Le Pays de l'écriture
de Silvia Baron Supervielle

critiqué par Fee carabine, le 10 juillet 2004
( - 50 ans)


La note:  étoiles
Un art poétique de l'Exil
"Le Pays de l'écriture" est un livre inclassable, pas de la poésie à proprement parler, non, plutôt un lente méditation sur l'exil, la langue maternelle et la langue étrangère, l'éloignement et le pouvoir de l'imaginaire. Silvia Baron Supervielle y brasse ses souvenirs d'enfance et du pays natal, la poésie mystique de Juana Inès de la Cruz, Cicéron et les poètes Elizabéthains, l'art de la calligraphie, le cours de la Seine et la fenêtre qui ouvre sa pièce de travail sur le monde extérieur. Et surtout, Silvia Baron Supervielle parle de l'éloignement, du manque, de l'absence, de l'exil et de ce sentiment de n'être plus d'aucun rivage, et puis elle nous parle de l'impuissance des mots combler ce vide qu'ils sont pourtant les seuls à pouvoir endiguer. "Le Pays de l'écriture" est le récit de la longue attente du surgissement de la langue primordiale, cette langue qui nous permettrait de transcrir les paroles de notre voix intérieure. Une quête qui aboutit dans la paix d'un espace ténu entre parole et silence: "Autour de moi, le silence se construit, des mots rejoignent la voix. Ici, il n'y a pas de temps ni de saisons. J'écris pour faire durer ta voix qui est devenue la mienne. Renoncer a déjà eu lieu et partir recommence. Les exemples fusent dans mes yeux comme des étoiles qui brillent sur la mer. En accueillant ta voix, j'ai accueilli ma langue. La nuit s'ouvre sur le Pays de l'écriture."

Silvia Baron Supervielle est née à Buenos Aires et vit depuis de longues années à Paris. Elle est traductrice (de Jorge Luis Borges et de Roberto Juarroz notamment), et elle est aussi l'auteur - en Français - d'un très beau roman sur le thème du déracinement: "La Rive Orientale".