Toutes les familles sont psychotiques
de Douglas Coupland

critiqué par Béatrice, le 16 décembre 2003
(Paris - - ans)


La note:  étoiles
Malsain
Un portrait de famille dont chaque membre a une tare : sida, pulsions suicidaires, malformation. Des flash-back succèdent aux rebondissements extravagants et aux épisodes tragi-comiques. Le registre : soap-opéra avec des éléments de fantastiques.
Un échantillon : la fiancée s’appelle Shw, prénom imprononçable qui suscite immanquablement l’hilarité ; elle l’a choisi elle-même à l’âge de 16 ans. Ses parents ne lui ont jamais appris d’aller aux toilettes, sous prétexte que « c’était patriarcal et bourgeois – une manière d’attenter à la liberté individuelle au nom de l’hygiène. »
Une autre scène, au hasard : Papa Ted, au volant, engueule son fils Wade ; celui-ci riposte en le menaçant de le contaminer de sida, en guise d’arme son doigt mouillé de salive ; papa perd les pédales, la voiture quitte l’autoroute, ils se retrouvent au pied du talus.

Le décor est factice ou sordide, il manque de repères et renforce l’impression d’aliénation. « De l’autre côté de la vitrine, le soleil écrasait le parking, donnant au décor des allures d’expérience scientifique géante. » (...)
« Elle regardait passer les hôtels bon marché, avec leur stucs tristes, couleur mayonnaise, les rivages décapés par les vents perpétuels de l’Atlantique, lesquels n’avaient laissé que des troncs mutilés de palmiers et des souches de raisiniers de mer. (...) Elle voyait des images de pièces sans porte, où vivaient des prophètes dépouillés de leur vision fondatrice, des adolescents qui baisaient sur des serviettes portant le logo de marques de bières, des parquets au bois pourri dont les lames s’étaient entièrement desséchées – un monde dépourvu de valeurs, d’idéal et de direction. »
Au début, les personnages sont des caricatures grossières. Mais au fil des pages, Janet et son fils Wade, qui semblaient des gnomes aux traits distordus, deviennent des vrais personnages de roman, ils sont parfois émouvants - d’où une certaine ambiguïté...
Hybride, dérangeant, parfois étonnant, ce roman n’aura pas la vocation de faire l’unanimité.
Fashion 2 étoiles

Un ouvrage très tendance, et assez tenace, consacré à la vie quotidienne d'un groupe de junkies plus ou moins affiliés. En effet en forme de space-opera (cela ressemble à un "Cote Ouest" version 2020) l'ensemble toutefois déçoit souvent, et ce tout bêtement du fait que les points de vue étant raisonnablement multiples ou éclatés on se lasse vite d'un scénario impersonnel que l'auteur déplie avec une visible dextérité -tout en accumulant les repères glauques mais dénués de "vraie vie."

Douglas Coupland a, comme chacun sait, l'écriture facile. Mais cela ne signifiant, aucun cas, qu'il a forcément quelque chose d'unique à confier, l'aventure de ses personnages nous semble lointaine ou singulièrement distanciée: on assimile donc les chapitres avec plus ou moins de bonheur, et abstraction faite des faits tendancieux du projet scientifique à la MK ULTRA, de la théorie du complot, ou de ces extraterrestres fièrement cachés par la Nasa à l'intérieur de l'Area 51, rien de solide ou de réellement original n'est délivré et il faut bien dire que l'éclat du soleil préhistorique de Floride accompagné de ses glorieux fonds de pensions brille juste un peu trop... Cuistre.

Antihuman - Paris - 41 ans - 8 octobre 2011


Janet sauve la mise 5 étoiles

Ca part trop en vrille à mon goût. Quand on dit une famille de « bras cassés » c’est peu dire. Parfois ça vire même dans le grotesque.
Il y a tout de même un point très positif dans le roman, c’est le personnage de Janet, la mère de famille. Plus ou moins le personnage central. Elle est touchante, plus posée que les autres. Une mère, mais une mère qui en a bavé, vraiment. Je l’aime bien Janet.

Manumanu55 - Bruxelles - 45 ans - 28 juillet 2009


Un bon moment en famille 8 étoiles

Première incursion dans le monde de Douglas Coupland, auteur canadien né en 1961. J'ai trouvé beaucoup de plaisir à travers cette lecture. Imaginez une famille, tout ce qu'il y a d'ordinaire : un père, une mère et trois enfants. Ensuite vous mixez le tout avec une bonne dose de piment... et vous obtenez les Drummond : Ted et Janet, les parents, Wade, Sarah et Bryan, les enfants. Une belle bande de déjantés.
Famille splittée, une réunion est prévue en Floride pour fêter le départ de Sarah à bord d'une navette spatiale. Mais c'est sans compter sans la poisse que peut véhiculer chaque personnage. Ted a quitté Janet pour une jeunette. Janet refait surface et jongle entre Internet et ses médicaments. Wade tente créer sa propre famille et de se racheter une conduite. Sarah est née avec une main en moins à cause d'un traitement médicamenteux suivi par sa mère pendant sa grossesse. Bryan, le benêt, tente désespérément de persuader sa compagne, Shw, de garder leur enfant.
C'est avec beaucoup d'humour et d'ironie que Coupland décrit les hauts et surtout les bas que chacun vit, a vécu ou vivra. L'intrigue est intense, riche en rebondissements, mais toujours très réelle. Nous en apprenons beaucoup sur les protagonistes. Nous faisons de nombreux sauts dans leur passé. Cela permet de mieux saisir leur présent. Les moments sont forts, les imbroglios farfelus, mais l'histoire reste tellement vraie. Le lecteur est attendri et participe à cette vie de famille particulière. En dessous de cette couche humoristique, le récit est assez émouvant. Coupland dresse un portrait de notre société et une réflexion comique sur l'esprit de famille.
Un premier roman qui me donne envie de prolonger mon expérience avec cet auteur canadien.
Quatre étoiles pour ce récit qui surprend, fait rire et émeut.

Valeriane - Seraing - 45 ans - 17 juin 2006