Des jours en trop
de Hassan Daoud

critiqué par Débézed, le 15 mai 2015
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Trop grand âge
Au sud Liban, un vieillard misanthrope ayant atteint le grand âge, quatre-vingt-quatorze ans, raconte sa vie solitaire, à l’écart de tous : sa famille qui n’attend que son décès pour vendre sa maison, ses voisins qu’il ne supporte pas depuis très longtemps et même ses petits enfants qui font tout ce qu’ils peuvent pour l’éviter. Il vit reclus dans une maison qu’il a construite lui-même mais qui se délabre progressivement, dans une hygiène douteuse avec l’assistance minimale de ses enfants. Tel est le récit de ce vieillard mais ce n’est que la version d’une réalité que le lecteur doit essayer de deviner entre ses éclairs de lucidité, ses confusions mentales, ses absences mémorielles, sa dégénérescence sénile et ses crises de paranoïa. Le récit que ce vieux raconte enlace dans un long monologue la vie qu’il a construite, comment il a acquis des biens et une respectabilité qu’il a transmis à ses enfants, selon lui, même pas reconnaissants, avec la déchéance progressive à laquelle il doit faire face tout en la niant et la cachant à son environnement.

Toute l’habileté de l’auteur consiste à donner la parole à un vieillard proche de sa fin pour traiter le sujet du grand âge, tout en laissant le soin au lecteur de reconstituer lui-même ce qu’est réellement la vie de ce vieil homme. L’écrit ne peut se comprendre qu’en devinant le non-dit que l’auteur a laissé entre les lignes. C’est un parti pris un peu risqué car le récit du vieillard est parfois aussi pénible et long que les derniers jours qu’il vit mais il a le mérite de bien faire comprendre au lecteur ce qu’est la fin de vie quand les facultés mentales s’érodent et que la dépendance augmente de jour en jour. « Le sentiment de ma vieillesse ne me quittait pas : je n’étais autre que ce que j’étais dans ma dernière décrépitude ».

L’auteur cherche aussi à montrer que la mort est plus facile à percevoir pour ceux qui l’attendent pour un autre que pour celui qui doit y faire face. Ils lui disent que la mort est une chose normale, qu’i faut se résoudre un jour à entreprendre le long voyage mais ils ne parlent pas de la douleur qui accompagne souvent ce passage vers l’ailleurs.

Ce texte sur le grand âge, même s’il ne donne que la version supposée de celui qui y est parvenu, montre toute les difficultés qui accompagnent une vie longue, trop longue peut-être, qui, selon l’auteur, ne profite à personne, pas plus à celui qui se rend compte qu’il est un poids pour les autres que pour la famille qui doit supporter un vieillard encombrant dont la survie hypothèque tous les projets. « Que dieu maudisse cette vie interminable ! ». Mais s’il est convaincu que son existence est trop longue et que sa famille n’attend que sa mort, il en a peur et il résiste, en essayant d’ajouter encore quelques jours à ces « jours en trop ».

Un roman qui pourrait être ajouté à l’immense pile des documents qui traitent de l’euthanasie.