Entre deux mondes
de Olivier Norek

critiqué par Nathavh, le 17 décembre 2017
( - 58 ans)


La note:  étoiles
INDISPENSABLE
Quelle claque les amis ! Un indispensable ! A lire de toute urgence.
Olivier Norek dont je découvre la plume (je sens que je vais lire les autres) nous propose ici un récit émouvant, poignant parlant d'un sujet sensible : les migrants.

Il nous plonge dans la jungle de Calais avant son démantèlement. Un endroit où Internet leur faisait miroiter la sécurité pour les femmes et les enfants avant d'atteindre le but ultime : "Youké", UK, l'Angleterre, étant l'Eldorado, la terre de tous les espoirs pour les migrants.

Un récit poignant, dur, très dur parfois qui m'a fait passer par une grande palette d'émotions.

Un récit découpé en parties : FUIR/ESPERER/RESISTER/SURVIVRE et SOMBRER... le parcours de beaucoup de migrants en somme.

Adam Sarkis et sa famille vivent à Damas. Il est flic infiltré à la Military Intelligence mais depuis le printemps arabe il résiste pour l'armée syrienne libre. Il vit et voit l'horreur et la torture imposées aux résistants du régime.

Il n'a pas le choix, il doit mettre sa famille à l'abri. Nora sa femme et Maya sa fille de six ans vont entreprendre le voyage vers l'Europe. Objectif : "la jungle" pour l'attendre en sécurité avant l'étape ultime. Il les rejoindra.

Bastien est lieutenant de police, il arrive à Calais avec sa petite famille en juillet 216 et intègre son équipe. Il veut prendre conscience de la situation. Personne ne rentre dans la jungle, les flics n'interviennent pas là-bas. Il veut se rendre compte et "apprivoiser" la jungle. Il la découvre, ses bruits, ses "villages, ses odeurs...

C'est à l'hôpital suite à une intervention qu'il croisera la route d'Adam et Kilani. Adam l'arabe qui n'a pu résister à l'horreur et a sauvé Kilani d'un viol commis par les afghans. Cet enfant soudanais ne le quittera plus.

Il y a beaucoup d'autres choses dans ce récit qui est un excellent page turner, un thriller, parfois très noir mais aussi par moment un récit de littérature blanche.

Des personnages attachants comme Ousmanne par exemple, le chef des soudanais. Olivier Norek nous décrit bien la difficulté pour la police d'agir dans ce camp car on y trouve "des réfugiés potentiels" à qui on ne donne pas de statut réel , alors à quoi bon punir, réprimer des personnes à qui on ne reconnait aucun statut.

Contradictions, oppositions entre préserver la ville et son économie (le port de Calais), le tourisme et la jungle.

Ce qui fait la force de ce récit c'est l'humanité qui s'en dégage, la véracité des propos. Chaque personnage nous est livré avec ses zones d'ombres. Nous sommes continuellement "entre deux mondes", le bien et le mal, l'horreur, la souffrance et l'espoir, la dépossession et l'abondance, l'intolérable et l'acceptable. Quelle est la frontière entre l'enfance et l'âge adulte, la violence et la solidarité.

Le style est fluide, maîtrisé, très visuel. Cela sent le terrain. Olivier Norek a d'ailleurs vécu plusieurs semaines dans la jungle et ses abords pour s'immerger, gagner la confiance des occupants et glaner leurs histoire, leurs expériences, écouter le témoignage des réfugiés mais également ceux des flics. Tout est vrai dans cette "fiction", il a romancé l'histoire qui se base sur des faits réels.

C'est un indispensable, à découvrir de toute urgence.

Merci beaucup à Alain et aux éditions Michel Lafont pour cette poignante découverte. J'ai hâte de découvrir les autres récits de l'auteur.

Ma note : sans équivoque un immense coup de coeur ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

C'est normal d'être parano, houbbi, tu es une poule déguisée en renard parmi les loups.

Il ne pourrait pas sauver son pays. Seules sa femme et sa fille comptaient à présent. Il allait quitter la Syrie par tous les moyens possibles. Et que ceux qui diraient qu'il aurait pu se battre pour aider son peuple aillent se faire foutre. Ou viennent à sa place, dans ce hangar surchauffé, recenser des suicidés aux pieds brûlés et aux dents arrachées.

Cherchez pas, ça n'existe nulle part ailleurs et dans aucun texte de loi. C'est du fait maison Calais, spécialité locale. En gros, avec ce statut bâtard, on ne peut pas les interpeller. Logique, si on refuse de les intégrer à la France, ce n'est pas pour les faire rentrer dans le système judiciaire. Mais on ne leur donne pas non plus la qualité complète de réfugiés, sinon, il faudrait s'en occuper. Donc avec cette appellation de réfugiés potentiels, ni on ne les arrête, ni on ne les aide. On les laisse moisir tranquilles en espérant qu'ils partiront d'eux-mêmes.

Coincés entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes.

Nous devenons des monstres quand l'Histoire nous le propose. Nous réussissons même à trouver des ennemis parmi nos propres frères.

- Tous ces migrants, là, c'est comme s'ils fuyaient un assassin en série, qu'ils frappaient à notre porte et que nous, on faisait semblant de pas entendre.
- D'accord, sauf qu'ils sont dix mille à toquer. Et avec le phénomène d'aspiration, si on ouvre pour ceux-là, dix mille autres se présenteront, puis dix mille autres.
- Je sais, mathématiquement, ça tient, mais humainement, ça bloque toujours...

Tu ne sais pas grand chose de moi, Adam, et c'est bien comme ça. J'étais soldat. J'ai tué des hommes, et d'autres qui ne l'étaient même pas encore. Je n'ai pas eu le choix. Mais eux aussi avaient un père, qui doit me haïr, ou me chercher. Ca n'a pas de fin. Nous sommes tellement de personnes différentes dans une même vie. Père, assassin, ami.

Les enfants heureux doivent imaginer leurs monstres, planqués sous le lit. Au cours de sa vie, Kilani en avait affronté de nombreux, et ceux-là ne se cachaient pas.
Visiblement fabriqué 6 étoiles

En quittant l'univers de son 93 Olivier Norek semble avoir perdu une bonne part de ses capacités. Cette histoire de migrants, de la jungle de Calais, de ce qui s'y passe, de protagonistes très variés, ressemble étroitement à une somme d'articles journalistiques. Sur tout ce monde, je n'ai pas appris grand chose par rapport à ce que les media m'ont offert quotidiennement. Le fil rouge policier qui sous-tend le récit n'est pas mal ficelé, mais les divers personnages ne m'ont paru avoir ni épaisseur, ni profondeur. Ils sont là pour représenter des positions dont on entend parler tous les jours. Dans ses livres précédents Norek apportait une densité humaine qui fait ici défaut. J'attribue cela au fait que l'auteur n'a rien vécu directement de ce qu'il écrit, il n'a probablement pas la capacité de construire un scénario d'imagination pure, quelle que soit la qualité de sa documentation. Je rejoins ainsi un peu l'opinion d'Ayor.

Falgo - Lentilly - 83 ans - 11 juin 2019


Les jolies colonies de vacances. 8 étoiles

L’année dernière j’aurais pu visiter Calais, puisque je résidais à Equihem, mais j’y renonçais parce que cette ville, de triste réputation et ce malgré son beffroi, m’avait jeté un froid… Mais voilà t’y pas qu’un an plus tard, que ma voisine, cette grande seringue du cinquième, et ancienne infirmière diplômée s’empressa avec chaleur de me prêter ce poche à petit prix avec ce nouvel auteur inconnu jusqu’à l’or… Oh ! La vache, je l’ai lu d’une traite cette histoire, me faisant immédiatement penser au poète sénégalais Léopold Sedar Sancorps qui disait de mémoire... « Seul l’esprit demeure » !

Pierrot - Villeurbanne - 71 ans - 5 mai 2019


Histoire à taille humaine 10 étoiles

Bastien Miller vient d’être muté au commissariat de Calais pour raisons familiales. Il découvre le monde des migrants et l’impuissance des autorités françaises et/ou leur refus de s’occuper de ce problème.
Adam Sarkis a fui son pays la Syrie parce qu’il a aidé les rebelles en cachette et est sur le point d’être démasqué. Arrivé à Calais, il recherche désespérément sa femme et sa fille qu’il a envoyées au devant de lui. En attendant de retrouver les siennes, Adam, ancien policier, aide la police locale. Il a d’abord défendu un jeune garçon soudanais qui se faisait violer par des Afghans. Celui qu’il appelle Kilani a eu la langue tranchée et a vécu bien des horreurs avant d’atterrir seul dans la Jungle.
Adam apprend parallèlement à Bastien les modes de fonctionnement et d’interactions en vigueur dans le camp des migrants. La nuit, les migrants attaquent en groupe les camionneurs, mettant en place des stratégies sophistiquées et très violentes. Entre eux, des clans sont formés par nationalités. Des trafics sont organisés. C’est toute une société miniature qui a été recréée.
J’ai appris les dures réalités de cette jungle et ai découvert qu’elles étaient pires que ce que j’imaginais : l’exploitation du désespoir dans toutes ses formes, la misère humaine poussée à son extrême. Une lecture très humaine et très intéressante, qui demande une réflexion approfondie sur l’action appropriée à mener individuellement et collectivement face à cette problématique, ramenée ici à des personnes et non à une masse impersonnelle. L’auteur nous touche et décrit ses personnages comme des fantômes « entre deux mondes », pour qui personne ne veut se mouiller sous peine de les reconnaître et de devoir s’en occuper.

Pascale Ew. - - 55 ans - 4 avril 2019


Une claque, non, un uppercut 9 étoiles

Déjà adepte du style Norek à travers ses précédents romans centrés autour de Costes et de son équipe, je savais à quoi m’attendre. Et bien non, l’auteur m’a surpris car si on retrouve bien son style percutant l’histoire tient plus du reportage. On apprend, on découvre, on se laisse entraîner dans cette histoire émouvante et terriblement humaine où tous les personnages tiennent leur rang. Peut-être l’épilogue, un peu frustrant pour un homme qui méritait le meilleur....

Seb - - 45 ans - 23 janvier 2019


Cousu de fil blanc 6 étoiles

Dans son quatrième roman, Olivier Norek choisit de laisser provisoirement Victor Coste et son équipe, et traite d’un sujet faisant l’objet de nombreuses polémiques.

J’avoue avoir préféré les précédentes œuvres de l’auteur, non pas que celle-ci soit mauvaise, au contraire, mais elle ne m’a pas emballé plus que cela. On ne pouvait attendre autre chose de la part de son personnage principal, et pour être franchement honnête tout est cousu de fil blanc et empreint de bons sentiments.

Sans doute faut-il plus s’orienter sur le constat fait par Norek quant à cette gestion calamiteuse des réfugiés et migrants issus de divers pays en guerre, sans compter qu’il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg, et que le futur apparaît bien sombre à l’orée de vagues migratoires bien plus importantes et de la montée du populisme en Europe.

Je reste impatient de retrouver Coste et son équipe, sujet plus léger sans doute mais qui me plombe moins le moral.

Ayor - - 50 ans - 20 janvier 2019


De Syrie à Calais 10 étoiles

Je confirme: quel livre! Je l'ai fini il y a deux jours, impossible de le lâcher. Et je l'ai terminé très très émue... La famille Miller est attachante, Bastien est un brin naïf mais la Jungle de Calais va le faire grandir
Adam, quel bon homme! Et quelle vie tragique: il a voulu défendre son pays de Bachar el-Assad, de Daesh. Découvert il doit fuir, mais sa femme et sa fille d'abord lui ensuite... Je l'ai trouvé tellement touchant, un personnage fascinant et tragique
Le petit Kilani qui vient du Soudan, fuyant la guerre, un petit bon homme pragmatique, très courageux
Le travail des humanitaires, qui font ce qu'ils peuvent mais importants pour calmer le jeu, organiser la vie des migrants
J'ai appris 3/4 trucs sur la Jungle de Calais, très intéressant et tellement poignant! Une vision du côté des migrants mais aussi du côté des flics -éreintés par les heures accumulées, leur humanité qu'ils doivent enfouir au plus profond d'eux...
Olivier Norek ne se gêne pas pour dire ce qu'ils pensent et nous ouvrir les yeux... Et depuis quand j'entends parler des migrants, de Calais j'ai un visage en tête: un homme costaud d'une quarantaine d'années qui a dû faire passer sa famille devant lui et qui la cherche à des milliers de kilomètres de leur ville...
Et puis les flics bossant à Calais, marchant sur un fil d'équilibriste: Bastien...
Une pure tuerie ce roman! J'ai tout lu de M. Norek désormais j'attends la suite

Marlène - Tours - 45 ans - 7 février 2018