait s'épanouir l'espoir de résurrection d’une femme en carence d'amour.

Un vrai coup de cœur d’un petit roman que j’ai déjà lu deux fois, tellement il est touchant et émouvant.
La délicatesse pour réparation 8 étoiles

Le résumé n’a pas l’air très consistant, mais l’histoire est très jolie et le style m’a emportée.
Alice Cendres, la narratrice, écrit à son masseur japonais. A 48 ans, elle vit seule et sa fille s’est éloignée d’elle lorsqu’elle a épousé un homme riche ("Ma fille semble désormais connaître le prix des choses mais avoir oublié la valeur de l’essentiel."). Sa vie semble s’être arrêtée car elle n’a plus de projets (elle a pris une retraite anticipée en tant que professeur de français). Lorsqu’elle commence ses séances de massage, elle reprend petit-à-petit confiance en elle, renoue avec son corps, se réconcilie avec ses sensations, revisite son passé et tombe amoureuse de celui qui rend cela possible, avec beaucoup de délicatesse et sans mots. Du coup, Alice se met à apprendre le japonais.
Alice descend d’un père bûcheron et analphabète, de parents pauvres et qui ne connaissaient pas la bienveillance ; elle est tombée enceinte à dix-sept ans et s’est enfuie de chez elle.
Ce roman est tout en délicatesse et le lecteur se réjouit de voir renaître une femme qui sort de sa chrysalide.

Pascale Ew. - - 54 ans - 12 octobre 2021