Mishima: Ma mort est mon chef d'oeuvre
de Patrick Weber (Scénario), Li-An (Dessin)

critiqué par Vince92, le 24 juillet 2020
(Zürich - 43 ans)


La note:  étoiles
Vies de Mishima
Yukio Mishima; de son vrai nom Kimitake Hiraoka est sans doute l'un des hommes de lettres les plus connus du Japon. Auteur à succès de son vivant, devenu une véritable légende à sa mort en 1970 lors de sa tentative de putsch rocambolesque qu'il conclura par un suicide par seppuku devant les journalistes, une partie de l'armée japonaise rassemblée devant l'immeuble servant de théâtre à la dernière représentation de son personnage aux multiples facettes, aux multiples masques comme se plaît à le rappeler Patrick Weber, le scénariste de ce roman graphique paru l'an dernier (2019) et qui retrace la biographie de cet être d'exception que fut Mishima.
Né avant guerre dans une famille dominée par la figure autoritaire de la grand-mère Natsuko, le petit Kimitake ne grandira pas à l'égal des autres enfants japonais: surprotégé, brillant élève, il sens très jeune la différence qui va croître en lui après guerre et son entrée en littérature. Tour à tour auteur, acteur, mari, père, athlète, journaliste, homosexuel, voyageur, militant nationaliste; autant de masques qu'il aura à revêtir au cours d'une vie tumultueuse et qui se démarque dans un pays pétri de traditions mais en constante révolution depuis la défaite de 1945.
Patrick Weber signe une belle biographie de l'écrivain, auteur de la Mer de la Fertilité à partir de Confessions d'un masque, premier succès de Mishima. Les événements historiques, intimement liés à la vie de Mishima sont relatés au début de chacun des chapitres de la vie de l'écrivain et son évolution est dès lors mise en relief au cours d'un parcours qui semble dès l'origine tracé: un destin auquel Mishima ne pouvait échapper. Les dessins qui illustrent l'album par Li-An sont en revanche assez faibles, en noir et blanc ils semblent assez maladroits et déstabilisent le récit par moments (ainsi de la tentative d'assaut par la police tokyoïte, page 233-234 par exemple).
Le sujet, assez méconnu du public français malgré les coups de projecteur de Marguerite Yourcenar sur cet auteur controversé et son traitement, sur la base d'une de ces oeuvres, font néanmoins de cet album une réussite évidente.