Hôtel des Brumes
de Christiane Lahaie

critiqué par Libris québécis, le 2 novembre 2014
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
L'Imaginaire insulaire
Les embruns qui habillent les îles essaimées dans les mers du monde fascinent les âmes tristes en quête d’émergence. Ce tableau impressionniste laisse croire que ces haltes détiennent le pouvoir magique de conférer la tranquillité d’esprit pour liquider les séquelles afférentes aux épreuves de la vie. C’est pourquoi on accourt de tous les horizons à l’Hôtel des brumes, un édifice vétuste arrimé à une île à la dérive. Cet aspect fantastique fait ressortir le charme désuet de cette Atlantide, capable de fournir le terrain propice à la solution des problèmes aussi intemporels que l’amour, la vieillesse et la mort.

Avec cette œuvre, Christiane Lahaie contribue à la légende de cette île hypothétique qui, depuis Platon, nourrit notre imaginaire. Chacune des nouvelles trace le portrait d’un client. Derrière la porte de la chambre 27 se cache le couple Sanchez, brisé par l’infidélité du mari. Liza England occupe la chambre 22 où elle se réfugie dans la lecture afin d’éviter les déceptions de l’existence. La 17 est habitée par une famille soumise au silence du père. Dans la 20, Otto Kurosawa fuit la rumeur exaspérante des cellulaires en espérant trouver la sérénité des moines bouddhistes. Le dentiste Alphonse Tracy, qui s’est marié par crainte de la solitude, a réservé la 7 pour combler la vacuité de sa femme. Bref, l’Hôtel des brumes, similaire aux vieux établissements hôteliers des côtes états-uniennes, accueille des pensionnaires meurtris, qui observent l’horizon, jouent au bridge ou écoutent de la musique en attendant qu’un miracle se produise.

Et tous sont confiants d’infléchir les dieux en leur faveur. Ils le sont d’autant plus qu’ils croient que l’ailleurs guérit des maux nés sous des cieux incléments. C’est une conception romantique de l’espace qui annihile la mémoire en vue d’une réincarnation libératrice. La ville qui a imposé ses entraves s’effacerait pour laisser place à un monde nouveau, à la condition d’y apporter de la bonne volonté. Cet ailleurs choisit par l’auteur est d’autant plus opérant du fait qu’il est relié au monde pélagique. La mer stimulerait l’esprit comme elle stimulerait un corps soumis à l’usure du temps. La régénérescence grâce à un Poséidon qui aurait coupé toutes les amarres qui relient les âmes meurtries au sadisme des continents.

Avec des teintes douces comme les tableaux impressionnistes, Christiane Lahaie peint un monde de passions qui a besoin de prendre le large pour trouver ses assises. Ses nouvelles se regroupent autour d’un thème très circonscrit. Trop même. Le caractère répétitif de l’Hôtel des brumes assombrit quelque peu le plaisir de lire cette œuvre d’une grande richesse psychologique. Plaisir amoindri aussi par des dénouements peu inventifs. Par contre, une écriture poétique donne au recueil un souffle qui entraîne le lecteur quand même rapidement vers la dernière page.