L'âge de pierre
de Pierre Gariepy

critiqué par Libris québécis, le 26 octobre 2014
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Un Christ pervers en quête d'apôtres
Après la mort de ses parents, un garçon est confié à un orphelinat, où il doit se défendre contre les agressions sexuels des religieux. La situation est bien connue depuis que le regretté Bruno Roy a dévoilé l’enfer des enfants de Duplessis, Premier ministre qui ferma les yeux sur leurs conditions. Sodomies et fellations étaient pratiques courantes. Il fallait s’y plier pour éviter d’autres sévices aussi humiliants.

Que devient le petit Pierre après sa sortie de ce cercle infernal ? Grâce à son don pour l’écriture, il témoigne de cette existence scabreuse tolérée par l’État. Choqué par la perversion de ceux qui ont manqué à leur vœu de chasteté, il s’imagine un alter ego, qui serait le Jésus du XX1e siècle. Un Christ pervers en quête d’apôtres qu’il recrute dans les bars.

En fait, la narration rappelle la vie du Seigneur racontée par les évangélistes. On y retrouve Marie-Madeleine, M&M, la prostituée qui a tant aimé, Apéro, une Oprah Winfrey qui anime un talk-show, Jude, une traitresse comme Judas qui travaille dans un bar. Bref, Pierre s’est constitué une petite communauté d’âmes damnées pour apporter le salut à un peuple soumis à un État qui lui ordonne de procréer des mâles.

Sur ce canevas, l’auteur trame l’histoire d’une génération née avant 1960, l’âge de pierre de la grande noirceur du Québec. Il se sert des passages évangéliques pour illustrer l’ignominie d’une société, dont la prétendue vertu camoufle des abus indicibles, telles les noces de Cana qui deviennent le rendez-vous des picoleurs. En somme, il recommande de vivre vraiment le message du Christ. Mais on sent quand même son exaspération devant toutes ces vies organisées autour de la déification de la sexualité comme dans le film raté Tu veux ou tu veux pas.

Le caractère rebelle et licencieux du roman risque de masquer ce qu’il dénonce même si le propos est servi par une plume poétique, mais diluée dans la vulgarité du désespoir et dans un humour facile. Bref, sa facture dérangeante en fera sourciller plus d’un. Mais il reste que Pierre Gariépy est un des grands auteurs québécois.