L’auteur est petit fils de Léon Buchholz, natif de la Galicie, région située actuellement au Nord-Ouest de l’Ukraine. Avant son exil à Vienne et ensuite à Paris, il a vécu à Lemberg (Allemand), ou Lviv (Ukrainien) en encore Lwow (Polonais). Autre ville importante citée dans cet ouvrage, au nord de Lviv, la bourgade de Zolkiew, alias Zhovkra, dont est également originaire une partie des aïeuls des protagonistes.
Cette partie du monde fut pendant le siècle dernier le fruit de neufs occupations alternatives, par différentes nations ou autorités, mais surtout fut occupée par le Troisième Reich entre 1941 et début 1945. Autant dire que cette zone fut pendant ces quatre années le théâtre des pires horreurs à l’égard de la population et bien sûr essentiellement vis-à-vis des juifs qui constituaient une composante sociologique significative.
Autre témoin privilégié de ces faits, Curzio Malaparte, diplomate italien, qui a consigné certains de ces épisodes dramatiques dans son livre « Kaputt » que je conseille aussi de lire ou relire.
L’œuvre se divise en chapitres qui privilégient les points de vues des acteurs de cet ouvrage, dont essentiellement Raphael Lemkin et Hersch Lauterpacht, tous les deux imminents juristes d’origine juive et immigrés l’un au Royaume-Uni et l’autre aux Etats-Unis.
Le dernier acteur principal de cet ouvrage est Hans Frank, avocat d’Hitler avant sa prise de pouvoir, et Gouverneur général de la Pologne, en ce compris la région de Galicie. Il fut un des principaux accusés au procès de Nuremberg, car responsable de la déportation et de l’extermination des juifs vivant sur les territoires où il exerçait son pouvoir.
Natifs de cette région, nos deux juristes ont été ce qu’on appellerait actuellement des influenceurs du procès de Nuremberg. Ils furent aussi l’un comme l’autre des victimes directes ou indirectes de par leur exil forcé et surtout de la disparition d’une grande partie de leurs familles respectives lors des persécutions nazies.
Lauterpacht étant le défenseur du concept de « crime contre l’humanité », Lemkin de celui de « génocide », deux notions de droit international qui pour le profane ne semblent être que des cases insignifiantes où la dispute semble inopportune, et qui pour Lauterpacht apparaît comme un risque fondamental de faire capoter l’objectif de faire condamner les prévenus cités au procès de Nuremberg en ne se focalisant pas sur les crimes commis sur des personnes individuelles.
L’auteur, également juriste de haut vol, parvient à passionner le lecteur en évoquant à la fois les faits et en expliquant les arguments des uns et des autres et l’enjeu de la qualification des faits reprochés aux différents cadres du régime national-socialiste.
Un livre d’une justesse étonnante et qui est loin d’être rébarbatif pour tous ceux qui sont par ailleurs fascinés par cette période tellement intense et dramatique du siècle passé.
Pacmann - Tamise - 60 ans - 14 novembre 2021 |