Little Tulip
de Jerome Charyn (Scénario), François Boucq (Dessin)

critiqué par Blue Boy, le 22 novembre 2014
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Un des meilleurs albums de 2014
New York, 1970. Paul, loup solitaire et tatoueur de son métier, prête ses talents hors du commun à la police en établissant des portraits-robots. En faisant fuir un gang de voyous qui en voulaient à son argent, ses instincts de bête féroce sont brusquement remontés à la surface, lui dont la vie « a commencé et pris fin en 1947 dans une rue de Moscou »…

Quinze ans après le très remarqué « Bouche du diable », Boucq et Charyn reprennent pour notre plus grand plaisir leur collaboration dans ce one-shot en forme d’uppercut qui nous plonge dans l’enfer du goulag soviétique. Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre le destin âpre et hors normes de « Pavel », ce jeune garçon qui fut déporté avec ses parents aux confins de la Sibérie. Citoyens américains, ses géniteurs eurent la malchance de se trouver à Moscou au mauvais moment, alors que la guerre froide dressait sa sinistre épée de Damoclès dans les cieux planétaires. Dans le camp tant redouté de la Kolyma, en proie à la violence et à la toute puissance des gangs, Pavel, séparé de ses parents, devra sa survie à sa connaissance du dessin transmise par son père. En devenant le tatoueur attitré du chef Pakhan Kiril-la-Baleine, le jeune garçon se métamorphosera également en un combattant redoutable surnommé « Little Tulip ».

Il fallait bien tout le talent de François Boucq pour mettre en images cette « history of violence » traitant en filigrane de la dimension mystique du dessin et celle, carrément chamanique, du tatouage, « opération magique qui transforme celui qui le porte ». Boucq, qui n’a donc plus grand chose à prouver, semble avoir mieux que personne compris le message distillé dans cette histoire sombre et cruelle, selon lequel l’art, quand il parvient à cerner l’invisible, permet de transcender la dureté du monde, de se sentir libre, même dans la plus verrouillée des cages. Dans leur émaciation menaçante, les corps tendus comme des arcs et les « gueules » hyper expressives suggèrent parfaitement la terreur inspirée par ce lieu où seuls survivent les plus forts, par l’esprit ou le combat. Le jeune américain Paul avait par bonheur réussi à conjuguer les deux, fusionnant littéralement avec son tatouage représentant une tulipe émergeant d’un crâne de loup enserré dans un fil de fer barbelé.

Sous des dehors rudes (certaines scènes sont particulièrement éprouvantes et à déconseiller aux âmes les plus sensibles), c’est une riche et magnifique leçon de vie, servie par l’excellent scénario du romancier Jérôme Charyn qui nous offre en outre des textes ciselés grâce à sa verve littéraire. A coup sûr un des meilleurs albums de 2014 avec un héros qui devrait marquer les esprits... au fer rouge…
Excellent thriller. 8 étoiles

Malgré l'insistance de mon libraire, je n'avais pas acheté "Little Tulip", sans doute en raison du dessin de Boucq, auteur qui, mis à part la remarquable série "Bouncer", ne me tente guère.
Il aura fallu que le père noël dépose cet album sous le sapin pour que je le lise.
Et bien, je dois dire que cela fut une divine surprise à la lecture de l'histoire de Paul/Pavel, enfant élevé dans les geôles staliniennes.
L'histoire, dès les premières pages, nous transporte, et, malgré de nombreux flash-back ,l'ensemble du scénario de Charyn reste parfaitement fluide.
La reconstitution des Goulags de l'ère Stalinienne est saisissante de vérité (je me suis ,en outre, lancé dans la lecture de "l'archipel du Goulag" de Soljenistsyne) et nous offre des passages très durs à lire.
L'équilibre entre l'enquête "américaine" et la période soviétique est très bien dosée.
Seule ombre au tableau, la conclusion qui repose sur une dose de fantastique, qui nuit un peu au récit. Mais tant pis !
L'histoire est cruelle, presque criante de vérité, et très bien illustrée par un François Boucq, dont je découvre pour la première fois une œuvre autre que "Bouncer".

Un très bon moment de lecture.

Hervé28 - Chartres - 55 ans - 4 janvier 2015