La révolte d'une interne - Santé, hôpital : état d'urgence
de Sabrina-Aurore Ali Benali

critiqué par Page , le 22 février 2020
(Rennes - 36 ans)


La note:  étoiles
Cela urge de s’occuper des causes de l’encombrement aux urgences
Cet ouvrage est paru chez les éditions du Cherche-Midi en 2018 et réédité en 2020 chez J’ai lu. C’est un tableau de l’hôpital public du XXIe siècle, vu de l’intérieur. L’auteure a passé son enfance dans le Tarn-et-Garonne. On y découvrira, par des exemples précis, en quoi les conditions de travail y sont désastreuses en particulier mais pas seulement aux urgences. Dans ces dernières, on est débordé car nombre de patients y ont recours par défaut ou par caprice ; en vingt ans le nombre de consultation a doublé dans ces services. Des patients décèdent là avant d’avoir pu voir un médecin… Le fait que l’on ait fermé de nombreux petits établissements hospitaliers est évidemment également une cause de cet engorgement. Renvoyer le plus de patients chez eux (médecine ambulatoire), donc sans offrir un lit, a pour conséquence entre autre des allers-retours aux urgences (page 157).

Comme dans d’autres ouvrages, on mesure, dans l’avant-propos, les conséquences du fait que la plupart des EHPAD n’ont pas d’infirmière de nuit, ceci par souci d’économie. Les aides-soignantes, seules présentes la nuit dans l’établissement, qui appellent Sabrina Ali Benali (alors médecin remplaçante aux Urgences Médicales de Paris) n’ont pas l’accès à l’armoire à pharmacie car non habilitées à donner les médicaments qui sont recommandés. Une aide-soignante dispose de six minutes pour faire la toilette d’une personne en EHPAD, « alors que la lenteur et la douceur leur sont nécessaires, nous ne leur offrons que rudesse et rapidité » (page 120). L’auteure est d’ailleurs une des personnes à l’origine d’une pétition pour le respect de la dignité des patients et des soignants dans les EHPAD (page 211).

Aux pages 172 et 173, Sabrina Ali Benali donne huit pistes pour améliorer la situation, celles-ci font consensus parmi l’ensemble des syndicats de soignants. Au passage, on sera confirmé que la déontologie du métier qu’on exerce est très largement inconnue dans le milieu journalistique d’aujourd’hui, et on ne sera pas surpris d’en trouver une illustration avec Patrick Cohen. On comprend mieux les violentes réactions de certains gilets jaunes, face aux récents malheurs de Benjamin Griveaux, en relisant les propos très méprisants que ce dernier a tenu sur les premiers (page 16).