La nuit, j'écrirai des soleils
de Boris Cyrulnik

critiqué par Marvic, le 26 février 2020
(Normandie - 62 ans)


La note:  étoiles
De l’importance de l’écriture
On retrouve dans ce dernier livre de Boris Cyrulnik les thèmes chers à l’auteur, à découvrir pour de nouveaux lecteurs, une piqûre de rappel pour les autres, éclairés par les progrès des neurosciences, des imageries médicales, de l’éthologie.
Après avoir rappelé la différence entre oral et écrit, l’auteur confirme l’importance de l’écriture :
"Rien n’est fixe. Tout peut être remanié quand on sait faire un récit", citant des écrivains et des poètes aux enfances perturbées et/ou difficiles aussi variés que Anne Sylvestre, Jean Genet, Rimbaud, Romain Gary…
Des mots qui peuvent être écrits pour témoigner, pour rêver mais qui sont toujours soumis à l’interprétation des lecteurs, qui eux-mêmes lisent et les interprètent à l’aune de leur expérience ; que ce soit des romans, des écrits religieux ou guerriers, l’objectivité n’existe pas.

L’écriture au fil de l’histoire a changé de rôle, des sumériens, il y a 6000 ans, aux confessions autobiographies, à l’écriture comptable du Moyen-âge, à la naissance du roman au XVIII° siècle.

Le plus instructif, à mon avis, c’est le pouvoir de "guérison" des mots : "dans les syndromes psychotraumatiques le traumatisé ne fait que répéter l’image de l’horreur, renforçant ainsi la mémoire qui le terrorise. Trahir le trauma en le racontant, en l’écrivant, en le filmant, en le peignant, c’est se resocialiser et devenir créateur de ce qu’on raconte. Nous, êtres humains, sommes l’espèce la plus douée pour nous soigner grâce aux leurres. Il faut que la tromperie soit jolie, effrayante ou surprenante pour qu’elle s’inscrive dans la mémoire et devienne le jalon d’une autobiographie."
Son témoignage pourra surprendre (ou pas) en révélant l’importance des névroses dans l’écriture :
"Merci ma névrose ! Si j’avais été équilibré, j’aurais accepté une aventure sociale accessible, sans souffrance et sans rêves, qui m’aurait rendu platement normal."

Un livre très intéressant sur le pouvoir de l’écriture même si je me suis un peu perdue dans la lecture de ces chapitres où j’ai eu du mal à saisir l’enchaînement avec un vocabulaire qui n’est pas (ou plus) à ma portée.